Epouvante/Horreur

Samedi 11 avril 2009 6 11 /04 /Avr /2009 19:11

« Vous ne regretterez pas la ballade ! »

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Quatre Américains de classe moyenne, Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger décident de consacrer leur week-end à la descente en canöe d'une impétueuse rivière située au nord de la Géorgie. Ils envisagent cette expédition comme un dernier hommage à une nature sauvage et condamnée par la construction d'un futur barrage. Mais les dangers qu'ils affronteront ne proviendront pas uniquement des flots tumultueux de la rivière...

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« Si on s’est perdu, j’aime mieux ne pas le savoir »

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John Boorman réalise en 1972 « Délivrance », adaptation cinématographique du roman éponyme de James Dickey, publié deux ans auparavant. Après quelques films américains remarqués (on lui doit notamment « Le point de non-retour » en 1967 et « Duel dans le Pacifique » en 1968), Boorman, qui signe ici son cinquième long, se retrouve aux commandes d’un projet à très petit budget (à peine de 2 millions de dollars !). Au point que ni la production du film, ni les acteurs n’ont été assurés pendant le tournage. Au point également que les acteurs assurent eux-mêmes leurs cascades (C’est bel et bien John Voigt qui escalade la falaise, Burt Reynolds se fracturera le coccyx et quelques côtes) et que les habitants des environs jouent les autochtones. A noter que le réalisateur voulait initialement Lee Marvin et Marlon Brando dans les rôles principaux mais que ceux-ci déclineront l’offre, se considérant trop vieux par rapport aux personnages. Le film sera nommé trois fois aux Oscars de 1973 dans les catégories Meilleur Film, Meilleur réalisateur et Meilleur montage, mais repartira bredouille, face à « Cabaret » et surtout au « Parrain ».

« - On a vaincu cette rivière !  - Non. Elle est invincible. Croyez-moi ! »

Le retour à la nature n’a pas toujours du bon. C’est ce qu’aurait du savoir ces quatre amis partis faire une tranquille descente de canoë le long d’un fleuve sauvage menacé de destruction par la construction d’un barrage. Ainsi, s’il semble critiquer dans un premier temps une certaine idée du modernisme qui a pour conséquence la destruction volontaire de régions naturelles encore sauvages, le réalisateur change assez vite son fusil d’épaule. Car à l’instar de ses autres films (« Duel dans le Pacifique », « La forêt d’émeraude »), il présente vite la nature comme un milieu hostile, indomptable et insondable, dont la dangerosité fait immanquablement ressortir la véritable nature de l’homme, son côté le plus obscur et ses instincts les plus bas, comme ses peurs et ses violences les plus primales.  Commence alors une descente aux enfers au milieu de cette vieille forêt, peuplée d’habitants aussi peu accueillants que primitifs (et franchement consanguins). La réussite de ce « huis-clos en plein air » repose essentiellement sur l’ambiance que distille savamment John Boorman, avec une violence omniprésente et filmée sans concessions, qui monte crescendo tout au long du film, allant du mépris insultant au départ à la violence la plus physique et la plus animale (viol, meurtre et chasse à l’homme). Etouffant, le film l’est ainsi d’un bout à l’autre. D’autant que Boorman détourne les codes traditionnels pour mieux enfoncer son spectateur dans une ambiance angoissante : l’eau, d’ordinaire purificatrice, devient le lieu où l’on cache ses crimes, tandis que la musique, langage universel, ne parvient jamais à rapprocher deux les hommes, en dépit d’une hallucinante et cultissime scène d’ouverture, où banjo et guitare se répondent avant de jouer ensemble. D’ailleurs, les quelques notes de banjo qui planeront par la suite au-dessus du reste du film n’en deviendront que plus effrayantes. Allant à contre courant de la pensée du moment (le flower power voulu par les hippies, l’émergence des courants de pensées écologistes), il s’interroge surtout sur la bestialité humaine, sur la faculté de l’homme à justifier ses crimes les plus sauvages et à ravaler toute notion de morale au nom de sa propre survie. Certains y verront à ce titre un pamphlet anti guerre du Vietnam. Film culte, souvent copié sans jamais être égalé, « Délivrance » demeure un must du genre. Embraquez-vous pour cette périlleuse descente, vous ne le regretterez pas !

  



Par platinoch - Publié dans : Epouvante/Horreur
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Mercredi 4 juin 2008 3 04 /06 /Juin /2008 01:32

« Cette maison est comme un navire : la lumière est comme l’eau qui s’infiltre et qu’on repousse en fermant les portes et les rideaux. C’est la vie de mes enfants qui est en jeu »

Jersey, 1945. Grace vit seule avec ses enfants dans un grand manoir isolé, attendant son mari parti au front. Ses deux enfants, Anne et Nicolas, sont atteints d’un mal étrange les obligeant à vivre reclus dans la maison, la moindre morsure de la lumière du jour leur causant d’irréparables lésions. Obligés de vivre reclus dans l’obscurité de la maison, Grace, débordée par les évènements, se repose en partie sur ses trois nouveaux domestiques. Mais la cohabitation est difficile, ceux-ci devant se plier à des règles de vie stricte pour ne pas mettre en péril la santé des enfants. Pourtant, les règles sont régulièrement bafouées depuis l’arrivée des nouveaux domestiques, qui nient en bloc toute responsabilité dans ces évènements…

 

« Je refuse de demander pardon à la Sainte Vierge pour quelque chose que je n’ai pas fait : il y avait vraiment un petit garçon dans la chambre »

 

Réalisateur espagnol d’origine chilienne, Alejandro Amenabar est incontestablement le petit prodige du cinéma espagnol. Affectionnant particulièrement les genres du thriller, de l’épouvante, de l’horreur, et du paranormal, il apparaît aujourd’hui comme le chef de file de toute une génération de talentueux jeunes réalisateurs ibériques qui ont fait en quelques années de l’Espagne le pays le plus dynamique et créatif en terme de films d’horreur et d’épouvantes (« Rec », « L’orphelinat »). Réalisateur de quatre longs métrages au total (« Tésis » en 1996, « Ouvre les yeux » en 1998, et « Mar Adentro » en 2005), « Les autres », son troisième long réalisé en 2001, demeure son unique expérience internationale. Etant à l’origine du remake américain de « Ouvre les yeux » (en l’occurrence « Vanilla sky » en 2000), il n’est donc pas étonnant de retrouver Tom Cruise dans le rôle de producteur exécutif du film. De ce fait, il n’est pas non plus étonnant de retrouver Nicole Kidman dans le rôle principal, cette dernière étant alors la compagne de Cruise. Pour la petite histoire, si l’action du film est censée se passer à Jersey, le film a en fait été tourné dans un grand manoir sur la côte ouest de l’Espagne.

« Il n’y a rien d’invraisemblable dans tout cela. Je crois que le monde des morts rencontre parfois le monde des vivants. Il n’y a pas toujours d’explications rationnelles »

On connaît le goût prononcé – et le talent – des jeunes réalisateurs espagnols pour le genre du fantastique et de l’épouvante. Premier film international pour Aménabar, « les autres » - porté par l’incontournable Nicole Kidman – est vite devenu une référence en la matière. Il faut dire que le film renoue avec une certaine tradition d’un cinéma d’angoisse qui avait connu de beaux jours des années 40 à 60. Ultra classique, il se caractérise surtout par la grande sobriété de son scénario, ainsi que par la quasi absence d’effets spéciaux et visuels marquants. Ainsi, comme dans le cinéma d’Hitchcock, on ne trouvera pas ici de scènes gores ou violentes, le réalisateur préférant s’appuyer sur une large palette d’effets de style inhérents à ce genre (grincements de portes et d’escaliers, voix et bruits suspects, pénombre), qui, étant bigrement efficaces, instaurent avec subtilité et réussite une ambiance anxiogène franchement glauque. S’amusant avec ces artifices classiques (brouillard, musique classique résonnant dans une grande bâtisse vide, photos de morts), Aménabar aborde intelligemment des thèmes difficiles, comme le rapport à la mort, nous renvoyant face à nos propres angoisses et à nos propres peurs, et créant par là-même frissons et tensions. Dommage cependant que l’apothéose promise dans le switch final soit prévisible dès la moitié du film. Combinée à une certaine lenteur qui aurait pu être de bon ton, et à une trop large épuration visuelle, le film peine malgré tout à surprendre et à foutre la trouille. Néanmoins, avec beaucoup d’intelligence, le scénario prend le temps de développer ses personnages ainsi que leur passé, donnant à ce long une ambiance singulière et attachante, qui compense en partie le manque d’efficacité dans la peur.

« Cette maison est à nous, nous n’avons pas à en partir »

Classique et soigné, tels pourraient être les mots les plus à même de qualifier la mise en scène des « Autres ». Film maîtrisé, on pourra tout juste reprocher à son réalisateur un côté trop appliqué et trop lisse. Un petit manque de folie ou d’originalité qui aurait pu donner un peu plus de singularité au film et combler les lacunes en terme de trouille du scénario. Visuellement, la très belle photographie, toute en clair-obscur et en couleurs froides, participe à la tonalité anxiogène de l’ensemble. A noter qu’à l’instar de la réalisation et du scénario, Alejandro Amenabar signe également la musique du film. Du côté des comédiens, Nicole Kidman crève littéralement l’écran dans ce rôle de mère solitaire, larguée, et trop rigide. Elle brille d’autant plus qu’elle est de toutes les scènes. A ses côtés, les deux enfants sont bluffants de naturel et de maturité pour leur âge, et évitent magistralement le côté « tête à claques ». Mention donc aux jeunes Alakina Mann et James Bentley. Film original et maîtrisé, « Les autres » réussit l’exploit d’évoluer loin des sentiers battus de ce genre pourtant ultra balisé qu’est le film d’épouvante. Non content de ramener le genre vers plus d’épure, Amenabar parvient également à insuffler un peu de romantisme et de vie à cette histoire. Pas mal pour un film traitant de la mort ! Dans ces conditions, on ne pourra que regretter que la chute du film soit aussi prévisible et que ces « Autres » ne parviennent jamais vraiment à nous effrayer. A défaut d’être un chef d’œuvre, « Les autres » demeure un bon film, qui à l’évidence en aura inspiré depuis beaucoup d’autres (« l’orphelinat »).

  



Par platinoch - Publié dans : Epouvante/Horreur
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Jeudi 24 avril 2008 4 24 /04 /Avr /2008 11:46

« Ce n’est pas votre vue qui pose problème, c’est juste que vous avez été aveugle très longtemps »

Violoniste reconnue et de talent, Sydney est une jeune femme indépendante qui souffre de cécité. Ayant perdu la vue accidentellement une vingtaine d’années plus tôt, elle va enfin pouvoir recevoir une greffe de cornées, qui devrait lui permettre de retrouver la vue. Si l’opération s’avère être un franc succès, elle doit réapprendre à voir et à maitriser ce qu’elle voit, avec le soutient de son médecin, le Dr Paul Faulkner, et de sa sœur, responsable par le passé de son accident. Cependant, peu à peu, d’étranges et terrifiantes apparitions s’immiscent dans son champ de vision, sans explications rationnelles. Séquelles de l’opération ou dérive du cerveau ? Très vite, ses proches commencent à douter de la santé mentale de Sydney. Mais cette dernière, hantée par ses visions, décide de se mettre en quête de la défunte sur laquelle ont été prélevées les cornées, afin de comprendre l’inquiétant phénomène…

« Je sais que tu es terrifiée. Il ne faut pas : le monde est magnifique »

A l’instar de nombreux films d’épouvante sortis des studios Hollywoodiens ces dernières années (« The ring », « Dark water », « The grudge »), « The eye » est le remake d’un film asiatique (en l’occurrence thaïlandais) homonyme signés par les frères Pang. Film de commande, le remake a été confié à un duo de réalisateur français, Xavier Palud et David Moreau, dont le premier film, « Ils » (2006), avait été très remarqué. Ils viennent grossir le contingent des réalisateurs français partis tenter l’expérience américaine, et plus particulièrement dans le genre du film d’épouvante (Christophe Gans et son « Silent Hill », Alexandre Aja et « La colline a des yeux »). Pour la petite histoire, le film est inspiré d’un fait divers (le suicide inexpliqué d’une jeune femme sans problèmes peu de temps après qu’elle ai subit une greffe), et s’intéresse à un véritable phénomène scientifique (mais présenté ici de manière très extrapolé) appelé « Mémoire cellulaire ». Pour sa première semaine à l’affiche, le film a décroché une jolie seconde place au box-office américain enregistrant 13 millions de dollars de bénéfices. Prometteur pour les réalisateurs, ces chiffres étaient également encourageants pour la sortie européenne du film.

« Je vais vous aider à voir le monde tel qu’il est »

N’ayant pas vu le film original, je serai mal avisé de pouvoir faire ici une comparaison. Néanmoins, « The eye » est une production assez décevante. Quelque part entre « Le sixième sens » (M. Night Shyamalan – 2000) et « La voix des morts » (Sax – 2005), le film de Palud et Moreau pèche par son manque d’originalité et son côté inventaire exhaustif de tout ce qui a été fait avant. Entre les traditionnels visions de morts et de spectres, les cauchemars prémonitoires, la répétition du réveil en trombe à la même heure, ou encore le jeu sur les sons, rien n’est fait ici pour nous surprendre. Formaté au possible, les deux réalisateurs passent totalement à côté de leur sujet, oubliant totalement qu’ils avaient entre les mains une thématique – l’univers des aveugles, le monde du noir et de l’invisible - qui a défaut d’être totalement nouvelle, était pour le coup potentiellement flippante et anxiogène. Mais plutôt que de jouer à fond sur la carte de l’invisible, de l’indicible, et du mystère, ces derniers se bornent à user d’artifices stéréotypés, faciles, et finalement plus risibles qu’autre chose. Comme cette vision du gamin censé être mort qui réclame continuellement son bulletin de notes. On a déjà vu plus flippant! De même, les réalisateurs avaient-ils réellement besoin de passer par tous les artifices inutiles très hollywoodiens qui cassent l’ambiance d’un film, comme cette scène où l’héroïne stoppe net un skateur imprudent sur le point de traverser, comme pour bien souligner qu’en étant aveugle, elle a su développer d’autres manières de perception pour s’approprier son espace ? On regrettera également qu’ils n’aient pas su exploiter davantage la carte de la critique de la société, trop cartésienne, qui ne croit que ce qu’elle voit et brûle ce qu’elle ne voit pas ou ne veux pas voir. Cette facilité hollywoodienne se retrouve aussi dans le scénario, puisque très vite, la question de yeux sera abandonnée pour un dernier tiers de film façon « The ring », où l’héroïne partira en quête de l’origine de son mal pour mieux le conjurer. Mais là encore, le happy-end et le côté ultra prévisible et convenu de la chose n’a que bien peu d’intérêt.

« Vous avez renoncé. Vous avez eu peur et vous vous êtes replongée dans le noir »

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 Côté réalisation, pas beaucoup d’originalité non plus, même si on sent que les deux réalisateurs étaient sans aucun doute pleins de bonnes attentions. Notamment en ce qui concerne le choix des décors, très froids et géométriques, ou dans le travail des lumières. Mais l’ensemble brille quand même pas son côté trop lisse. De même, leur film souffre d’un petit problème de rythme : non pas qu’il y ait réellement de temps morts, mais pour un film d’épouvante, l’ensemble aurait mérité une mise en scène un peu plus punchy. Côté interprétation, ce n’est pas beaucoup plus probant. Jessica Alba, qui voyait là l’occasion de changer un peu de registre ne peut s’empêcher de jouer les potiches de service. Mono expressive, elle demeure trop fade pour ce personnage complexe à la fois fragile et fort, misant de nouveau tout sur son physique agréable. Face à elle, pas grand chose à retenir : la pétillante Parker Posey qu’on a connu mieux inspirée cachetonne à mort, tandis qu’Alessandro Nivola joue les bellâtres de service, plus play-boy qu’ophtalmologiste. A l’image des récents et nombreux remakes de films d’épouvante made in Hollywood, « The eye » n’est qu’un produit formaté et ultra calibré de plus. Manquant cruellement d’originalité, de personnalité, de punch, et surtout d’un vrai climat angoissant, le film ne dépasse jamais le statut de gros nanar à pop-corn très médiocre. Sans intérêt.

  



Par platinoch - Publié dans : Epouvante/Horreur
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