Biopics

Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 16:12

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/12/86/19974914.jpg« Même les grands hommes peuvent être corrompus »



Le film explore la vie publique et privée de l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20e siècle, J. Edgar Hoover. Incarnation du maintien de la loi en Amérique pendant près de cinquante ans, J. Edgar Hoover était à la fois craint et admiré, honni et révéré.

Mais, derrière les portes fermées, il cachait des secrets qui auraient pu ruiner son image, sa carrière et sa vie.



« Un jour tu deviendras l’homme le plus puissant du pays »



http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/12/86/19798170.jpgEn marge de sa longue carrière de comédien, Clint Eastwood aura su mener une prolifique carrière de réalisateur. Avec 35 films au compteur réalisés en quatre décennies, on peut dire que le vieux Clint n’aura pas chômé. Surtout, il aura à peu près réussi à aborder tous les genres, du western (« Impitoyable », « Pale rider ») au film de guerre (« De l’or pour les braves », « Lettres d’Iwo Jima ») en passant par le polar (« L’échange »), le film noir (« Minuit dans le jardin du bien et du mal », « Mystic river »), le film musical (« Honkytonk man », « Bird ») ou encore la romance (« Breezy », « La route de Madison »). Après avoir touché un peu au genre du biopic avec « Bird » et « Invictus », il nous revient avec « J. Edgar », qu’il consacre au mythique directeur du FBI, J. Edgar Hoover (1895-1972). Pour retracer la vie et la carrière de ce personnage hors normes, recordman de longévité à la tête d’une agence fédérale (de 1924 à 1972 – 48 ans ! – soit sous huit présidents différents) et véritable figure de la vie politique américaine, Eastwood s’est adjoint les services du scénariste Dustin Lance Black, oscarisé pour le scénario d’un autre biopic politique: « Harvey Milk » de Van Sant.



« Quand la morale décline et que les dirigeants ne font rien, le mal triomphe »



http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/12/86/19863858.jpgDe la fenêtre de son bureau, Hoover aura assisté, tel un témoin, à l’Histoire américaine contemporaine. De l’investiture de Roosevelt et son cortège de voitures « primitives » à celle de Nixon et ses voitures modernes. Deux scènes, mises en perspectives par un subtil effet de miroir, qui symbolisent à merveille ce que fut Hoover : un monument, une figure, qui traversa et participa à cinquante années de vie politique américaine. Et pas des moindres, puisque ce furent durant ses cinquante années que les Etats-Unis passèrent du statut de simple puissance de second plan (et isolationniste de surcroit !) à celui de superpuissance moderne, hégémonique et impérialiste. Mais au-delà de son incroyable longévité, ce qui fait l’intérêt de ce personnage hors normes, c’est surtout sa personnalité trouble, faite de contradictions et de zones d’ombres. Ainsi, s’il fut un ardent défenseur de l’Amérique blanche et protestante, de la morale conservatrice WASP et un raciste patenté, Hoover n’en fut pas moins un homme secret, aux méthodes de gangsters (espionnage des personnalités politiques de premier plan qu’il faisait chanter ensuite), et qui vécut tout sa vie dans le déni, refoulant son homosexualité et son amour pour son adjoint, Clyde Tolson. C’est d’ailleurs de cet aspect là que le cinéaste traite principalement, avec plus (la bagarre entre Hoover et Tolson qui finit par un baiser) ou moins (la scène too much où il enfile la robe de sa mère) de réussite. Mais s’il est difficile de retracer la vie d’un tel homme en 2h, il est toutefois très réducteur de le limiter à sa seule homosexualité refoulée. Peu aidé il est vrai par une narration en flashbacks qui rend l’œuvre extrêmement décousue et difficile à suivre, le film se borne à évoquer quelques affaires (le kidnapping du fils Lindbergh, Martin Luther King) en faisant l’impasse sur les plus importantes (le McCarthysme, sa guerre ouverte contre le clan Kennedy) ou sur ses relations ambigües avec la mafia. Ne reste que l’interprétation, dominée par un impeccable Di Caprio, pour sauver les meubles. Encore faut-il faire abstraction des maquillages vieillissants grotesques, faisant passer le vieux Tolson pour une marionnette des guignols. Un (gros) raté de plus, donc, pour Eastwood qui n’a rien fait de bon depuis « Gran Torino ».

 http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/12/86/19864547.jpg  http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/12/86/19863864.jpg

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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 21:50

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/68/36/19827489.jpg« Je resterai le temps qu’il faudra »


« The Lady » est une histoire d’amour hors du commun, celle d’un homme, Michael Aris, et surtout d’une femme d’exception, Aung San Suu Kyi, qui sacrifiera son bonheur personnel pour celui de son peuple.


Rien pourtant ne fera vaciller l’amour infini qui lie ces deux êtres, pas même la séparation, l’absence, l’isolement et l’inhumanité d’une junte politique toujours en place en Birmanie.


« The Lady » est aussi l’histoire d’une femme devenue l’un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie.


« Nous sommes convaincus que vous seule pouvez mener le pays vers la démocratie »


http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/68/36/19815565.jpgPour toute une génération, le nom de Luc Besson reste associé aux années 80. A l'époque le tout jeune cinéaste fait souffler un vent de fraicheur sur le cinéma français en réalisant des films d'action modernes, à l'efficacité américaine, qui envoient aux oubliettes le cinéma de papa. Tout le monde se souvient de « Subway », de « Nikita » ou de « Léon ». Et puis à force d'être considéré comme un petit génie, Besson a pris le melon et s'est mis à faire des rêves de grandeur démesurés. Rêvant d'Amérique, il partit donc à Hollywood, réaliser quelques gros films qui ne rencontreront pas le succès escomptés (le très bon « Cinquième élément », le moins bon « Jeanne d'Arc »). Laissant finalement à d'autres tacherons le soin de réaliser des films d'action nanaresques à la chaîne via sa société de production (la saga des « Taxi », du « Transporteur » et autres « Banlieue 13 »), Besson prit tout le monde à revers durant les années 2000 en s'essayant à des genres où on ne l'attendait pas. Mais force est de constater que de « Angel-A » à la saga des « Minimoys », le cinéaste semble avoir perdu son inspiration et son mordant. Enchainant les films avec une boulimie rare (4 films en deux ans), il nous revient cette fois avec « The lady », consacré à l'opposante birmane et Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi. Un projet initialement porté par l’actrice malaisienne Michelle Yeoh, qui a proposé à Besson de le réaliser.


« Votre père a gagné la bataille pour l’indépendance. A vous de finir ce qu’il a commencé»


http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/68/36/19815548.jpgMême s’il s’était déjà un peu frotté à l’exercice avec son « Jeanne d’Arc », Besson aux commandes d’une biographie politique, cela pouvait surprendre. Et ce d’autant plus s’agissant d’un biopic consacré à Aung San Suu Kyi. Mondialement reconnue pour ses engagements pacifiques, « l’Orchidée d’acier », condamnée à vivre en résidence surveillée depuis plus de vingt ans par la junte birmane, est devenue l’une des figures mondiales de la lutte pour la liberté et la démocratie. A l’image de ses pairs Gandhi (immortalisé au cinéma par Attenborough) ou Mandela (dont la vie et le combat ont inspiré de nombreux films comme « Invictus », « Goodbye Bafana » ou « Mandela and De Klerk »), cette femme de convictions méritait qu’on lui consacre un film. A elle et à son combat. Malheureusement, Besson oublie un peu ce dernier jusqu’à se focaliser presque exclusivement sur la séparation forcée d’avec son mari et ses enfants. Filmant ainsi l’absence, la solitude, les combats menés depuis Londres et le monde libre par un mari dévoué, le film vire trop souvent au mélo, trouvant son point d’orgue dans la (très) longue agonie de celui-ci, privé jusqu’au bout de voir sa femme. Parfois caricatural (lorsqu’il présente les militaires au pouvoir), (trop) souvent elliptique (rien sur le pourquoi des révoltes étudiantes de 1988 ou de celle des bonzes en 2007, qui arrivent comme des cheveux sur la soupe), le film de Besson souffre surtout d’une vision trop réduite du combat politique de Aung San Suu Kyi, qui se résume ici à un meeting public et une tournée en province. Toutefois s’il manque d’une manière générale d’un peu de souffle épique, « The lady » réserve tout de même quelques jolis moments, à l’image de la scène où l’héroïne joue du piano en même temps que le concert qui lui est dédié par l’académie Nobel à la radio. On en retiendra aussi la belle prestation de Michelle Yeoh, dont la ressemblance physique avec Aung San Suu Kyi est des plus impressionnantes. Un peu léger par rapport à la gravité du combat qu’il narre, « The Lady », qui n’en demeure pas moins un film acceptable, a au moins le mérite de médiatiser un peu le combat toujours en cours de Aung San Suu Kyi. C’est déjà ça.

 http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/68/36/19815553.jpg  http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/68/36/19820516.jpg

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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 23:54

« L’amour c’est beau que dans les livres. La seule chose qui est bien dans l’amour, c’est de faire l’amour. Dommage qu’il faille un homme pour ça ! »

Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une chanteuse de beuglant à la voix trop faible, qui affronte un public de soldats éméchés. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une apprentie-courtisane au corps trop maigre, qui trouve refuge chez son protecteur Etienne Balsan, parmi les cocottes et les fêtards. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera " la femme de personne ", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi.
Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer.

« Regarde tous ces gens : un jour viendra, ils se battront pour venir manger à notre table »

Un téléfilm sur France 2 (signé Christian Duguay, avec Barbora Babulova et Shirley McLaine dans le rôle de Gabrielle Chanel), un biopic signé Anne Fontaine et un autre signé Jan Kounen (« Coco Chanel & Igor Stravinsky » avec Anna Mouglalis dans le rôle titre) : l’année 2009 sera Coco Chanel ou ne sera pas ! Sans parler des projets de biopics avortés auxquels étaient associés les noms de William Fredkin et Danièle Thomson. Rien d’anormal à cela quand on sait l’influence mondiale qu’aura eu Gabrielle Chanel sur la mode féminine au XXème siècle, insufflant à celle-ci un vent de modernité. A noter que le film est une adaptation de « L’irrégulière », portrait écrit par Edmonde Charles-Roux, publié en 1974.

« Je croyais t’offrir un jouet, je t’ai offert ta liberté »

Le succès international (entendre par là Hollywoodien) de « La Môme » de Dahan devait donner des idées à un certain nombre de nos réalisateurs en mal de reconnaissance hors de nos frontières. Quoi de mieux alors que de suivre un modèle tout fait ayant déjà fait ses preuves ? Car finalement, il y a entre « Mademoiselle » Chanel et Edith Piaf des similitudes incroyables : mêmes caractères bien trempés et décidés, mêmes talents bruts ne demandant qu’à être travaillés. Plus encore, ces deux femmes, symboles à l’international d’une culture et d’une élégance typiquement françaises, incarnent une certaine forme de féminisme avant l’heure, animé par le même désir affirmé de liberté et d’indépendance à une époque résolument machiste où l’homme cantonne la femme au foyer et où celles-ci sont absentes de toute vie politique et économique. En cela, que ce soit Piaf qui chante l’amour au féminin en multipliant les frasques sentimentales ou Coco Chanel qui libère les corps en supprimant les corsets et en raccourcissant les jupes, elles auront toutes les deux œuvrées à une certaine libération de l’image de la femme. De ce destin et de cette personnalité hors normes, il y avait forcément matière à faire un grand film. Pourtant, avec ce récit mollasson et didactique, qui s’appesantit sur des passages peu passionnants et inutiles de la vie de Gabrielle Chanel (les interminables parties de cache-cache et de polo au château de Balsan où Coco côtoie pour la première fois les gens du monde), Anne Fontaine semble passer à côté de son sujet, en oubliant de s’intéresser pleinement au génie créatif de la couturière et sa faculté à imposer son style comme une référence à part entière. Son parti pris de ne s’intéresser qu’aux jeunes années de la créatrice semble tout aussi peu pertinent, puisque faisant l’impasse sur les passages les plus troubles (et donc les plus intéressants) de la vie de Coco Chanel, notamment sa romance controversée avec un officier allemand pendant la seconde guerre mondiale. On passera également sous silence les grossiers « arrangements » pris par le scénario (Adrienne n’est pas la sœur de Gabrielle mais sa tante). Mais plus encore, on reprochera au film d’Anne Fontaine son manque de personnalité, sa construction narrative artificielle, totalement pompée sur celle de « La Môme » (l’enfance miséreuse, les tentatives comme chanteuse légère et gouailleuse dans les beuglants, les rencontres décisives, le grand amour fauché tragiquement par la mort, et même le flash-back rétrospectif final) qui fait de ce « Coco avant Chanel » un film avant tout formaté et calibré pour plaire à l’international. La présence au casting du comédien américain Alessandro Nivola va d’ailleurs dans ce sens. Mais à l’image du reste du casting (Audrey Tautou et Emmanuelle Devos), ce dernier se montre particulièrement falot. On saluera tout de même l’excellente prestation de Poelvoorde, parfait dans ce personnage aussi détestable que touchant. De toute évidence, Coco Chanel méritait mieux que ce biopic maladroit, mal inspiré et à l’esthétique digne d’un téléfilm de France 3. Il n’y a plus qu’à espérer que le film que lui a consacré Jan Kounen sera d’un meilleur niveau.

  



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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 21:56

« Elle travaillait au couvent quand soudain son ange gardien est apparu et lui a ordonné de se mettre à la peinture »

En 1912, le collectionneur allemand Wilhelm Uhde, premier acheteur de Picasso et découvreur du douanier Rousseau, loue un appartement à Senlis pour écrire et se reposer de sa vie parisienne. Il prend à son service une femme de ménage, Séraphine, 48 ans. Quelque temps plus tard, il remarque chez des notables locaux une petite toile peinte sur bois. Sa stupéfaction est grande d'apprendre que l'auteur n'est autre que Séraphine. S'instaure alors une relation poignante et inattendue entre le marchand d'art d'avant-garde et la femme de ménage visionnaire.

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« Vous n’allez pas passer votre vie à faire le ménage alors que vous avez de l’or dans les mains ! »

Réalisateur méticuleux venu du théâtre, Martin Provost a déjà signé deux longs, « Tortilla y cinema » en 1997 et « Le ventre de Juliette » en 2003. Sa troisième réalisation, la transposition sur grand écran de la vie d’une peintre mineure et oubliée, Séraphine Louis dite « de Senlis » (1864-1942), faisait office de projet atypique dans la production française actuelle. Ce qui ne l’a pas empêchée de se construire une jolie réputation dans les festivals (notamment à AngoulêmeYolande Moreau fut primée) et d’être précédé d’un bouche à oreilles particulièrement positif. Et grande satisfaction pour le réalisateur,  son film aura permis de remettre l’œuvre de Séraphine Louis dans la lumière, permettant qu’une exposition parisienne lui soit de nouveau consacrée, soixante ans après ce qui aura son unique exposition dans la capitale.

« Quand on fait de la peinture, on aime autrement. Je le vois souvent dans ma peinture et je me dis que si je pense encore à lui, peut-être lui pense encore à moi »

Artiste secondaire d’un genre mineur (l’art naïf), l’œuvre de Séraphine Louis, dite « de Senlis », semblait vouée à l’oubli de l’Histoire. C’était sans compter sur Martin Provost qui décidait de lui consacrer un film. Un projet audacieux tant celle-ci demeurait méconnue du grand public. Pourtant, sa vie s’avère étonnement cinématographique. En effet, Séraphine Louis demeure un personnage complexe, un peu double et schizophrène : car si le jour Séraphine demeure une femme « simple » menant une vie laborieuse et dure, la nuit, cette dernière laisse éclater sa fantaisie, son imagination en s’adonnant dans la pénombre de sa petite chambre à sa passion pour la peinture. Une passion obsédante, vitale, à laquelle elle sacrifie tout, de ses maigres gains à sa santé, et qui révèle une face diamétralement différente de cette femme, capable de grâce et de couleurs chatoyantes. Un délire artistique qui se finira dramatiquement avec le basculement de l’artiste dans la folie. La vie de Séraphine Louis est d’autant plus intéressante qu’en témoin privilégié des évènements du début du 20ème siècle, son portrait permet au réalisateur de réaliser un instantané de cette époque charnière, passage d’un 19ème siècle quasi féodal à un 20ème siècle beaucoup plus moderne, qui verra notamment l’avènement du business de l’art, avec ses marchands et ses collectionneurs brassant beaucoup d’argent, décidant des modes, et toujours à l’affût d’un nouveau talent à promouvoir. A ce titre la rencontre entre Séraphine et son mécène allemand est assez cocasse et touchante, tant ses deux personnages si opposés en apparence (elle, la servante , manuelle et « simple » d’esprit, lui le théoricien de l’art, intellectuel et écrivain reconnu) que rien ne prédestinait à se rencontrer, se ressemblent au final (ils sont tous deux très seuls, très vulnérables, rejetés par la société, elle en raison de son statut social et de son autisme, lui en raison de sa nationalité allemande et de son homosexualité). Pour autant, la grande réussite de ce film c’est que son réalisateur ne sombre jamais dans la tentation du misérabilisme alors même que le sujet pouvait s’y prêter. A l’image de l’artiste qu’il traite, il peint sa vie par petites touches impressionnistes, il esquisse une succession de saynètes, très légères et très dépouillées, sans artifices, qui immergent totalement le spectateur dans son récit. Un film maitrisé de bout en bout, porté par la formidable interprétation de Yolande Moreau (en route vers un deuxième César ?) et de Ulrich Tükur. Assurément l’une des belles surprises françaises de l’année.

      



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Mercredi 12 novembre 2008 3 12 /11 /Nov /2008 23:32

« Giscard va gagner les élections et c’est la France qui va les perdre. Si tous les cons se présentent, moi aussi j’y vais et je me présente ! »

Septembre 1980. Coluche triomphe tous les soirs au Gymnase. "Comique préféré des Français", il est au sommet de sa gloire ; télés, radios et journaux se l'arrachent, et sa maison est l'endroit où se croise tout ce que le pays compte de vedettes... Toujours prêt à pousser le bouchon un peu plus loin, il décide, pour rire, de poser sa candidature à la Présidence de la République. Très vite, la France se bidonne, l'acclame, le soutient. Les sondages s'affolent, sa cote monte en flèche. Et si finalement un clown se faisait élire Président ? Lui-même commence à y croire...

« Si je me présente, je ferai appel à tous ceux qui ne comptent pas pour les politiques. L’important c’est de foutre la merde »

Film de commande, le biopic sur Coluche devait initialement retracer les vingt dernières années de sa vie. Un projet proposé à Antoine De Caunes qui ne voyait cependant pas l’intérêt de réaliser un film sur un personnage dont on sait à peu près tout. Néanmoins, intrigué par la période charnière dans sa vie de sa candidature aux présidentielles historiques de 1981, il proposa de réécrire le scénario et de le mettre en scène. L’occasion pour lui de replonger dans ses souvenirs puisque à défaut d’être intime, De Caunes connaissait bien Coluche, participant à plusieurs occasions aux énormes soirées que ce dernier organisait chez lui. L’exercice du biopic n’était cependant pas étranger à De Caunes qui réalisé en 2003 « Monsieur N. », retraçant l’exil à Sainte-Hélène de l’Empereur Napoléon. Exercice périlleux, ce « Coluche, l’histoire d’un mec » n’aura pas attendu sa sortie sur les écrans pour créer la polémique. En effet, outre la désapprobation du film par la famille du défunt humoriste, l’ancien producteur de ce dernier, Paul Lederman, engagea une procédure judiciaire pour une sordide histoire de droits d’auteur qui faillit retarder la sortie du film avant d’être finalement débouté in extremis.

« Tu vois, tu n’intéresses pas les médias français, mais tu intéresses les médias du monde entier. Et tant que le monde entier a les yeux rivés sur nous, il ne peut rien nous arriver »

Genre pleinement américain, le biopic semble devenir le genre à la mode de la production cinématographique française. Sans doute le succès international de « La Môme » n’y est-il pas étranger. Toujours est-il que depuis, les projets s’enchainent à rythme soutenu (« Sagan », « Mesrine », « Séraphine », en attendant l’improbable « Gainsbourg »). Cependant, la stature et la popularité toujours intacte de celui qui fut l’icône contestataire d’une génération rendait l’adaptation de sa vie sur grand écran particulièrement délicate. Pour ne pas dire casse-gueule. D’autant que De Caunes souhaitait traiter de l’intimité du personnage et de son « côté obscur », moins connu du grand public.« Quand la légende est plus forte que la réalité, publiez la légende » affirmait « L’homme qui tua Liberty Valance ». Un vieil adage qu’aurait du reprendre à son compte le réalisateur avant de traiter de Coluche. Personne ne doute que l’homme avait des défauts dans l’intimité, qu’il n’était pas toujours ce clown irrésistible. Mais les gens qui l’ont aimé garderont surtout l’image d’un humoriste féroce, libertaire et contestataire, d’un comédien talentueux et sensible, et d’un homme généreux qui aura été de tous les combats pour les plus démunis. Des qualités scandaleusement occultées par ce film, qui prend un malin plaisir à déprécier l’homme, le faisant passer pour un connard prétentieux, hautain, manipulateur et autoritaire. Une sorte de taré passionné d’armes à feu, obsédé par le sexe, la drogue et la débauche (affligeante scène orgiaque de bataille de gâteau d’anniversaire). Une vision du personnage, aussi véridique soit-elle, à laquelle il est très difficile d’adhérer et qui met d’ailleurs mal à l’aise de la première à la dernière seconde. Restait la foisonnante et passionnante campagne présidentielle de 1981 et ses tractations occultes. Malheureusement, le choix de centrer le film uniquement sur cette période ne permet jamais au réalisateur de se montrer à la hauteur de son sujet. Comment en effet comprendre la portée provocatrice et contestataire de la candidature de Coluche si on n’évoque pas ses années soixante-huitardes, ni le contexte politique de cette élection, avec la France conservatrice et sclérosée des années Giscard, le désespoir d’une jeunesse en quête d’émancipation et d’ouvertures, absolument plus en phase avec une classe politique à l’ancienne, ringarde et guindée, qui ne supporte pas de se faire tirer dessus à boulets rouges par un gros clown soutenu par la ferveur populaire ? Comment également ne pas lier ouvertement cette éprouvante campagne et le dégout qui en a découlé et la création quelques mois plus tard des Restos du cœur ? Et avec son accident de moto ? Sans ces éclairages, la campagne présidentielle de Coluche perd à l’évidence une grande partie de sa substance et de sa saveur. Tout juste le réalisateur reviendra sur les manipulations dont le comique sera l’objet et sur les menaces qui feront éclater sa famille. Surtout il insistera sur ce qui semble essentiel à ses yeux, à savoir la manière dont Coluche s’est pris très vite au jeu de cette campagne (qui n’était pourtant au départ qu’une blague), qui réveillera en lui l’animal politique un peu mégalo qui sommeillait, le faisant rêver avec beaucoup trop de sérieux de devenir khalife à la place du khalife. Sur la forme, le film apparaît tout aussi raté, De Caunes n’arrivant jamais à insuffler un minimum de rythme et de souffle à son portrait. Son film met également en exergue les maladresses du réalisateur en ce qui concerne le découpage et le montage, ce dernier ne maitrisant pas du tout les ellipses. Par ailleurs, à l’évidence, une grande part de la réussite du film était liée à l’interprétation faite de l’humoriste. Malheureusement, la tâche s’est avérée beaucoup trop lourde pour un Demaison grimé de manière grotesque (avec sa coupe de cheveux, ses lunettes et ses dents du bonheur, il ressemble plus à un trisomique qu’à Coluche), et incapable d’habiter ni de transcender son personnage, qu’il cherche en vain à imiter sans y arriver (il a beau lutter, son phrasé snob prend toujours le dessus, bien loin de la gouaille de Coluche). Seul peut-être Olivier Gourmet semble sortir un peu du lot. Quoi qu’il en soit, rien à sauver de ce portrait détestable de celui qui restera l’icône généreuse et protestataire d’une génération. Définitivement, c’était le film à ne pas faire.

  



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Dimanche 20 avril 2008 7 20 /04 /Avr /2008 15:14

« Mesrine, c’était un violent et un méchant. Rien à voir avec Spaggiari »

1977. Arrêté pour avoir organisé et réussi le plus gros casse de l’histoire nationale sans avoir braqué la moindre arme, Albert Spaggiari parvient à s’évader du bureau du juge d’instruction. Insaisissable, l’homme aura réussit à prendre la fuite et à trouver refuge en Amérique du sud, où la Justice a semble-t-il perdue sa trace. Jusqu’à ce que quelques années plus tard, en 1982, Vincent, un jeune reporter de Paris Match, ne retrouve sa trace. Loin de l’image caricaturale des gangsters, il découvre un homme jovial, généreux, fauché et vantard, souffrant profondément d’un manque de reconnaissance et de gloire. Bourré de contradictions, ce dernier reste méfiant et difficile à apprivoiser car toujours traqué par la police…

 

« Je trouve ça un peu facile de se moquer de la vie des gens quand on vit avec l’argent des autres »

 

Second rôle prolifique et bankable, l’ancien Robin des Bois Jean-Paul Rouve signe avec « Sans arme, ni haine, ni violence » son premier long métrage en tant que réalisateur. Fasciné depuis longtemps par la personnalité flamboyante et ambiguë du célèbre gangster Albert Sparggiari, qui avait réalisé en 1976 le « casse du siècle » en dérobant ingénieusement 50 milliards de francs des coffres de la Société Générale de Nice, Rouve s’était attelé à l’écriture d’un scénario centré sur ce personnage, sans pour autant penser à le réaliser lui-même. Une idée qui lui sera soufflé par son co-scénariste et qui aura donc fait son chemin. Néanmoins, la personnalité complexe de Spaggiari (en fuite en Amérique du sud et soit disant introuvable, l’homme aimait narguer les autorités en publiant régulièrement des livres, en donnant de nombreuses interviews, et en envoyant chaque année ses vœux au Président de la République) aura contraint Jean-Paul Rouve a un énorme travail de documentation, pour dresser un portrait au plus proche de la réalité. A noter que le fameux braquage de la Société Générale de Nice avait déjà donné lieu à un film, « Les égouts du paradis », signé par José Giovanni en 1979.

« On a bossé 50 heures pour un butin de 50 milliards d’anciens francs. Plus tard, je dirais à mes petits enfants que quand je bossais, j’étais payé un milliard de l’heure ! »

Effet de mode ou simple hasard, toujours est-il que les célèbres gangsters français des années 70 inspirent depuis quelques mois nos cinéastes. Pour preuve, les récents ou prochains films consacrés à Mesrine (avec le diptyque « L’instinct de mort » et « L’ennemi public numéro 1 » signé par Jean-François Richet), ou encore au Gang des Postiches (« Le dernier gang » de Zeitoun). En choisissant néanmoins de s’intéresser à un personnage aussi fantasque qu’Albert Spaggiari, à l’opposé de l’image traditionnelle du gangster, Rouve se démarquait des autres projets et trouvait un rôle à sa parfaite démesure. D’ailleurs, on se laisse assez vite prendre au jeu, entre une reconstitution soignée de la fin des années 70, et un scénario à première vue assez malin, où Spaggiari, trahit par pêché d’orgueil, baisse un peu trop sa garde en laissant pénétrer dans sa vie un journaliste qui s’avère en fait être un flic. L’ensemble est ainsi relativement bien mené, avec quelques scènes assez marquantes (le coup de la virée en boîte de nuit qui nous montre toute la complexité du personnage, ou encore celle de la première rencontre) agrémentées de répliques intelligentes et savoureuses. Malgré cela, le film de Rouve souffre quand même d’un vrai manque de rythme, pour ne pas dire d’enjeu (la traque infiltrée est révélée trop tôt, et n’apporte pas grand chose puisqu’on sait que Spaggiari n’a jamais été pris), assez dommageable pour le coup. De même, on regrettera le parti pris de Rouve de réduire le casse et sa préparation au strict minimum d’un flashback, alors que ce dernier a été l’élément central de la vie du personnage. Mais plus que tout, Rouve déçoit en dressant un portrait trop parcellaire du célèbre gangster, qui passe ici pour une grande-gueule fêtarde et égocentrique, finalement généreux et attachant. Un peu léger quand on sait que Spaggiari était quand même assez proche des milieux d’extrême droite, et qu’il était notamment assez raciste et colonialiste (la référence à sa participation à la guerre d’Indochine et son caractère raciste sont à peine soulignés le temps de deux malheureuses petites scènes).

« Tu sais ce que dis le proverbe arabe ? Mieux vaut se faire trahir par un ami que de lui refuser sa confiance »

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 Côté réalisation, il est évident que Jean-Paul Rouve a lorgné du côté du cinéma de gangster des années 70 pour réaliser ce film. Le travail sur la photographie, à dominante un peu jaune, en est le parfait exemple. Pour autant, le réalisateur débutant laisse entrevoir ici de belles promesses, notamment dans sa construction narrative, maîtrisant parfaitement son récit tout en flashbacks. Mais le vrai point fort du film réside dans la qualité de son interprétation, en particulier dans ce face à face impeccable entre le réalisateur lui-même et Gilles Lellouche. Coup double en effet pour Jean-Paul Rouve qui trouve ici à la fois l’un de ses premiers rôles majeurs, et l’une de ses meilleures prestations. Il faut dire que le personnage, extrêmement exubérant et extraverti, colle parfaitement au jeu de Rouve. Face à lui, on retrouve un Gilles Lellouche en grande forme, particulièrement à l’aise dans ce rôle de flic déguisé en journaliste. Leur face à face, fait de séduction pour mieux s’apprivoiser l’un l’autre est à ce titre très réussi. Autour d’eux, les autres personnages sont trop peu développés pour permettre aux comédiens d’exister véritablement. Néanmoins, Alice Taglioni, Anne Marivin, Patrick Bosso, ou encore le trop rare Maxime Leroux (hilarant en fan de Daniel Guichard !) se montrent à la hauteur de leurs petits rôles. Pour autant, malgré ses évidentes qualités, le film déçoit quelque peu par sa vision parcellaire (et angélique ?) du personnage de Spaggiari, ainsi que par son manque de rythme et d’enjeu évident. Si le film se laisse regarder sans déplaisir, il garde cependant un côté trop marqué « cinéma de papa » un peu too much pour totalement convaincre.

  



Par platinoch - Publié dans : Biopics
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Mardi 30 octobre 2007 2 30 /10 /Oct /2007 01:27

« L’amour est toujours l’ennemi du bon sens »

 

1795, Angleterre. Jane Austen est une jeune fille issue de la bonne société provinciale. Esprit libre et indépendant, passionnée par l’écriture, elle souhaite se battre contre sa condition et vivre de sa plume plutôt que de faire un mariage arrangé. C’est ainsi qu’elle refuse nombre de prétendants, au grand dam de ses parents, désargentés, qui rêvent de se retrouver à l’abri du besoin grâce au mariage de leur fille avec un bon parti. C’est alors que débarque dans la vie de Jane le jeune Tom Lefroy, jeune étudiant en droit de Londres, envoyé à la campagne par son oncle pour punir et réfréner ses excès et ses frasques. Si dans un premier temps, ces deux forts caractères s’opposent fortement, les deux jeunes gens deviennent vite éperdument amoureux l’un de l’autre, et ce en dépit des convenances sociales. Une amour de jeunesse passionnée qui marquera pour toujours l’auteur de quelques-uns des plus grands romans d’amour d’Angleterre…

 

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« Afin d’exceller dans l’art de la fiction, l’expérience est indispensable »

 

Anne Hathaway. La Fabrique de FilmsConsidérée comme l’une des plus grandes romancières britannique, auteur entre autre d’ « Orgueil et préjugés » et de « Raisons et sentiments » (tous deux adaptés avec succès au cinéma), le biopic de Jane Austen apparaissait comme un exercice périlleux. En effet, bien que plusieurs biographes se soient penchés sur le sujet, les éléments concernant la jeunesse de la romancière semblent assez vague et incertain et dès lors, l’entreprise de raconter en extrapolant cette histoire d’amour dont on ne sait que très peu de choses, fait fortement penser au « Molière » de Laurent Tirard (2007), qui empruntait la même démarche scénaristique. Malgré tout, le film s’appuie sur la biographie écrite par Jon Spence en 2003, qui permet de confirmer que Jane Austen a bien rencontré Tom Lefroy en 1795, puis son oncle à Londres, l’année suivante. Aux manettes de ce film, on découvre Julian Jarrold, réalisateur britannique qui a fait l’essentiel de sa carrière comme réalisateur pour la télévision avant de signer une poignée de longs passés inaperçus de par chez nous. C’est donc pour lui son premier projet d’envergure.

 

«  - L’amour est appréciable, l’argent est indispensable

    -  Jane ne doit pas céder à la meilleure offre mais à l’homme qu’elle aime »

 

Anne Hathaway et James McAvoy. La Fabrique de FilmsPeu de surprises sur la forme avec ce « Jane » dont la facture est très classique. Avec un tel sujet, il aurait été surprenant qu’il en soit autrement. Néanmoins, on constate finalement peu de différences dans la mise en scène entre ce « Jane » et « Orgueil et préjugés » (Wright – 2004), ou encore « Raison et sentiments » de Ang Lee (1996) : même effort porté sur les costumes et les décors, même importance des paysages de la campagne anglaise, et même soin porté à la photographie, jouant sur des éclairages particulièrement lumineux. La surprise majeure du film et son intérêt viennent donc du fond. En effet, et pour la première fois, l’entreprise menée par Jarrold et Spence tend à désacraliser l’image que nous avions traditionnellement de Jane Austen : en nous la présentant dans ses jeunes années comme une jeune fille amoureuse, fougueuse et passionnée (véritable héroïne de ses propres romans), ils vont ainsi à l’encontre de l’image traditionnelle que nous avions d’elle, à savoir une éternelle vieille fille, indépendante, ayant connu le succès grâce à ses romans d’amour. Vraie ou non, cette version est très intéressante car elle permettrait de comprendre ce qui a influencé et nourri les romans de la romancière, et expliquerait aussi pourquoi elle n’a jamais voulu se marier. Car ce « Jane » est avant tout une jolie histoire d’amour contrariée, racontée à la manière même de l’auteur. Ce film est également l’occasion de brosser un intéressant portrait social de l’Angleterre de la fin du 18ème siècle, où le poids des convenances sociales était prédominant et où les hommes n’étaient finalement pas plus libres que les femmes (Tom ne peut ainsi pas épouser Jane, n’ayant pas obtenu le consentement de son oncle, et ayant besoin de la rente octroyé par celui-ci pour entretenir sa famille nombreuse et déshéritée en Irlande), mettant l’accent au passage sur le caractère précurseur de Jane Austen, féministe avant l’heure, ayant mené toute sa vie un combat contre les convenances sociales pour obtenir sa liberté.

 

« Comment pourrais-je assumer mes sentiments ? Vous partez demain… »

 

Anne Hathaway (au centre). La Fabrique de FilmsMise en scène classique, histoire ressemblant aux propres romans écrit par Jane Austen, le film aurait pu souffrit d’un petit air de déjà-vu. D’autant que comme toujours dans les adaptations cinématographiques de la romancière, ce « Jane » n’échappe pas à quelques longueurs et quelques problèmes de rythme. Néanmoins, sans être un grand amateur du genre, il plane un petit vent de fraîcheur sur ce film, qui est du en grande partie aux comédiens. Dans le rôle titre, Anne Hathaway se montre parfaite, faisant taire les critiques reprochant au réalisateur de ne pas avoir pris une actrice anglaise et non américaine pour jouer la célèbre romancière. Avec son charme particulier et son caractère pétillant et affirmée, elle propose une interprétation très crédible de Jane Austen. A ses côtés, James MacAvoy, découvert dans « Le dernier roi d’Ecosse » (MacDonald – 2006), se montre tout aussi convainquant, passant en un clin d’œil du gros dur frimeur à l’amoureux le plus transi. Derrière, les seconds rôles se montrent tout aussi bons et participent à l’impression convaincante qui ressort de l’ensemble. On saluera ainsi les prestations de James Cromwell, July Walters, Maggie Smith ou encore Lucy Cohu.

 

« - Vos histoires se finissent-elles bien ?

   - Après quelques péripéties, ils verront leurs vœux s’exaucer. Les belles histoires se finissent pourtant rarement bien, c’est une vérité universelle. »

 

James McAvoy et Anne Hathaway. La Fabrique de FilmsProjet finalement ambitieux et périlleux, « Jane » est au final un petit film très charmant. Les amateurs de la romancière apprécieront d’y trouver une jolie histoire comme dans ses romans, les autres seront intéressés par cette vision de sa jeunesse que nous proposent Jarrold et Spence, et qui permettrait de mieux comprendre son œuvre et sa vie. S’il fallait trouver un reproche à faire, peut-être pourrait-on reprocher que la passion des deux personnages ne soit pas représentée de manière plus dévorante. Mais cela ne relève que du détail. Un film en tous cas très recommandable et un très agréable moment de cinéma.

 Anne Hathaway. La Fabrique de Films  Anne Hathaway. La Fabrique de Films



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Mercredi 12 septembre 2007 3 12 /09 /Sep /2007 19:07

« Vivaldi nous fait perdre la raison…Mon Dieu ! pardonnez-moi »

 

La vie torturée d’Antonio Vivaldi, musicien vénitien exceptionnel, dont le génie musical aura été contrarié par son statut de prêtre et par la volonté de la toute puissante Eglise de ne pas le laisser sortir de sa condition, et de ne pas laisser libre cours à une forme d’expression progressiste. De ses troubles personnels et de son génie créatif, en passant par le jeu de ses relations avec les personnages importants de l’époque (Pape, Cardinaux, Chefs d’Etat, Nobles et Bourgeois, Artistes…), la vie de Vivaldi est ici exposée dans toute sa complexité, et sert également de support à un portrait social de l’Italie du 17ème siècle.

 

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« Je n’assisterais pas à cette mascarade avec vos musiciens visant à voler l’âme de mes prochains »

 

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Stefano Dionisi (à gauche). Sipa PresseGenre américain par excellence, le biopic reste un exercice toujours passionnant mais réellement difficile. Entre travail minutieux de documentation et soucis de mêler à la fois réalisme et écriture romanesque pour rendre le récit alerte, l’exercice est toujours périlleux. Pourtant, sur des sujets assez éloignés, certaines tentatives ont donné lieu à des grands films, comme le récent « Walk the line » (Mangold – 2006). Sur le thème des compositeurs classiques, on se souvient ainsi de l’excellent « Amadeus » de Forman (1984), en attendant le « Copying Beethoven » de Holland (sortie prévue fin 2007). Mais entre temps, on notera la sortie de ce « Antonio Vivaldi, un prince à Venise », deuxième long de Jean-Marc Guillermou, réalisateur en 2003 de « Il était une fois Jean-Sébastien Bach », qui récidive ici dans le biopic de compositeur. Sorti dans le plus grand anonymat estival, le film aura surpris tout son monde en étant passé entre les mailles de la presse spécialisée qui n’en a pas parlé, et surtout en étant distribué sur un nombre de copies réellement faible et principalement dans des salles « Arts et Essais ». Mais plus que tout, ce film était l’occasion de retrouver Michel Serrault dont il s’agit de l’avant-dernier film.

 

« L’Eglise ne voit en moi qu’un parasite et un perturbateur des âmes »

 

Michel Serrault. Sipa PresseOn est tout de suite surpris par le format franco-italien, qui voit les protagonistes se répondre dans leur langue maternelle respective selon leur nationalité, le tout bien évidemment doublé par soucis d’uniformité. Et si ceci n’est qu’un détail, c’est très symptomatique de l’aspect amateur que prend ce film. On ne doute à aucun moment d’une volonté du réalisateur de traiter de la vie de Vivaldi de manière quelque peu décalée. Mais là, c’est le grand n’importe quoi. Au milieu de décors criards et de costumes d’époque, se succèdent une flopée de scènes et de rencontres elliptiques, qui ne sont pas liées et qui n’apportent souvent pas grand chose au récit (on pense à la jeune danseuse que Vivaldi finit par aider à sortir de Venise au début du film), voire qui frisent souvent le grand n’importe quoi (Goldoni qui vient arranger le texte d’un opéra en moins de trente seconde pendant que Vivaldi fait répéter sa soliste). Evidemment le tout agrémenté de quelques extraits d’opéras du Maître. Bien évidemment le résultat tient de la vaste fumisterie, et n’est pas à la hauteur de la qualité d’un mauvais téléfilm, à peine égale-t-il une sitcom AB Productions. Car à cette mise en scène laborieuse et lamentable vient s’ajouter une direction d’acteurs inexistante.

 

« Avec un carnaval qui dure six mois par an, nos concitoyens passent six mois de l’année à pécher et six mois de l’année à prier »

 

Annette Schreiber et Stefano Dionisi. Sipa PresseLe casting révèle ainsi de grandes surprises : on retrouve ainsi un Vivaldi campé par un mauvais Stefano Dionisi, qui a sa décharge est maquillé de manière grotesque au fil de son vieillissement. A ses côtés, on est déçu par Michel Serrault, qui bien qu’étant de loin le meilleur comédien du film, cabotine à mort et en fait des tonnes. On rigolera de manière gênée devant la prestation improbable de Galabru en Pape à l’œil quelque peu lubrique. Quand à Annette Schreiber, les physionomistes se rappelleront l’avoir aperçu dans des chefs d’œuvre comme « Les vacances de l’amour », et seront stupéfaits de voir que son accent germanique a été gommé au profit d’un doublage plus lisse. Du grand art à l’envers en quelque sorte. A ce petit jeu, la bonne surprise vient de Christian Vadim. Dommage qu’il ne reste pas plus de 5 minutes à l’écran.

 

« Anna, je souffre de vous avoir volé votre jeunesse et de vous avoir entraînée dans cette folie »

 

Si la vie du génial et finalement méconnu Vivaldi (dont ce film était le premier biopic qui lui était consacré) avait l’apparence du sujet idéal pour un biopic de qualité au cinéma, il va sans dire que ce « Antonio Vivaldi, un prince à Venise » est certainement le nanard de l’année. Avec un scénario écrit par un manchot, une réalisation frôlant l’amateurisme total et des acteurs perdus en cours de route, le film, tel la cité des Doges, prend l’eau de toute part, et coule irrémédiablement dans les profondeurs du ridicule. Ce génie de la musique qu’était Vivaldi méritait quand même un biopic à hauteur de son talent. Quelle honte !

  Diane Fertikh et Stefano Dionisi. Sipa PresseSipa Presse



Par platinoch - Publié dans : Biopics
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