« Même les grands hommes peuvent être corrompus »
Le film explore la vie publique et privée de l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20e siècle, J.
Edgar Hoover. Incarnation du maintien de la loi en Amérique pendant près de cinquante ans, J. Edgar Hoover était à la fois craint et admiré, honni et révéré.
Mais, derrière les portes fermées, il cachait des secrets qui auraient pu ruiner son image, sa carrière et sa vie.
« Un jour tu deviendras l’homme le plus puissant du pays »
En marge de sa longue carrière de comédien, Clint Eastwood aura su mener
une prolifique carrière de réalisateur. Avec 35 films au compteur réalisés en quatre décennies, on peut dire que le vieux Clint n’aura pas chômé. Surtout, il aura à peu près réussi à
aborder tous les genres, du western (« Impitoyable », « Pale rider ») au film de guerre (« De l’or pour les braves », « Lettres d’Iwo Jima ») en passant par le
polar (« L’échange »), le film noir (« Minuit dans le jardin du bien et du mal », « Mystic river »), le film musical (« Honkytonk man », « Bird ») ou
encore la romance (« Breezy », « La route de Madison »). Après avoir touché un peu au genre du biopic avec « Bird » et « Invictus », il nous revient avec «
J. Edgar », qu’il consacre au mythique directeur du FBI, J. Edgar Hoover (1895-1972). Pour retracer la vie et la carrière de ce personnage hors normes,
recordman de longévité à la tête d’une agence fédérale (de 1924 à 1972 – 48 ans ! – soit sous huit présidents différents) et véritable figure de la vie politique américaine, Eastwood
s’est adjoint les services du scénariste Dustin Lance Black, oscarisé pour le scénario d’un autre biopic politique: « Harvey Milk » de Van Sant.
« Quand la morale décline et que les dirigeants ne font rien, le mal triomphe »
De la fenêtre de son bureau, Hoover aura assisté, tel un témoin, à l’Histoire
américaine contemporaine. De l’investiture de Roosevelt et son cortège de voitures « primitives » à celle de Nixon et ses voitures modernes.
Deux scènes, mises en perspectives par un subtil effet de miroir, qui symbolisent à merveille ce que fut Hoover : un monument, une figure, qui traversa et participa à cinquante années de
vie politique américaine. Et pas des moindres, puisque ce furent durant ses cinquante années que les Etats-Unis passèrent du statut de simple puissance de second plan (et isolationniste
de surcroit !) à celui de superpuissance moderne, hégémonique et impérialiste. Mais au-delà de son incroyable longévité, ce qui fait l’intérêt de ce personnage hors normes, c’est surtout
sa personnalité trouble, faite de contradictions et de zones d’ombres. Ainsi, s’il fut un ardent défenseur de l’Amérique blanche et protestante, de la morale conservatrice WASP et un
raciste patenté, Hoover n’en fut pas moins un homme secret, aux méthodes de gangsters (espionnage des personnalités politiques de premier plan qu’il faisait chanter ensuite), et qui vécut tout sa
vie dans le déni, refoulant son homosexualité et son amour pour son adjoint, Clyde Tolson. C’est d’ailleurs de cet aspect là que le cinéaste traite
principalement, avec plus (la bagarre entre Hoover et Tolson qui finit par un baiser) ou moins (la scène too much où il enfile la robe de sa mère) de
réussite. Mais s’il est difficile de retracer la vie d’un tel homme en 2h, il est toutefois très réducteur de le limiter à sa seule homosexualité refoulée. Peu aidé il est vrai par une
narration en flashbacks qui rend l’œuvre extrêmement décousue et difficile à suivre, le film se borne à évoquer quelques affaires (le kidnapping du fils Lindbergh,
Martin Luther King) en faisant l’impasse sur les plus importantes (le McCarthysme, sa guerre ouverte contre le clan Kennedy) ou sur ses
relations ambigües avec la mafia. Ne reste que l’interprétation, dominée par un impeccable Di Caprio, pour sauver les meubles. Encore faut-il faire abstraction des maquillages
vieillissants grotesques, faisant passer le vieux Tolson pour une marionnette des guignols. Un (gros) raté de plus, donc, pour Eastwood qui n’a rien fait de bon depuis «
Gran Torino ».
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« Je resterai le temps qu’il faudra »
Pour toute une génération, le nom de Luc Besson reste associé aux années
80. A l'époque le tout jeune cinéaste fait souffler un vent de fraicheur sur le cinéma français en réalisant des films d'action modernes, à l'efficacité américaine, qui envoient aux oubliettes le
cinéma de papa. Tout le monde se souvient de « Subway », de « Nikita » ou de « Léon ». Et puis à force d'être considéré comme un petit génie, Besson a
pris le melon et s'est mis à faire des rêves de grandeur démesurés. Rêvant d'Amérique, il partit donc à Hollywood, réaliser quelques gros films qui ne rencontreront pas le succès
escomptés (le très bon « Cinquième élément », le moins bon « Jeanne d'Arc »). Laissant finalement à d'autres tacherons le soin de réaliser des films d'action nanaresques à la
chaîne via sa société de production (la saga des « Taxi », du « Transporteur » et autres « Banlieue 13 »), Besson prit tout le monde à revers durant les années
2000 en s'essayant à des genres où on ne l'attendait pas. Mais force est de constater que de « Angel-A » à la saga des « Minimoys », le cinéaste semble avoir perdu son
inspiration et son mordant. Enchainant les films avec une boulimie rare (4 films en deux ans), il nous revient cette fois avec « The lady », consacré à l'opposante birmane et
Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi. Un projet initialement porté par l’actrice malaisienne Michelle Yeoh, qui a proposé à Besson de le réaliser.
Même s’il s’était déjà un peu frotté à l’exercice avec son « Jeanne d’Arc
», Besson aux commandes d’une biographie politique, cela pouvait surprendre. Et ce d’autant plus s’agissant d’un biopic consacré à Aung San Suu Kyi. Mondialement reconnue pour ses
engagements pacifiques, « l’Orchidée d’acier », condamnée à vivre en résidence surveillée depuis plus de vingt ans par la junte birmane, est devenue l’une des figures mondiales de la lutte pour
la liberté et la démocratie. A l’image de ses pairs Gandhi (immortalisé au cinéma par Attenborough) ou Mandela (dont la vie et le combat ont
inspiré de nombreux films comme « Invictus », « Goodbye Bafana » ou « Mandela and De Klerk »), cette femme de convictions méritait qu’on lui consacre un film. A
elle et à son combat. Malheureusement, Besson oublie un peu ce dernier jusqu’à se focaliser presque exclusivement sur la séparation forcée d’avec son mari et ses enfants. Filmant ainsi
l’absence, la solitude, les combats menés depuis Londres et le monde libre par un mari dévoué, le film vire trop souvent au mélo, trouvant son point d’orgue dans la (très) longue agonie
de celui-ci, privé jusqu’au bout de voir sa femme. Parfois caricatural (lorsqu’il présente les militaires au pouvoir), (trop) souvent elliptique (rien
sur le pourquoi des révoltes étudiantes de 1988 ou de celle des bonzes en 2007, qui arrivent comme des cheveux sur la soupe), le film de Besson souffre surtout d’une vision trop réduite
du combat politique de Aung San Suu Kyi, qui se résume ici à un meeting public et une tournée en province. Toutefois s’il manque d’une manière générale d’un peu de souffle épique, « The
lady » réserve tout de même quelques jolis moments, à l’image de la scène où l’héroïne joue du piano en même temps que le concert qui lui est dédié par l’académie Nobel à la radio.
On en retiendra aussi la belle prestation de Michelle Yeoh, dont la ressemblance physique avec Aung San Suu Kyi est des plus impressionnantes. Un peu léger par rapport à la gravité du
combat qu’il narre, « The Lady », qui n’en demeure pas moins un film acceptable, a au moins le mérite de médiatiser un peu le combat toujours en cours de Aung San Suu Kyi. C’est déjà
ça.
Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une chanteuse de beuglant à la voix trop faible, qui affronte un public de soldats éméchés. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une apprentie-courtisane au corps trop maigre, qui trouve refuge chez son protecteur Etienne Balsan, parmi les cocottes et les fêtards. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera " la femme de personne ", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi.
Un téléfilm sur France 2 (signé Christian Duguay, avec Barbora Babulova et Shirley McLaine dans le rôle de Gabrielle Chanel), un biopic signé Anne Fontaine et un autre signé Jan Kounen (« Coco Chanel & Igor Stravinsky » avec Anna Mouglalis dans le rôle titre) : lannée 2009 sera Coco Chanel ou ne sera pas ! Sans parler des projets de biopics avortés auxquels étaient associés les noms de William Fredkin et Danièle Thomson. Rien danormal à cela quand on sait linfluence mondiale quaura eu Gabrielle Chanel sur la mode féminine au XXème siècle, insufflant à celle-ci un vent de modernité. A noter que le film est une adaptation de « Lirrégulière », portrait écrit par Edmonde Charles-Roux, publié en 1974.
Le succès international (entendre par là Hollywoodien) de « La Môme » de Dahan devait donner des idées à un certain nombre de nos réalisateurs en mal de reconnaissance hors de nos frontières. Quoi de mieux alors que de suivre un modèle tout fait ayant déjà fait ses preuves ? Car finalement, il y a entre « Mademoiselle » Chanel et Edith Piaf des similitudes incroyables : mêmes caractères bien trempés et décidés, mêmes talents bruts ne demandant quà être travaillés. Plus encore, ces deux femmes, symboles à linternational dune culture et dune élégance typiquement françaises, incarnent une certaine forme de féminisme avant lheure, animé par le même désir affirmé de liberté et dindépendance à une époque résolument machiste où lhomme cantonne la femme au foyer et où celles-ci sont absentes de toute vie politique et économique. En cela, que ce soit Piaf qui chante lamour au féminin en multipliant les frasques sentimentales ou Coco Chanel qui libère les corps en supprimant les corsets et en raccourcissant les jupes, elles auront toutes les deux uvrées à une certaine libération de limage de la femme. De ce destin et de cette personnalité hors normes, il y avait forcément matière à faire un grand film. Pourtant, avec ce récit mollasson et didactique, qui sappesantit sur des passages peu passionnants et inutiles de la vie de Gabrielle Chanel (les interminables parties de cache-cache et de polo au château de Balsan où Coco côtoie pour la première fois les gens du monde), Anne Fontaine semble passer à côté de son sujet, en oubliant de sintéresser pleinement au génie créatif de la couturière et sa faculté à imposer son style comme une référence à part entière. Son parti pris de ne sintéresser quaux jeunes années de la créatrice semble tout aussi peu pertinent, puisque faisant limpasse sur les passages les plus troubles (et donc les plus intéressants) de la vie de Coco Chanel, notamment sa romance controversée avec un officier allemand pendant la seconde guerre mondiale. On passera également sous silence les grossiers « arrangements » pris par le scénario (Adrienne nest pas la sur de Gabrielle mais sa tante). Mais plus encore, on reprochera au film dAnne Fontaine son manque de personnalité, sa construction narrative artificielle, totalement pompée sur celle de « La Môme » (lenfance miséreuse, les tentatives comme chanteuse légère et gouailleuse dans les beuglants, les rencontres décisives, le grand amour fauché tragiquement par la mort, et même le flash-back rétrospectif final) qui fait de ce « Coco avant Chanel » un film avant tout formaté et calibré pour plaire à linternational. La présence au casting du comédien américain Alessandro Nivola va dailleurs dans ce sens. Mais à limage du reste du casting (Audrey Tautou et Emmanuelle Devos), ce dernier se montre particulièrement falot. On saluera tout de même lexcellente prestation de Poelvoorde, parfait dans ce personnage aussi détestable que touchant. De toute évidence, Coco Chanel méritait mieux que ce biopic maladroit, mal inspiré et à lesthétique digne dun téléfilm de France 3. Il ny a plus quà espérer que le film que lui a consacré Jan Kounen sera dun meilleur niveau.


Réalisateur méticuleux venu du théâtre, Martin Provost a déjà signé deux longs, « Tortilla y cinema » en 1997 et « Le ventre de Juliette » en 2003. Sa troisième réalisation, la transposition sur grand écran de la vie dune peintre mineure et oubliée, Séraphine Louis dite « de Senlis » (1864-1942), faisait office de projet atypique dans la production française actuelle. Ce qui ne la pas empêchée de se construire une jolie réputation dans les festivals (notamment à Angoulême où Yolande Moreau fut primée) et dêtre précédé dun bouche à oreilles particulièrement positif. Et grande satisfaction pour le réalisateur,
Artiste secondaire dun genre mineur (lart naïf), luvre de Séraphine Louis, dite « de Senlis », semblait vouée à loubli de lHistoire. Cétait sans compter sur Martin Provost qui décidait de lui consacrer un film. Un projet audacieux tant celle-ci demeurait méconnue du grand public. Pourtant, sa vie savère étonnement cinématographique. En effet, Séraphine Louis demeure un personnage complexe, un peu double et schizophrène : car si le jour Séraphine demeure une femme « simple » menant une vie laborieuse et dure, la nuit, cette dernière laisse éclater sa fantaisie, son imagination en sadonnant dans la pénombre de sa petite chambre à sa passion pour la peinture. Une passion obsédante, vitale, à laquelle elle sacrifie tout, de ses maigres gains à sa santé, et qui révèle une face diamétralement différente de cette femme, capable de grâce et de couleurs chatoyantes. Un délire artistique qui se finira dramatiquement avec le basculement de lartiste dans la folie. La vie de Séraphine Louis est dautant plus intéressante quen témoin privilégié des évènements du début du 20ème siècle, son portrait permet au réalisateur de réaliser un instantané de cette époque charnière, passage dun 19ème siècle quasi féodal à un 20ème siècle beaucoup plus moderne, qui verra notamment lavènement du business de lart, avec ses marchands et ses collectionneurs brassant beaucoup dargent, décidant des modes, et toujours à laffût dun nouveau talent à promouvoir. A ce titre la rencontre entre Séraphine et son mécène allemand est assez cocasse et touchante, tant ses deux personnages si opposés en apparence (elle, la servante , manuelle et « simple » desprit, lui le théoricien de lart, intellectuel et écrivain reconnu) que rien ne prédestinait à se rencontrer, se ressemblent au final (ils sont tous deux très seuls, très vulnérables, rejetés par la société, elle en raison de son statut social et de son autisme, lui en raison de sa nationalité allemande et de son homosexualité). Pour autant, la grande réussite de ce film cest que son réalisateur ne sombre jamais dans la tentation du misérabilisme alors même que le sujet pouvait sy prêter. A limage de lartiste quil traite, il peint sa vie par petites touches impressionnistes, il esquisse une succession de saynètes, très légères et très dépouillées, sans artifices, qui immergent totalement le spectateur dans son récit. Un film maitrisé de bout en bout, porté par la formidable interprétation de Yolande Moreau (en route vers un deuxième César ?) et de Ulrich Tükur. Assurément lune des belles surprises françaises de lannée.


Film de commande, le biopic sur Coluche devait initialement retracer les vingt dernières années de sa vie. Un projet proposé à Antoine De Caunes qui ne voyait cependant pas lintérêt de réaliser un film sur un personnage dont on sait à peu près tout. Néanmoins, intrigué par la période charnière dans sa vie de sa candidature aux présidentielles historiques de 1981, il proposa de réécrire le scénario et de le mettre en scène. Loccasion pour lui de replonger dans ses souvenirs puisque à défaut dêtre intime, De Caunes connaissait bien Coluche, participant à plusieurs occasions aux énormes soirées que ce dernier organisait chez lui. Lexercice du biopic nétait cependant pas étranger à De Caunes qui réalisé en 2003 « Monsieur N. », retraçant lexil à Sainte-Hélène de lEmpereur Napoléon. Exercice périlleux, ce « Coluche, lhistoire dun mec » naura pas attendu sa sortie sur les écrans pour créer la polémique. En effet, outre la désapprobation du film par la famille du défunt humoriste, lancien producteur de ce dernier, Paul Lederman, engagea une procédure judiciaire pour une sordide histoire de droits dauteur qui faillit retarder la sortie du film avant dêtre finalement débouté in extremis.
Genre pleinement américain, le biopic semble devenir le genre à la mode de la production cinématographique française. Sans doute le succès international de « La Môme » ny est-il pas étranger. Toujours est-il que depuis, les projets senchainent à rythme soutenu (« Sagan », « Mesrine », « Séraphine », en attendant limprobable « Gainsbourg »). Cependant, la stature et la popularité toujours intacte de celui qui fut licône contestataire dune génération rendait ladaptation de sa vie sur grand écran particulièrement délicate. Pour ne pas dire casse-gueule. Dautant que De Caunes souhaitait traiter de lintimité du personnage et de son « côté obscur », moins connu du grand public.

1977. Arrêté pour avoir organisé et réussi le plus gros casse de lhistoire nationale sans avoir braqué la moindre arme, Albert Spaggiari parvient à sévader du bureau du juge dinstruction. Insaisissable, lhomme aura réussit à prendre la fuite et à trouver refuge en Amérique du sud, où la Justice a semble-t-il perdue sa trace. Jusquà ce que quelques années plus tard, en 1982, Vincent, un jeune reporter de Paris Match, ne retrouve sa trace. Loin de limage caricaturale des gangsters, il découvre un homme jovial, généreux, fauché et vantard, souffrant profondément dun manque de reconnaissance et de gloire. Bourré de contradictions, ce dernier reste méfiant et difficile à apprivoiser car toujours traqué par la police
Second rôle prolifique et bankable, lancien Robin des Bois Jean-Paul Rouve signe avec « Sans arme, ni haine, ni violence » son premier long métrage en tant que réalisateur. Fasciné depuis longtemps par la personnalité flamboyante et ambiguë du célèbre gangster Albert Sparggiari, qui avait réalisé en 1976 le « casse du siècle » en dérobant ingénieusement 50 milliards de francs des coffres de la Société Générale de Nice, Rouve sétait attelé à lécriture dun scénario centré sur ce personnage, sans pour autant penser à le réaliser lui-même. Une idée qui lui sera soufflé par son co-scénariste et qui aura donc fait son chemin. Néanmoins, la personnalité complexe de Spaggiari (en fuite en Amérique du sud et soit disant introuvable, lhomme aimait narguer les autorités en publiant régulièrement des livres, en donnant de nombreuses interviews, et en envoyant chaque année ses vux au Président de la République) aura contraint Jean-Paul Rouve a un énorme travail de documentation, pour dresser un portrait au plus proche de la réalité. A noter que le fameux braquage de la Société Générale de Nice avait déjà donné lieu à un film, « Les égouts du paradis », signé par José Giovanni en 1979.
Effet de mode ou simple hasard, toujours est-il que les célèbres gangsters français des années 70 inspirent depuis quelques mois nos cinéastes. Pour preuve, les récents ou prochains films consacrés à Mesrine (avec le diptyque « Linstinct de mort » et « Lennemi public numéro 1 » signé par Jean-François Richet), ou encore au Gang des Postiches (« Le dernier gang » de Zeitoun). En choisissant néanmoins de sintéresser à un personnage aussi fantasque quAlbert Spaggiari, à lopposé de limage traditionnelle du gangster, Rouve se démarquait des autres projets et trouvait un rôle à sa parfaite démesure. Dailleurs, on se laisse assez vite prendre au jeu, entre une reconstitution soignée de la fin des années 70, et un scénario à première vue assez malin, où Spaggiari, trahit par pêché dorgueil, baisse un peu trop sa garde en laissant pénétrer dans sa vie un journaliste qui savère en fait être un flic. Lensemble est ainsi relativement bien mené, avec quelques scènes assez marquantes (le coup de la virée en boîte de nuit qui nous montre toute la complexité du personnage, ou encore celle de la première rencontre) agrémentées de répliques intelligentes et savoureuses. Malgré cela, le film de Rouve souffre quand même dun vrai manque de rythme, pour ne pas dire denjeu (la traque infiltrée est révélée trop tôt, et napporte pas grand chose puisquon sait que Spaggiari na jamais été pris), assez dommageable pour le coup. De même, on regrettera le parti pris de Rouve de réduire le casse et sa préparation au strict minimum dun flashback, alors que ce dernier a été lélément central de la vie du personnage. Mais plus que tout, Rouve déçoit en dressant un portrait trop parcellaire du célèbre gangster, qui passe ici pour une grande-gueule fêtarde et égocentrique, finalement généreux et attachant. Un peu léger quand on sait que Spaggiari était quand même assez proche des milieux dextrême droite, et quil était notamment assez raciste et colonialiste (la référence à sa participation à la guerre dIndochine et son caractère raciste sont à peine soulignés le temps de deux malheureuses petites scènes).

1795, Angleterre. Jane Austen est une jeune fille issue de la bonne société provinciale. Esprit libre et indépendant, passionnée par lécriture, elle souhaite se battre contre sa condition et vivre de sa plume plutôt que de faire un mariage arrangé. Cest ainsi quelle refuse nombre de prétendants, au grand dam de ses parents, désargentés, qui rêvent de se retrouver à labri du besoin grâce au mariage de leur fille avec un bon parti. Cest alors que débarque dans la vie de Jane le jeune Tom Lefroy, jeune étudiant en droit de Londres, envoyé à la campagne par son oncle pour punir et réfréner ses excès et ses frasques. Si dans un premier temps, ces deux forts caractères sopposent fortement, les deux jeunes gens deviennent vite éperdument amoureux lun de lautre, et ce en dépit des convenances sociales. Une amour de jeunesse passionnée qui marquera pour toujours lauteur de quelques-uns des plus grands romans damour dAngleterre
Considérée comme lune des plus grandes romancières britannique, auteur entre autre d « Orgueil et préjugés » et de « Raisons et sentiments » (tous deux adaptés avec succès au cinéma), le biopic de Jane Austen apparaissait comme un exercice périlleux. En effet, bien que plusieurs biographes se soient penchés sur le sujet, les éléments concernant la jeunesse de la romancière semblent assez vague et incertain et dès lors, lentreprise de raconter en extrapolant cette histoire damour dont on ne sait que très peu de choses, fait fortement penser au « Molière » de Laurent Tirard (2007), qui empruntait la même démarche scénaristique. Malgré tout, le film sappuie sur la biographie écrite par Jon Spence en 2003, qui permet de confirmer que Jane Austen a bien rencontré Tom Lefroy en 1795, puis son oncle à Londres, lannée suivante. Aux manettes de ce film, on découvre Julian Jarrold, réalisateur britannique qui a fait lessentiel de sa carrière comme réalisateur pour la télévision avant de signer une poignée de longs passés inaperçus de par chez nous. Cest donc pour lui son premier projet denvergure.
Peu de surprises sur la forme avec ce « Jane » dont la facture est très classique. Avec un tel sujet, il aurait été surprenant quil en soit autrement. Néanmoins, on constate finalement peu de différences dans la mise en scène entre ce « Jane » et « Orgueil et préjugés » (Wright 2004), ou encore « Raison et sentiments » de Ang Lee (1996) : même effort porté sur les costumes et les décors, même importance des paysages de la campagne anglaise, et même soin porté à la photographie, jouant sur des éclairages particulièrement lumineux. La surprise majeure du film et son intérêt viennent donc du fond. En effet, et pour la première fois, lentreprise menée par Jarrold et Spence tend à désacraliser limage que nous avions traditionnellement de Jane Austen : en nous la présentant dans ses jeunes années comme une jeune fille amoureuse, fougueuse et passionnée (véritable héroïne de ses propres romans), ils vont ainsi à lencontre de limage traditionnelle que nous avions delle, à savoir une éternelle vieille fille, indépendante, ayant connu le succès grâce à ses romans damour. Vraie ou non, cette version est très intéressante car elle permettrait de comprendre ce qui a influencé et nourri les romans de la romancière, et expliquerait aussi pourquoi elle na jamais voulu se marier. Car ce « Jane » est avant tout une jolie histoire damour contrariée, racontée à la manière même de lauteur. Ce film est également loccasion de brosser un intéressant portrait social de lAngleterre de la fin du 18ème siècle, où le poids des convenances sociales était prédominant et où les hommes nétaient finalement pas plus libres que les femmes (Tom ne peut ainsi pas épouser Jane, nayant pas obtenu le consentement de son oncle, et ayant besoin de la rente octroyé par celui-ci pour entretenir sa famille nombreuse et déshéritée en Irlande), mettant laccent au passage sur le caractère précurseur de Jane Austen, féministe avant lheure, ayant mené toute sa vie un combat contre les convenances sociales pour obtenir sa liberté.
Mise en scène classique, histoire ressemblant aux propres romans écrit par Jane Austen, le film aurait pu souffrit dun petit air de déjà-vu. Dautant que comme toujours dans les adaptations cinématographiques de la romancière, ce « Jane » néchappe pas à quelques longueurs et quelques problèmes de rythme. Néanmoins, sans être un grand amateur du genre, il plane un petit vent de fraîcheur sur ce film, qui est du en grande partie aux comédiens. Dans le rôle titre, Anne Hathaway se montre parfaite, faisant taire les critiques reprochant au réalisateur de ne pas avoir pris une actrice anglaise et non américaine pour jouer la célèbre romancière. Avec son charme particulier et son caractère pétillant et affirmée, elle propose une interprétation très crédible de Jane Austen. A ses côtés, James MacAvoy, découvert dans « Le dernier roi dEcosse » (MacDonald 2006), se montre tout aussi convainquant, passant en un clin dil du gros dur frimeur à lamoureux le plus transi. Derrière, les seconds rôles se montrent tout aussi bons et participent à limpression convaincante qui ressort de lensemble. On saluera ainsi les prestations de James Cromwell, July Walters, Maggie Smith ou encore Lucy Cohu.
Projet finalement ambitieux et périlleux, « Jane » est au final un petit film très charmant. Les amateurs de la romancière apprécieront dy trouver une jolie histoire comme dans ses romans, les autres seront intéressés par cette vision de sa jeunesse que nous proposent Jarrold et Spence, et qui permettrait de mieux comprendre son uvre et sa vie. Sil fallait trouver un reproche à faire, peut-être pourrait-on reprocher que la passion des deux personnages ne soit pas représentée de manière plus dévorante. Mais cela ne relève que du détail. Un film en tous cas très recommandable et un très agréable moment de cinéma.

La vie torturée dAntonio Vivaldi, musicien vénitien exceptionnel, dont le génie musical aura été contrarié par son statut de prêtre et par la volonté de la toute puissante Eglise de ne pas le laisser sortir de sa condition, et de ne pas laisser libre cours à une forme dexpression progressiste. De ses troubles personnels et de son génie créatif, en passant par le jeu de ses relations avec les personnages importants de lépoque (Pape, Cardinaux, Chefs dEtat, Nobles et Bourgeois, Artistes
), la vie de Vivaldi est ici exposée dans toute sa complexité, et sert également de support à un portrait social de lItalie du 17ème siècle.
Genre américain par excellence, le biopic reste un exercice toujours passionnant mais réellement difficile. Entre travail minutieux de documentation et soucis de mêler à la fois réalisme et écriture romanesque pour rendre le récit alerte, lexercice est toujours périlleux. Pourtant, sur des sujets assez éloignés, certaines tentatives ont donné lieu à des grands films, comme le récent « Walk the line » (Mangold 2006). Sur le thème des compositeurs classiques, on se souvient ainsi de lexcellent « Amadeus » de Forman (1984), en attendant le « Copying Beethoven » de Holland (sortie prévue fin 2007). Mais entre temps, on notera la sortie de ce « Antonio Vivaldi, un prince à Venise », deuxième long de Jean-Marc Guillermou, réalisateur en 2003 de « Il était une fois Jean-Sébastien Bach », qui récidive ici dans le biopic de compositeur. Sorti dans le plus grand anonymat estival, le film aura surpris tout son monde en étant passé entre les mailles de la presse spécialisée qui nen a pas parlé, et surtout en étant distribué sur un nombre de copies réellement faible et principalement dans des salles « Arts et Essais ». Mais plus que tout, ce film était loccasion de retrouver Michel Serrault dont il sagit de lavant-dernier film.
On est tout de suite surpris par le format franco-italien, qui voit les protagonistes se répondre dans leur langue maternelle respective selon leur nationalité, le tout bien évidemment doublé par soucis duniformité. Et si ceci nest quun détail, cest très symptomatique de laspect amateur que prend ce film. On ne doute à aucun moment dune volonté du réalisateur de traiter de la vie de Vivaldi de manière quelque peu décalée. Mais là, cest le grand nimporte quoi. Au milieu de décors criards et de costumes dépoque, se succèdent une flopée de scènes et de rencontres elliptiques, qui ne sont pas liées et qui napportent souvent pas grand chose au récit (on pense à la jeune danseuse que Vivaldi finit par aider à sortir de Venise au début du film), voire qui frisent souvent le grand nimporte quoi (Goldoni qui vient arranger le texte dun opéra en moins de trente seconde pendant que Vivaldi fait répéter sa soliste). Evidemment le tout agrémenté de quelques extraits dopéras du Maître. Bien évidemment le résultat tient de la vaste fumisterie, et nest pas à la hauteur de la qualité dun mauvais téléfilm, à peine égale-t-il une sitcom AB Productions. Car à cette mise en scène laborieuse et lamentable vient sajouter une direction dacteurs inexistante.
Le casting révèle ainsi de grandes surprises : on retrouve ainsi un Vivaldi campé par un mauvais Stefano Dionisi, qui a sa décharge est maquillé de manière grotesque au fil de son vieillissement. A ses côtés, on est déçu par Michel Serrault, qui bien quétant de loin le meilleur comédien du film, cabotine à mort et en fait des tonnes. On rigolera de manière gênée devant la prestation improbable de Galabru en Pape à lil quelque peu lubrique. Quand à Annette Schreiber, les physionomistes se rappelleront lavoir aperçu dans des chefs duvre comme « Les vacances de lamour », et seront stupéfaits de voir que son accent germanique a été gommé au profit dun doublage plus lisse. Du grand art à lenvers en quelque sorte. A ce petit jeu, la bonne surprise vient de Christian Vadim. Dommage quil ne reste pas plus de 5 minutes à lécran.

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