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« Je resterai le temps qu’il faudra »
Pour toute une génération, le nom de Luc Besson reste associé aux années
80. A l'époque le tout jeune cinéaste fait souffler un vent de fraicheur sur le cinéma français en réalisant des films d'action modernes, à l'efficacité américaine, qui envoient aux oubliettes le
cinéma de papa. Tout le monde se souvient de « Subway », de « Nikita » ou de « Léon ». Et puis à force d'être considéré comme un petit génie, Besson a
pris le melon et s'est mis à faire des rêves de grandeur démesurés. Rêvant d'Amérique, il partit donc à Hollywood, réaliser quelques gros films qui ne rencontreront pas le succès
escomptés (le très bon « Cinquième élément », le moins bon « Jeanne d'Arc »). Laissant finalement à d'autres tacherons le soin de réaliser des films d'action nanaresques à la
chaîne via sa société de production (la saga des « Taxi », du « Transporteur » et autres « Banlieue 13 »), Besson prit tout le monde à revers durant les années
2000 en s'essayant à des genres où on ne l'attendait pas. Mais force est de constater que de « Angel-A » à la saga des « Minimoys », le cinéaste semble avoir perdu son
inspiration et son mordant. Enchainant les films avec une boulimie rare (4 films en deux ans), il nous revient cette fois avec « The lady », consacré à l'opposante birmane et
Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi. Un projet initialement porté par l’actrice malaisienne Michelle Yeoh, qui a proposé à Besson de le réaliser.
Même s’il s’était déjà un peu frotté à l’exercice avec son « Jeanne d’Arc
», Besson aux commandes d’une biographie politique, cela pouvait surprendre. Et ce d’autant plus s’agissant d’un biopic consacré à Aung San Suu Kyi. Mondialement reconnue pour ses
engagements pacifiques, « l’Orchidée d’acier », condamnée à vivre en résidence surveillée depuis plus de vingt ans par la junte birmane, est devenue l’une des figures mondiales de la lutte pour
la liberté et la démocratie. A l’image de ses pairs Gandhi (immortalisé au cinéma par Attenborough) ou Mandela (dont la vie et le combat ont
inspiré de nombreux films comme « Invictus », « Goodbye Bafana » ou « Mandela and De Klerk »), cette femme de convictions méritait qu’on lui consacre un film. A
elle et à son combat. Malheureusement, Besson oublie un peu ce dernier jusqu’à se focaliser presque exclusivement sur la séparation forcée d’avec son mari et ses enfants. Filmant ainsi
l’absence, la solitude, les combats menés depuis Londres et le monde libre par un mari dévoué, le film vire trop souvent au mélo, trouvant son point d’orgue dans la (très) longue agonie
de celui-ci, privé jusqu’au bout de voir sa femme. Parfois caricatural (lorsqu’il présente les militaires au pouvoir), (trop) souvent elliptique (rien
sur le pourquoi des révoltes étudiantes de 1988 ou de celle des bonzes en 2007, qui arrivent comme des cheveux sur la soupe), le film de Besson souffre surtout d’une vision trop réduite
du combat politique de Aung San Suu Kyi, qui se résume ici à un meeting public et une tournée en province. Toutefois s’il manque d’une manière générale d’un peu de souffle épique, « The
lady » réserve tout de même quelques jolis moments, à l’image de la scène où l’héroïne joue du piano en même temps que le concert qui lui est dédié par l’académie Nobel à la radio.
On en retiendra aussi la belle prestation de Michelle Yeoh, dont la ressemblance physique avec Aung San Suu Kyi est des plus impressionnantes. Un peu léger par rapport à la gravité du
combat qu’il narre, « The Lady », qui n’en demeure pas moins un film acceptable, a au moins le mérite de médiatiser un peu le combat toujours en cours de Aung San Suu Kyi. C’est déjà
ça.
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