Partager l'article ! Shame: « J’ai vu ton frère quand tu as chanté : tu as fait pleurer un homme » Le film ab ...
« J’ai vu ton frère quand tu as chanté : tu as fait pleurer un
homme »
Certaines choses paraissent prédestinées. Inéluctables. Avec un
nom pareil, l’artiste plasticien Steve McQueen devait inévitablement faire tôt ou tard du cinéma. Toutefois, à la différence de son illustre homonyme, c’est derrière la caméra qu’il
trouvera sa place. Avec « Hunger », film coup de poing sur le sacrifice de Bobby Sands et des prisonniers politiques de l’IRA, lancés dans une tragique grève
de la faim pour faire entendre leur voix à un pouvoir anglais trop prompt à imposer la sienne, il fera une entrée remarquée, saluée en grande pompe par la critique. Après ce premier essai
éprouvant, McQueen pensait ne pas avoir les épaules pour renouveler l’expérience. Il nous revient pourtant trois ans plus tard avec « Shame », son deuxième long métrage,
traitant là encore d’un sujet tabou : l’addiction au sexe. Présenté en compétition à la Mostra de Venise, « Shame » a été récompensé de la Coupe Volpi du meilleur
acteur pour Michael Fassbender. Le réalisateur et son acteur fétiche devraient se retrouver pour la troisième fois sur le prochain projet de McQueen, « Twelve
years a slave », au générique duquel devrait également apparaître Brad Pitt.
Le moins que l’on puisse dire c’est que Steve McQueen a le goût
des sujets difficiles. Après avoir abordé dans « Hunger » le sacrifice des militants emprisonnés de l’IRA, il s’attaque avec « Shame » à l’addiction
sexuelle. Deux sujets a priori diamétralement opposés. Pourtant, aussi surprenant que cela puisse paraître, les deux films ont étrangement beaucoup de similitudes. Notamment dans
le choix de ces personnages extrêmes, jusqu’au-boutistes, dont McQueen prend un mal(sa)in plaisir à filmer l’agonie jusqu’à leur inéluctable chute. A ceci près que si Bobby
Sands apparaissait comme un personnage christique dans son combat et sa souffrance, Brandon semble animé par des forces plus sombres. Handicapé du sentiment, incapable d’aimer ou de
s’attacher à qui que ce soit, Brandon passe son mal de vivre et sa souffrance dans la consommation compulsive de sexe. Un plaisir immédiat aussi basique que sordide, sans tendresse ni
partage. Le sujet était sulfureux et appelait certainement à une approche quelque peu psychologique du personnage. Malheureusement, il n’en est rien, McQueen se bornant à nous faire un film
d’ambiance, triste comme la pluie et lent comme la mort, dans lequel la chair nue apparaît dans tout ce qu’elle a de plus sordide. A l’image de son personnage principal dont il dresse un
portrait détestable et auquel on ne parvient de fait jamais à s’attacher, pas plus qu’à sa sœur. S’appuyant sur son sens du cadre (voir la scène d’ouverture) et de
l’esthétisme (la scène de la chanson dans le bar), McQueen essaye en vain de combler par la forme l’absence totale de fond de son film, qui s’achève dans une mais
inutile scène à la symbolique lourdingue où se côtoient une orgie de sexe et un bain de sang. 100 minutes plus tard, on se dit que McQueen a beau avoir de réels talents de plasticiens, il
lui manque quand même une chose primordiale qui s’appelle l’inspiration. Car peu importe qu’il filme son héros en train d’étaler sa merde sur les murs ou de répandre son foutre, ses films ne
suscitent rien d’autre – pas même le malaise – qu’un ennui et un agacement profonds.
Critique réalisée dans le cadre du festival d'automne.
Derniers Commentaires