Partager l'article ! La vie privée de Sherlock Holmes: « Les criminels sont souvent comme des rhumes de cerveau : inopinés, on ignore quand on les attrap ...
« Les criminels sont souvent comme des rhumes de cerveau : inopinés, on ignore quand on les attrape ! »
Maitre du film noir dans les années 40, Billy Wilder s'impose dans les années 50 comme le prince de la comédie burlesque américaine. Il enchaine ainsi les succès à un rythme
effréné (près d'un film par an), tels « Sabrina », « Ariane », « Sept ans de réflexion », « Certains l'aiment chaud » ou encore « La
garçonnière ». Pourtant, avec l'arrivée des années 60, sa carrière commence à s'essouffler, annonçant son déclin. L'envie et le génie sont
pourtant toujours là. Mais le public, lui, ne le suivra pas alors que ses comédies se font plus graves et plus mélancoliques. Après l'échec commercial de
« La grande combine » (1966), il met quatre ans à écrire et réaliser « La vie privée de Sherlock Holmes ». Passionné par le héros crée par
Sir Arthur Conan Doyle, Wilder rêve depuis toujours de lui consacrer un film. Et en la matière il voit les choses en grand, prévoyant de réaliser une grande fresque, entrecoupée d'un
entracte (comme c'était souvent le cas une dizaine d'années plus tôt, notamment pour les grands péplums tels que « Spartacus » ou
« Ben Hur » ou pour les grandes fresques de David Lean). Son scénario initial prévoyait ainsi de
nombreuses intrigues annexes, sous forme de flash-back, permettant de cerner la personnalité complexe du célèbre détective. Mais le premier montage du film,
dépassant les 3h30 de durée, n'obtient pas l'aval des producteurs qui le contraignent à sacrifier ces fameuses séquences (qui sont aujourd'hui pour la plupart perdues). Sorti sur les
écrans en 1970 dans un format ramené à une durée de deux heures, le film sera un échec commercial, en dépit d'une critique enthousiaste.
Plus encore que ses enquêtes, ce qui fascine le plus Wilder chez Sherlock Holmes, c'est sa personnalité. Complexe et torturé, le détective n'est pas un redresseur de tort ni
un justicier mais un esprit brillant qui prend un plaisir proportionnel à la complexité du problème à résoudre. Construit en deux parties clairement distinctes,
le film se fait d'abord déroutant dans son entame. Wilder prend ainsi le temps de planter son décor (très belle reconstitution de la Londres victorienne) et de mettre en place ses
personnages (Robert Stephens et Colin Blakely remplacent Peter O'Toole et
Peter Sellers, un temps envisagés), quitte à s'appesantir un peu sur la drôle de relation entre Watson et Holmes et sur les zones d'ombre de ce dernier (sa
misogynie, son addiction à la cocaïne). Longue à se mettre en place, déconcertante, cette première partie réserve néanmoins quelques moments de grande
drôlerie (la danse de Watson) et quelques bons mots (l'échange entre Watson et Holmes au sujet de l'ambigüité sexuelle de ce dernier). Et puis le film
s'accélère avec l'arrivée impromptue d'une femme amnésique (formidable Geneviève Page) au domicile de Holmes, faisant basculer le film dans l'enquête à proprement parlée. Celle-ci, conduisant le trio de Londres à Inverness, réserve son lot de rebondissements aussi truculents
qu'improbables, mêlant pêle-mêle le monstre du Loch Ness, des moines trappistes ou encore la Reine Victoria. Mais l'essentiel du film est ailleurs. Quelque part
dans le portrait doux-amer que dresse Wilder du célèbre détective. Loin de la surenchère héroïque des récits de Watson, Wilder fait tomber le masque de Holmes et nous révèle un homme faillible,
vulnérable et profondément mélancolique. A ce titre, les deux dernières scènes du film, toutes en non-dits, sont deux petits bijoux d'émotion feutrée qui en disent long sur le personnage
de Holmes. Quant à Wilder, non content de réaliser la meilleure adaptation de Sherlock Holmes, il signe un beau film, dont l'élégance n'a d'égale que la
finesse.
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