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« Il faudra quitter un jour l’Indochine pour toujours. On achètera une jonque et on
rentrera à la voile. Quatre mois de mer. Après ça ira mieux… »
Passionné par les récits d'aventures de Joseph Kessel, le jeune Pierre Schoendoerffer rêvait d'océans et d'aventures lointaines. Ce n'est finalement pas un hasard s'il
intégra le service cinématographique des armées. Envoyé en Indochine dès 1952, il filmera la bataille de Dien Bien Phu et sa chute avant d'être fait prisonnier. De cet épisode, il
gardera toujours le goût pour les épopées militaires et l'honneur des soldats. Il y consacrera son œuvre, d'abord documentaire (Oscar du meilleur documentaire pour « La section
Anderson ») puis cinématographique (« La 317e section » entre autres). Également romancier, il signe en 1976 « Le Crabe-Tambour », roman
consacré à un capitaine charismatique inspiré de Pierre Guillaume, célèbre militaire de carrière et figure controversée des guerres coloniales, qui lui vaut le Grand Prix
du roman de l’Académie Française. Il en signe l’adaptation cinématographique l’année suivante (ce qu’il avait déjà fait pour son roman « La 317e section »).
Tourné en sept semaines sur un véritable navire de guerre (l’escorteur d’escadre Jauréguiberry), le film sera récompensé par trois Césars : meilleur acteur pour Jean
Rochefort, meilleur second rôle pour Jacques Dufilho et meilleur photographie.
Certains, comme Ulysse, prennent la mer pour rentrer chez eux après une longue absence. D’autres, comme Achab, la prennent pour poursuivre une quête obsessionnelle.
Personnage solitaire, taciturne et mutique, le commandant du Jauréguiberry est un peu les deux à la fois. Rongé par un cancer qu’il cache à tous, il entame son dernier commandement avec
l’unique but de retrouver un ancien officier devenu capitaine de chalutier qu’il a naguère connu pour lui faire ses adieux. A la fois initiatique et crépusculaire, ce dernier voyage,
construit autour de nombreux flash-back, est aussi l’occasion pour les trois hommes qui ont connu le « Crabe-Tambour » de s’interroger sur leur vie et sur leurs choix.
Introspectif s’il en est, le film de Schoendoerffer s’articule autour des valeurs qui lui sont chères, telles que la droiture, l’honneur ou le sens du devoir, qui viennent nourrir une
forme de romantisme militaire. Portrait de la fin d’une époque, celle d’une France enorgueillie par un Empire synonyme d’aventures et de prestige, le « Crabe-Tambour »
noie dans les glaces de l’Atlantique nord les dernières vapeurs de nostalgie impériale et de rancœur liées aux guerres coloniales. Si on reste un peu de marbre devant le côté
réac' de certains sujets (l’importance de la morale catholique, rappelée à de nombreuses reprises par les anecdotes du chef mécanicien, ou encore certaines considérations
politico-militaire, comme le soutien tacite de l’auteur au putch des généraux), on est sensible en revanche à la solitude de ce commandant (très belle interprétation de Jean Rochefort)
face au bilan de sa vie et à la mort inéluctable qui l’attend au bout du voyage.
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