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« Faire fausse route ? C’est un comble pour un ministre des transports !
»
Pendant longtemps, les films consacrés à la politique furent l’apanage du seul
cinéma américain. Dès les années 30, Capra (« Mr. Smith au Sénat »), Ford (« La dernière fanfare ») et d’autres (« Votez McKay
! »), ont ainsi pris un malin plaisir à nous décrire les coulisses de la vie politique américaine. A partir des années 70, ce devint même plus virulent, s’attaquant ouvertement et
frontalement aux dérives du système politique local et aux hommes en place. A l’image des films de Pakula (« Les hommes du président ») ou de
Stone (« JFK », « Nixon »). A l’inverse, en France, le sujet sembla tabou durant de nombreuses décennies. Certes, il y avait bien une poignée
de réalisateurs comme Costa Gavras pour dénoncer les régimes fascisants étrangers. Mais jamais rien sur la France. Il aura finalement fallu attendre les années 2000 pour
voir les cinéastes s’intéresser à ce sujet. Les films se sont ainsi multipliés, alternant le bon (« Le candidat ») et le moins bon (« Président »), allant même jusqu’à
traiter de présidents anciens (« Le promeneur du Champs de Mars ») ou de l’actuel occupant de l’Elysée (« La conquête »). Auteur de débuts remarqués il y a trois ans
avec « Versailles », dans lequel il évoquait la vie des marginaux vivant à l’ombre du pouvoir et de l’opulence, Pierre Schoeller nous revient avec « L’exercice de l’Etat », film
consacré au quotidien d’un ministre en fonction. Récompensé du Prix de la critique internationale à Cannes, « L’exercice de l’Etat » est le deuxième volet d’une trilogie consacrée au(x)
pouvoir(s) et dont le troisième volet devrait être consacré à la Révolution Française.
Pour beaucoup le pouvoir et l’autorité sont incarnés (à tort ?) par le Président
de la République. Au sommet du système politique national, celui-ci ferait presque oublier les membres de son gouvernement. Le choix du réalisateur de suivre le quotidien d’un
ministre « ordinaire » (c'est-à-dire pas le plus médiatisé ni le plus en vue), en l’occurrence celui des transports, n’en rendait son film que plus surprenant et
intrigant. Sans occulter l’aspect bureaucratique de la chose politique, le réalisateur s’efforce de montrer un homme toujours en action et dans l’action. Qu’il débarque
en pleine nuit sur les lieux d’une catastrophe routière ou qu’il brave les syndicats afin de vendre l’action gouvernementale, le ministre est un homme définitivement pressé, pressurisé et
constamment sur la route. Mais là où le film de Schoeller se fait passionnant, c’est quand il nous montre les coulisses du pouvoir : la rivalité entres les ministres/courtisans, les
coups bas, les stratégies électorales, les compromissions morales (lorsque le ministre accepte de défendre une réforme à laquelle il est intérieurement opposé)... Bien qu’étant en
permanence entouré de gens, de conseillers aux dents longues ou de journalistes, le ministre est avant tout un homme seul. Le film de Schoeller sonne ainsi étonnement juste et vrai, malgré
quelques longueurs inutiles mais sans conséquences (la longue scène de la beuverie). Sa réflexion sur la politique et les hommes qui la pratiquent, tiraillés entre convictions
personnelles et carrières personnelles, est tout autant pertinente. Au final, le portrait dressé de nos chers politiciens est tantôt fascinant tantôt effrayant (lorsque le ministre
évacue toute émotion aux funérailles de son chauffeur, l’abordant comme un évènement politique et médiatique), au point de se dire que ces hommes-là ne sont pas comme nous. Ils demeurent
des animaux politiques, évoluant dans un monde brutal où intérêts général et personnel se confondent et où tous les coups sont permis. Passionnant et terrifiant.
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