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« Ne vous inquiétez pas : en vous confiant cette charge, Dieu vous offre son soutien pour mener votre mission à bien »
Depuis une trentaine d’années, Nanni Moretti
développe un cinéma à part dans le paysage cinématographique italien, faisant entendre sa petite musique singulière. Si ses films traitent le plus
souvent de questionnements intimes, Nanni Moretti s’est également signalé par son talent d’observateur de la société italienne, dont il prend un grand plaisir à dénoncer les travers et
les dérives, s’amusant au passage à jouer les poils à gratter. Habitué des festivals, il a notamment remporté la Palme d’or à Cannes en 2001 pour « La chambre du fils
». Cinq ans après "Le Caïman", pamphlet anti-Berlusconi, le cinéaste revient avec "Habemus Papam", présenté en compétition officielle à Cannes.
Après avoir chargé dans les règles de l’art
« Il Cavaliere » Berlusconi dans « Le Caïman », Nanni Moretti consacre donc son nouveau film, « Habemus Papam », à l’Eglise catholique et à son
chef. Un sujet qui ne lui est pas étranger (il s’était déjà mis en scène voilà vingt-cinq ans en prêtre désabusé dans « La messe est
finie ») et qui promettait de faire des étincelles, au point que le Vatican lui refusait d’entrée de jeu de tourner son film à l’intérieur de ses murs.
Pourtant, à première vue, on s’étonne de voir un Nanni Moretti aussi peu corrosif. Au point de se demander quelle polémique pourrait bien émerger de ce film. Partant d’un
postulat inédit et malin (le nouveau Pape fraîchement élu panique à l’idée d’endosser les nouvelles responsabilités qui lui incombent), « Habemus Papam » se révèle être
une gentille farce plus facétieuse que méchante. Pointant les paradoxes de l’Eglise (sacralisation de l’âme mais refus de la psychanalyse) et ses travers un peu archaïques (rejet de la
sexualité, du rapport à la mère, de la transparence), le cinéaste s’amuse de ses protocoles (qu’il compare à une pièce de théâtre avec ses comédiens, ses rituels, ses costumes) et dresse
surtout, au travers du personnage central, le portrait (forcément) utopique d’un Pape idéal, pétri d’humanité, habité par le doute et dont la place serait au milieu des gens, de la vie,
et non cloître dans la prison dorée qu’est le Vatican. Si on s’amuse de la fantaisie de Moretti, qui présente un conclave bienveillant d’où ne dépasse aucune rivalité entre les
participants, qui vont même jusqu’à prier pour ne pas être désignés (!), on regrette qu’il étire inutilement certaines de ses embardées burlesques (le tournoi de volley entre
cardinaux) qui alourdissent un peu le film, déjà par nature introspectif et lent. Celui-ci s’illumine toutefois grâce à Michel Piccoli en grande forme. Ni le plus grand ni le meilleur
film de Nanni Moretti, mais un cru plaisant tout de même.
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