Partager l'article ! Contagion: « Il y a des maladies, certains y survivent, d’autres en meurent… On ne sait pas toujours » Une pandém ...
« Il y a des maladies, certains y survivent, d’autres en meurent… On ne sait pas
toujours »
La fiction se nourrit bien souvent de la réalité. La multiplication ces dernières
années des psychoses pandémiques (SRAS, H5N1, H1N1) ont ainsi donné des idées aux cinéastes, toujours prompts à nous imaginer des scénarios catastrophes de fin du monde et
d’apocalypse bactériologique. Qu’ils soient spectaculaires (« Je suis une légende »), réalistes (« 28 jours plus tard »), philosophiques (« La route ») ou
simplement fun (« Bienvenue à Zombieland »), les films de genre se sont ainsi multipliés sur nos écrans ces dernières années. Au tour donc du prolifique Steven Soderbergh de s’y
coller, après avoir eu l’idée de ce film durant un voyage en avion. Enchaînant tour à tour les petits projets expérimentaux (« Girlfriend experience », « Bubble », «
Full frontal », « The informant ! ») et les blockbusters (la saga des « Ocean’s », « Solaris »), ce « Contagion », doté d’un confortable
budget (60 millions de dollars) et d’un gros casting, lui permet de faire son retour dans le monde de l’entertainment.
Ce qui frappe en premier dans « Contagion », c’est sa froideur quasi
chirurgicale et son économie d’effets qui le distingue des autres films du genre, souvent plus volontiers tape-à-l’œil et mélodramatiques. Nous rappelant ainsi son goût prononcé pour une
certaine forme de minimalisme, voire même d’épure (on se souvient notamment de « Sexe, mensonges et vidéo »), Soderbergh choisit d’aborder son film sous un angle proche du
documentaire, afin de lui donner un aspect parfaitement réaliste. En cela, il faut reconnaître que toute la première partie du film, de la découverte du premier cas jusqu’à la
propagation mondiale du virus, fonctionne plutôt bien. De même, si on regrette un certain manichéisme qui n’apporte pas grand chose (la femme adultère meurt, pas son cocu de mari), sa
vision « pessimiste » du monde se révèle assez fine et pertinente, surtout lorsqu’il prend à revers l’idée préconçue d’un monde maîtrisé par la technologie et la science pour imposer
celle où une simple morsure de chauve-souris peut rendre celui-ci totalement incontrôlable. A ce titre, sa description des corollaires à la pandémie elle-même (rumeur, paranoïa, panique,
violences en tous genres) ainsi que ses enjeux (économiques principalement, le virus représentant un véritable marché pour les laboratoires pharmaceutiques) est juste et fait froid dans le dos.
En dépit de ses qualités, « Contagion » ne parvient cependant pas à nous convaincre pleinement. Le film pèche en grande partie par sa construction narrative : totalement
éclatée façon puzzle, celle-ci se noie en multipliant les personnages, plus ou moins importants, censés apporter chacun un angle d’appréciation différent du problème de par sa condition
(chercheur, journaliste, politique ou citoyen ordinaire) et sa localisation géographique. De plus, le choix d’une approche documentaire du récit rend l’ensemble totalement froid et enlève
aux spectateurs toute faculté à s’attacher aux personnages ou à s’émouvoir de leur sort. Au final, si on attendait de ce film qu’il nous contamine par sa fièvre, il aura surtout susciter l’ennui.
Sans être totalement raté, on attendait quand même mieux du nouveau Soderbergh.
Article rédigé dans le cadre du festival d'automne.
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