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« Je pense que les hommes sont plus romantiques que les femmes : elles passent leur vie à rêver au prince charmant et finissent par épouser le premier qui
a un bon job et qui restera »
Le cinéma américain se laisserait-il « Sundanciser » ? Chaque année, c'est la même rengaine : le festival de Sundance promeut un ou deux films qui font le tour des
grands festivals internationaux avant de finir auréolés d'une ou deux nominations aux Oscars. Certains le méritent incontestablement (« Little miss
sunshine », « Half Nelson », « Winter's bone ») mais la plupart de ces films
paraissent tout de même très surestimés (« Juno », « (500) jours ensemble »,
« Precious »). Outre « Winter's bone », l'autre film révélé
cette année à Sundance était donc « Blue Valentine », le deuxième long du documentariste Derek Cianfrance. S'inspirant du divorce de ses
propres parents, le réalisateur a gardé cette histoire en gestation pendant une dizaine d'années, rédigeant pas moins de 57 versions du scénario.
« Blue Valentine », dont le titre renvoie à une chanson de Tom Waits, a concouru au Festival de Cannes dans la catégorie « Un certain regard ». Il a également obtenu des nominations aux Golden Globes
(meilleur acteur et meilleure actrice) et aux Oscars (meilleure actrice pour Michelle Williams).
« Blue Valentine », c'est avant tout le portrait d'un couple au bord de la
rupture. L'autopsie d'une histoire d'amour qui fut autrefois passionnée et qui a laissé la place à un champ de ruines. Sur la base d'un récit éclaté, alternant temps présent et passé par le biais
de nombreux flashbacks, Derek Cianfrance tente de sonder l'intimité de ce couple afin de comprendre comment il en est arrivé au point de rupture. Autant le dire, il s'agit là d'une vraie fausse bonne idée tant le sujet et le procédé ont été en vogue ces dernières années. Difficile en effet pour
ce film de tenir la comparaison avec des films aussi brillants que le très touchant « Before sunset », le magnifique « Conversation(s) avec une femme », « Les noces rebelles » ou encore « 5x2 » de Ozon. Si « Blue Valentine » réserve quelques moments de grâce (notamment la scène de la
rencontre dans la maison de retraite ou celle de la deuxième rencontre, dans le bus, qui doivent tout à la sincérité et à l'émotion de Ryan Gosling), on
peine toutefois à y adhérer pleinement en raison du personnage de Cindy (on a toujours autant de mal avec le jeu de Michelle Williams), mal dégrossi et mal
écrit, qui rend l'ensemble bancal. En outre, on peine à comprendre réellement son mal être et ses intentions (pourquoi annoncer à Dean qu'elle a croisé son
ex dans le supermarché ? Pourquoi ne pas lui dire que son travail nécessite de déménager ?). Sur la forme, le film est pénalisé par un montage un peu
trop facile, jouant un peu trop sur les oppositions (enchainement d'une scène où le sexe est triste avec une scène de sexe joyeux, le mariage avec la scène de la séparation, etc
).
L'ensemble, beaucoup trop long et trop lent, souffre également des tics inhérents au ciné indé américain : photographie particulièrement terne et
desaturée, accumulation de détails faisant le portrait d'une Amérique profonde particulièrement glauque, ambiance dépressive. Reste l'interprétation de Ryan
Gosling, toujours extraordinairement à fleur de peau, et la belle bande musicale. Trop peu pour sauver ce film de l'ennui profond qu'il suscite.