Mercredi 12 septembre 2007 3 12 /09 /Sep /2007 19:07

« Vivaldi nous fait perdre la raison…Mon Dieu ! pardonnez-moi »

 

La vie torturée d’Antonio Vivaldi, musicien vénitien exceptionnel, dont le génie musical aura été contrarié par son statut de prêtre et par la volonté de la toute puissante Eglise de ne pas le laisser sortir de sa condition, et de ne pas laisser libre cours à une forme d’expression progressiste. De ses troubles personnels et de son génie créatif, en passant par le jeu de ses relations avec les personnages importants de l’époque (Pape, Cardinaux, Chefs d’Etat, Nobles et Bourgeois, Artistes…), la vie de Vivaldi est ici exposée dans toute sa complexité, et sert également de support à un portrait social de l’Italie du 17ème siècle.

 

.

« Je n’assisterais pas à cette mascarade avec vos musiciens visant à voler l’âme de mes prochains »

 

.

Stefano Dionisi (à gauche). Sipa PresseGenre américain par excellence, le biopic reste un exercice toujours passionnant mais réellement difficile. Entre travail minutieux de documentation et soucis de mêler à la fois réalisme et écriture romanesque pour rendre le récit alerte, l’exercice est toujours périlleux. Pourtant, sur des sujets assez éloignés, certaines tentatives ont donné lieu à des grands films, comme le récent « Walk the line » (Mangold – 2006). Sur le thème des compositeurs classiques, on se souvient ainsi de l’excellent « Amadeus » de Forman (1984), en attendant le « Copying Beethoven » de Holland (sortie prévue fin 2007). Mais entre temps, on notera la sortie de ce « Antonio Vivaldi, un prince à Venise », deuxième long de Jean-Marc Guillermou, réalisateur en 2003 de « Il était une fois Jean-Sébastien Bach », qui récidive ici dans le biopic de compositeur. Sorti dans le plus grand anonymat estival, le film aura surpris tout son monde en étant passé entre les mailles de la presse spécialisée qui n’en a pas parlé, et surtout en étant distribué sur un nombre de copies réellement faible et principalement dans des salles « Arts et Essais ». Mais plus que tout, ce film était l’occasion de retrouver Michel Serrault dont il s’agit de l’avant-dernier film.

 

« L’Eglise ne voit en moi qu’un parasite et un perturbateur des âmes »

 

Michel Serrault. Sipa PresseOn est tout de suite surpris par le format franco-italien, qui voit les protagonistes se répondre dans leur langue maternelle respective selon leur nationalité, le tout bien évidemment doublé par soucis d’uniformité. Et si ceci n’est qu’un détail, c’est très symptomatique de l’aspect amateur que prend ce film. On ne doute à aucun moment d’une volonté du réalisateur de traiter de la vie de Vivaldi de manière quelque peu décalée. Mais là, c’est le grand n’importe quoi. Au milieu de décors criards et de costumes d’époque, se succèdent une flopée de scènes et de rencontres elliptiques, qui ne sont pas liées et qui n’apportent souvent pas grand chose au récit (on pense à la jeune danseuse que Vivaldi finit par aider à sortir de Venise au début du film), voire qui frisent souvent le grand n’importe quoi (Goldoni qui vient arranger le texte d’un opéra en moins de trente seconde pendant que Vivaldi fait répéter sa soliste). Evidemment le tout agrémenté de quelques extraits d’opéras du Maître. Bien évidemment le résultat tient de la vaste fumisterie, et n’est pas à la hauteur de la qualité d’un mauvais téléfilm, à peine égale-t-il une sitcom AB Productions. Car à cette mise en scène laborieuse et lamentable vient s’ajouter une direction d’acteurs inexistante.

 

« Avec un carnaval qui dure six mois par an, nos concitoyens passent six mois de l’année à pécher et six mois de l’année à prier »

 

Annette Schreiber et Stefano Dionisi. Sipa PresseLe casting révèle ainsi de grandes surprises : on retrouve ainsi un Vivaldi campé par un mauvais Stefano Dionisi, qui a sa décharge est maquillé de manière grotesque au fil de son vieillissement. A ses côtés, on est déçu par Michel Serrault, qui bien qu’étant de loin le meilleur comédien du film, cabotine à mort et en fait des tonnes. On rigolera de manière gênée devant la prestation improbable de Galabru en Pape à l’œil quelque peu lubrique. Quand à Annette Schreiber, les physionomistes se rappelleront l’avoir aperçu dans des chefs d’œuvre comme « Les vacances de l’amour », et seront stupéfaits de voir que son accent germanique a été gommé au profit d’un doublage plus lisse. Du grand art à l’envers en quelque sorte. A ce petit jeu, la bonne surprise vient de Christian Vadim. Dommage qu’il ne reste pas plus de 5 minutes à l’écran.

 

« Anna, je souffre de vous avoir volé votre jeunesse et de vous avoir entraînée dans cette folie »

 

Si la vie du génial et finalement méconnu Vivaldi (dont ce film était le premier biopic qui lui était consacré) avait l’apparence du sujet idéal pour un biopic de qualité au cinéma, il va sans dire que ce « Antonio Vivaldi, un prince à Venise » est certainement le nanard de l’année. Avec un scénario écrit par un manchot, une réalisation frôlant l’amateurisme total et des acteurs perdus en cours de route, le film, tel la cité des Doges, prend l’eau de toute part, et coule irrémédiablement dans les profondeurs du ridicule. Ce génie de la musique qu’était Vivaldi méritait quand même un biopic à hauteur de son talent. Quelle honte !

  Diane Fertikh et Stefano Dionisi. Sipa PresseSipa Presse



Par platinoch - Publié dans : Biopics
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Platinoch sur les réseaux sociaux

Compteur

Derniers Commentaires

Recherche

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés