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« Pour une fois qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire à Lorient…
»
Ces dernières années, le cinéma français s’est beaucoup penché sur l’adolescence,
et plus encore sur les adolescentes et leur éveil à la sensualité. De « Et toi t’es sur qui ? » à « Naissance des pieuvres » en passant par « Un amour de
jeunesse ». Venues du documentaire, les sœurs Muriel et Delphine Coulin adaptent pour leur premier long un fait divers américain survenu en 2008 lorsque 17 filles d’un même
lycée de Gloucester tombèrent enceinte en même temps. Autant le dire, « 17 filles » achève l’observation naturaliste des adolescentes entamée par les films précités pour imposer un
regard sans complaisance et résolument moins enthousiaste à leur égard. Car « 17 filles », c’est un peu « Naissance des pieuvres » qui se réveillerait avec une sacrée
gueule de bois.
Prenant pour cadre une ville sinistrée, sans avenir, dont la jeunesse peine à se
défaire et à en partir, les réalisatrices suivent une poignée de lycéennes, qui a défaut de pouvoir mettre les voiles se met à vivre d’utopies. Entrainées par l’une de leur camarade
tombée accidentellement enceinte, 16 filles vont « programmer » simultanément leur grossesse, s’imaginant (re)créer un monde idéal, une communauté où l’ennui et la solitude n’auraient pas
leur place. Un rêve absurde et fou, imaginé par des adolescentes en total décalage avec le monde et ses (dures) réalités (aucune ne travaille, elles n’ont pas d’argent, fuient les
responsabilités, continuent de fumer, boire, sortir malgré leur état), qui ne se rendent pas comptent qu’elles glissent sur la mauvaise pente. Filmé avec beaucoup d’empathie, « 17
filles » ne porte jamais de jugement sur ses personnages. Et c’est justement cette absence de parti pris, cette absence de regard critique, qui dérange et rend le film assez
agaçant. A l’image de cette bande d’adolescentes aux corps de femmes mais à la mentalité de gamines, insupportables tant dans leur naïveté que dans l’expression de leur rébellion. Qu’on
se le dise, dans l’ensemble, il y a quand même des coups de pied au cul qui se perdent ! Mais plus encore, c'est l'absence totale d'amour, dans la conception de ces enfants, qui rend ce
récit particulièrement glauque et troublant. Pour le reste, si la réalisation se fait assez inégale (too much cette scène finale toute droit sortie de « Mémoires de nos pères »
d’Eastwood dans laquelle les jeunes filles noient leur innocence dans la mer), elle réserve toutefois quelques jolis moments de sincérité (la discussion de l’héroïne avec son
frère qui revient de la guerre). Et même s’il est souvent glaçant et agaçant, « 17 filles » ne laisse jamais indifférent.
Critique publiée dans le cadre du Festival d'automne
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