« Ça
ne marchera jamais cette histoire, tu finiras forcément par tomber amoureuse de
moi ! »
Adam et Emma se sont rencontrés brièvement à plusieurs moments de leur vie. Un soir ivre, Adam va chez Emma. Au petit matin, il se réveille nu sur le canapé de celle-ci et fait la rencontre des colocataires d'Emma. Après des explications, ils finissent par avoir des relations sexuelles ensemble. Ils décident par la suite de ne pas sengager sentimentalement et de mettre en place des règles de conduites à respecter entre eux. Cependant, Adam finit par se rendre compte qu'il est amoureux d'elle et décide de lui en parler. Seulement Emma, qui s'est aussi aperçu de ses sentiments pour lui, refuse de l'admettre et souhaite que la situation reste ainsi
« Des sex friends qui couchent ensemble sans sentiments ? Ça nexiste pas ! »
Réalisateur
culte de « Un jour sans fin », « S.O.S Fantômes 1 & 2 » ou encore de «
Jumeaux », Ivan Reitman fut le roi incontesté de la comédie US des années 80.
Dénicheur de talents hors pair, il révèlera ainsi une nouvelle génération de
comédiens (Bill Murray, Dan Ackroyd ou encore Rock Morranis et John Candy) sur
laquelle il s'appuiera dans ses films. Moins inspiré mais toujours présent dans
les années 90 (« Junior », « Six jours sept nuits », « Evolution »), le
cinéaste se fait beaucoup plus rare au cours de la décennie suivante, ne
signant qu'un seul film en dix ans (le raté « Ma super ex » avec Uma Thurman).
Cinq ans après son dernier film, Reitman signe son retour aux affaire avec « Sex
friends », une comédie romantique dans l'air du temps portée par deux acteurs
parmi les plus bankables du moment: Natalie Portman et Ashton Kutcher. De quoi
lui permettre un retour au premier plan avant la sortie annoncée de son « Ghostbuster
3 » prévu pour 2012.
« On ne choisit pas de tomber amoureux »
Genre
extrêmement codifié, la comédie romantique obéit le plus souvent à un canevas
scénaristique pré-établi, s'intéressant en premier lieu aux relations entre les
deux personnages principaux (qu'ils soient antagonistes ou qu'ils vivent une
relation platonique) et au cheminement qui finira par les réunir. Un schéma
éprouvé, usé jusqu'à la corde, dont les réalisateurs peinent à s'affranchir.
Quitte à (re)produire sempiternellement des films sans aucune originalité ni
personnalité. En inversant l'ordre établi (les héros couchent ensemble avant de
tomber amoureux), Ivan Reitman cherchait à lui apporter un peu de fraicheur et
de modernité. Armé d'un titre et d'un pitch accrocheurs ainsi que d'un casting
séduisant, on attendait donc de « Sex friends » qu'il soit à la fois drôle,
sexy et décomplexé. Pourtant, de toute évidence, il ne révolutionne pas le
genre: Ashton Kutcher joue les hommes objets depuis « Toy boy » et de
mémoire, il couchait déjà avec Amanda Peet dans « Sept ans de
séduction » avant d'en tomber amoureux. Pas plus qu'il ne défrayera la
morale: certes, la sexualité y est abordée de façon décomplexée et parfois
crue, mais Reitman ne laisse aucun doute d'emblée sur la nature des sentiments
qui unissent ses deux héros. Pourtant, l'alchimie opère. En dépit de gags un
peu convenus, le film s'avère plutôt amusant et rythmé, grâce à quelques
répliques savoureuses et à des seconds rôles énergiques qui assurent le show
(mention particulière à Lake Bell). Assurant haut la main la partie charme du
film, Natalie Portman et Ashton Kutcher forment un couple de cinéma craquant.
Du coup, même si le film n'est pas inoubliable, il remplit sans problème ses
objectifs, à savoir de nous divertir et de nous faire passer un bon moment.

« Tu veux pas te taire, sil te plait ? Tu me fais mal à la tête »
Genre de tradition purement anglo-américaine, la comédie musicale fut en vogue à Hollywood dès les années 40. Les studios ont ainsi pu sappuyer sur une langue particulièrement chantante et adaptée à ce genre, ainsi que sur le savoir faire des metteurs en scène et des chorégraphes de Broadway, de même que sur des acteurs qui, à la différence des nôtres, avaient déjà des formations particulièrement complètes, étant capables de jouer, chanter et danser, le tout avec la plus grande aisance. En France, Jacques Demy tentera bien, bon an mal an, de développer le genre. Mais malgré son enthousiasme et la présence dune pointure comme Gene Kelly à ses côtés, ses films demeureront malgré tout des sommets de kitsch, à limage des « Demoiselles de Rochefort » ou des « Parapluies de Cherbourg ». Et si rares sont les réalisateurs hexagonaux à sy être essayés depuis, la plupart des tentatives de films musicaux français ont donné lieu le plus souvent à des films ratés, frisant même parfois le grotesque (ahhh « Jeanne et le garçon formidable » !). Quatre ans après un premier film passé inaperçu (« Regarde-moi »), Audrey Estrougo se lance donc un sacré défi pour son deuxième film en acceptant de se frotter à un genre aussi casse-gueule, qui, traditionnellement, donc, réussit assez peu aux cinéastes français.
Pourtant, dans lidée, il y avait quelque chose dintéressant dans le fait de traiter en musique des maux de notre société et den dénoncer les dérives.

« Tu sais pourquoi les Français adorent les blagues belges ? Parce quils rient trois fois : une fois quand on la leur raconte, une fois quand on leur explique et une fois quand ils la comprennent ! »
Il y a trois ans, à la surprise générale, Dany Boon et ses « Chtis » cassaient la baraque (à frites), pulvérisant tous les records au box office national. Ironie du sort, seul le « Titanic » de James Cameron ne sera pas coulé par « Bienvenue chez les Chtis ». Fort de plus de 20 millions de spectateurs en salles, avec des projets de remake en Italie ou aux Etats-Unis, Dany Boon devenait ainsi lacteur le mieux payé dEurope. Et accessoirement, lhomme à abattre. Car forcément, les attentes étaient grandes pour son grand retour derrière la caméra post-Chtis. Allait-il réussir à faire aussi drôle et aussi bien ? La vraie question qui demeurait surtout était de savoir si le nouveau film de Boon serait totalement nouveau et original ou si au contraire il allait jouer la continuité en continuant à exploiter le filon qui la mené au succès.
La première option était forcément la plus risquée, même si elle lui aurait permis de montrer une autre facette de son talent. Malheureusement, Dany Boon a semble-t-il préféré jouer la sécurité en choisissant de pousser la deuxième option à lextrême. Construit une nouvelle fois sur le modèle des comédies de Gérard Oury autour dune opposition entre un personnage excité et un gentil pierrot lunaire, il sattache ainsi à reprendre point par point les éléments du scénario à succès des Chtis quil transfère à quelques kilomètres seulement de Bergues, à la frontière franco-belge. La confrontation Nord/Sud laisse ainsi place à la rivalité franco-belge, les douaniers remplacent les postiers, et lhistoire damour nest plus contrariée par une mère envahissante mais par un beau-frère francophobe particulièrement retord. Ajoutons à cela que la baraque à frites laisse place à un bistrot pour routiers et on obtient à peu de choses près le même film. Certes, quelques répliques, quelques bons mots, quelques excès de Poelvoorde nous arrachent tout de même quelques sourires. Mais la déception domine quand même face à cette comédie à papa qui se contente daligner les poncifs et de brosser les spectateurs « vieille France » dans le sens du poil (refus de lordinateur, retour à la 4L). On était quand même en droit despérer mieux de cette affiche au casting riche regroupant quelques poids lourds de la comédie (Benoit Poelvoorde, François Damiens). Dune manière générale, cest aussi la démarche un peu fumiste de Dany Boon, qui se contente ici de faire un copier/coller de son précédent film, qui est très déplaisante. Difficile dans ces conditions de trouver des qualités à défendre à ce « Rien à déclarer », film commercial sil en est.

« Ce ne sont pas nos fusils, nos chiens ou nos barbelés qui vous retiennent. Cest la Sibérie toute entière qui est votre prison »
Cinéaste prolifique, Peter Weir connût dabord le succès dans son Australie natale durant les années 70, signant notamment des succès comme « Pique-nique à Hanging Rock » ou « La dernière vague », qui allaient lui ouvrir progressivement les portes dHollywood. Il traversera ainsi les années 80 avec faste et succès, signant entre autres le magnifique « Gallipoli », « Lannée de tous les dangers », « Mosquito Coast », « Le cercle des poètes disparus » ou encore « Green card », collectionnant au passage les nominations aux Oscars. Se faisant beaucoup plus rare à partir de la décennie suivante, signant seulement trois films en vingt ans, Peter Weir renoue toutefois avec le succès en 1998 avec « The Truman show ». Huit ans après le médiocre et historiquement très douteux « Master and commander », il nous revient avec « Les chemins de la liberté », adapté du roman plus ou moins fictionnel et très controversé de Slavomir Rawics, « A marche forcée », paru en 1956. Si les droits du film avaient été achetés dès les années 60 par le comédien Lawrence Harvey, jamais de film navait à ce jour été réalisé, en dépit de nombreux projets (dont un porté par Burt Lancaster). Un demi-siècle plus tard, cest donc Peter Weir qui mène à bien ce projet. Reconstituant les paysages de Sibérie, du désert de Gobi et de lHimalaya entre la Bulgarie et le Maroc. Cest ce quon appelle la magie du cinéma !
Véridique aux dires de Rawicz, aucun élément na jamais permis de prouver si lhistoire de cette folle évasion était authentique ou non. Mais au fond peu importe. Le récit de ces prisonniers du goulag, poussés par le désespoir et linstinct de survie, se lançant dans une évasion hasardeuse qui débouchera sur une marche de plus de 11.000 km de la Sibérie à lInde via le désert de Gobi constituait en soi le socle dune formidable aventure humaine. Peter Weir nous promettait ainsi un film fort où la quête intérieure, le dépassement de soi, navait dégale que limmensité des paysages naturels traversés. Une ode à la liberté et aux sacrifices quil faut parfois (souvent ?) faire pour la gagner. Retranscrivant plutôt bien latmosphère des procès staliniens et la violence des goulags, il nous proposait ainsi une réflexion sur la condition humaine : capable du meilleur comme du pire, lHomme est à la fois un loup pour lhomme, alors quil est en même temps capable de bonté, de générosité et de solidarité, qualités nécessaires à sa survie. Malheureusement, cette fable humaniste et naturaliste souffre de quelques baisses de régimes notables qui alourdissent véritablement lensemble. Comme si ces « Chemins de la liberté » empruntaient trop souvent des chemins de traverses hasardeux qui rallongent fortement lensemble, à limage de cette interminable traversée de la Mongolie. Aussi talentueux soit-il, Peter Weir na toutefois pas les qualités dun Terrence Mallick pour se risquer à faire de longs plans naturalistes silencieux. Le film souffre aussi dun casting inégal : si Ed Harris et Saoirse Ronan sont, comme à leur habitude, excellents, Jim Sturgess, le héros du film, manque, lui, cruellement de charisme pour son rôle de meneur. Soulignons aussi au passage que lidée farfelue daffubler les comédiens dun accent slave pour parler langlais narrange pas vraiment les choses. Malgré cela, force est de constater que « Les chemins de la liberté », sans être le meilleur film de Weir, se situe tout de même plutôt dans le haut du panier de la production actuelle. De quoi justifier ses trois (petites) étoiles.

« Faut pas avoir peur de mourir mais de ne pas avoir vécu assez »
« Max la Menace », « Sex and the city », « Star Trek », « Lagence tous risques »: on ne compte plus les adaptations de vieilles séries tv qui se succèdent sur nos écrans depuis plus dune décennie. A croire que les scénaristes sont en mal dinspiration. Ou que la recette est particulièrement lucrative pour les studios qui misent sur la nostalgie des téléspectateurs pour sassurer de bons résultats dexploitation. Pourtant, bien souvent, la réussite nest pas au rendez-vous (qui se souvient encore de linfâme « Ma sorcière bien-aimée » ?). Sur un scénario écrit par lun des nouveaux poids lourds de la comédie US, Seth Rogen, place donc à ladaptation du « Frelon vert », série culte des années 60 qui avait révélé Bruce Lee. Après être longtemps passé en vain de main en main, cest finalement le français Michel Gondry (à qui lon doit notamment le sublime « Eternel sunshine of the spotless mind ») à qui été confié la lourde tâche de réaliser le projet. En 3D.
On attendait de ce « Frelon vert » quil soit virevoltant et quil ait du piquant. La réussite du film reposait ainsi sur lassociation surprenante de Michel Gondry le génie visuel à limagination débridée et de Seth Rogen le poulain dAppatow, nouveau cador de la comédie, tchatcheur hors pair qui semble navoir aucune limite. Ainsi, même si le film névite pas l'écueil d'un certain nombre de clichés inhérents au genre du film de super-héros (le riche héritier oisif qui se révèle une âme de justicier, lassistante sexy qui entre dans la confidence, le conflit du héros avec son bras droit), force est de reconnaitre que la première moitié du film savère plutôt convaincante et sympathique. Les bastons senchainent, les poursuites sont spectaculaires, les gadgets des héros rivalisent dexplosivité (mention à la scène où la voiture est enterrée) et le duo Seth Rogen/Jay Chou distille une bonne dose de fun et de second degré au film. De quoi faire même oublier quelques maladresses scénaristiques (lintroduction maladroite du personnage pourtant important du procureur). Mais à mi parcours, « The green hornet » sessouffle un peu. Comme si le tandem Gondry/Rogen avait grillé toutes ses cartouches dans la première moitié du film sans trop savoir comment relancer la machine et conclure. La deuxième heure se révèle donc plus fastidieuse, comme si le réalisateur essayait en vain détirer au maximum chaque scène pour meubler les carences dun scénario un peu bâclé. Les bastons deviennent redondantes, les poursuites interminables (comme celle, pourtant spectaculaire, dans limprimerie du journal) et le film peine grandement à se terminer. Si lensemble nest pas désagréable, sauvé par la cool attitude des acteurs, on attendait quand même un peu mieux de ce « Frelon vert », qui avait tout pour simposer comme la référence du film de super-héros tendance second degré. Dans le genre, « Kick-ass » ne semble pas prêt dêtre égalé.

« Quels ingrats au ministère de menvoyer dans un endroit pareil »
Considéré comme le maitre absolu du western, John Ford séloigna cependant quelque peu de son genre de prédilection pendant la première moitié des années 40, durant laquelle il se consacra à des fresques sociales et historiques (« Vers sa destinée », « La route du tabac », « Les raisins de la colère », « Quelle était verte ma vallée ») ainsi quaux films sur la guerre (« La bataille de Midway », « Les hommes de la mer », lexcellent « Les sacrifiés »). De retour aux affaires avec le très bon « La poursuite infernale » (1946), il entame en 1948 avec « Le massacre de Fort Apache » sa trilogie dite « de la cavalerie », quil poursuivra dans les années suivantes avec « La charge héroïque » et « Rio Grande ». Si Ford sentoure pour ce film de la plupart de ses acteurs fétiches (John Wayne, Henry Fonda, Ward Bond, Pedro Armendariz), on retiendra tout de même que « Le massacre de Fort Apache » marque le début de sa (fructueuse) collaboration avec le scénariste Franck S. Nugent, quil retrouvera pour la plupart de ses grands succès dans la décennie suivante, de « Lhomme tranquille » au « Convoi des braves » en passant par « La prisonnière du désert » et les « Deux cavaliers ».
« Le massacre de Fort Apache » devait faire date dans lhistoire du western. Pour la première fois, un réalisateur (et pas le moindre !) allait en effet saffranchir des conventions morales du genre, et notamment de sa vision manichéenne primaire (les gentils pionniers contres les méchants indiens) pour y apporter un regard critique. A commencer par la perception des blancs. Fini donc les gentils pionniers luttant pour leur survie, Ford inverse ici les rôles : si les indiens se rebellent et se battent, cest avant tout parce que les blancs les méprisent et ne respectent pas leurs engagements. A limage du représentant du gouvernement, rongé par la cupidité, qui leur vend du mauvais whisky et des armes de contrebande. Ou du Lieutenant-colonel Thursday, étrange double fictionnel de Custer, qui, dévoré par son ambition et son égo, ne tiendra pas sa parole envers les indiens et mènera ses hommes contre tout bon sens militaire dans un piège fatal simplement pour se couvrir dun peu de gloire. Sil préserve linstitution militaire en tant que telle, et notamment la bravoure et la loyauté des hommes du rang, Ford critique cependant ouvertement lattitude et les décisions de ceux qui la dirigent. Mais la vraie nouveauté réside dans la manière dont il présente les indiens. Loin de la caricature du sauvage sanguinaire et cruel, ils sont présentés ici comme des hommes dignes et braves, civilisés (à limage de leur redoutable stratégie militaire), ouverts à la négociation mais pas à la compromission avec des blancs ne voulant que leurs pertes. Une vraie petite révolution en soi qui annonçait la réhabilitation des indiens au cinéma. Une voie quallait creuser John Ford, avec des films puissants, comme « La prisonnière du désert » ou « Les Cheyennes », et qui allait se développer dans les westerns des 50s (« La flèche brisée », « La dernière chasse », « Bronco Apache »), jusquà trouver sa pleine expression dans les 70s (« Little big man », « Soldat bleu », « Un homme nommé Cheval »). Pourtant, en dépit de son approche innovante et pertinente, « Le massacre de Fort Apache », à linstar des autres films de la trilogie de la cavalerie, souffre dun manque criant de rythme, notamment dans ces scènes retraçant le quotidien des militaires du fort, qui le rend dans sa première moitié assez peu passionnant. Reste un John Wayne étonnant, qui loin de ses rôles de machos primaires, se révèle excellent dans le rôle de l'officier sage et progressiste. Une curiosité à voir néanmoins tant pour les amateurs de westerns que pour les fans de John Ford.
« Je ne laisserai plus personne mourir pour moi »
Dix ans après les débuts cinématographiques de la saga, on pensait enfin ! toucher au but. Ladaptation du dernier tome des aventures dHarry Potter, « Les reliques de la mort », devait nous révéler le dénouement de la saga. Et se conclure en apothéose par laffrontement final tant attendu entre Harry et Voldemort. Cétait sans compter sur David Yates (réalisateur attitré de la saga depuis « Harry Potter et lordre du Phenix ») et sur les producteurs du film, qui décidaient de scinder ce dernier
On nous promettait des révélations et de laction. Et même de lémotion, du fait des pertes annoncées dans les rangs des fidèles protecteurs dHarry Potter. Bref, on nous promettait un épisode mouvementé et palpitant. Malheureusement il nen est rien. Prenant un soin suicidaire à éviter systématiquement toute scène daction (à commencer par le transfert dHarry à la tanière) que lui permettait son récit, David Yates nous livre un film particulièrement fade. Tel un McGuffin Hitchcockien, la quête des Horcruxes ne sert que de prétexte aux pérégrinations des personnages principaux et à leurs états dâme. Ou comment, sous la coupe dun médaillon maléfique, Ron va se mettre à douter de lamitié dHarry et de lamour dHermione. Au gré des téléportations, passant successivement de la campagne à la lande, de la montagne à la mer, de lhiver à lété, David Yates semble se focaliser sur les relations entre les trois personnages principaux pour mieux justifier les 2h30 dinaction de son film. Sil se fait paresseux en matière daction et de rebondissements, le film se fait même boiteux dans son manque dexplications (que diable fait lépée au fond de ce lac perdu ? Et pourquoi lElfe de maison apparait-il dans la geôle des Malefoy alors quil ne vient pas sauver Harry les précédentes fois où il est en danger ?). Dune manière assez générale, la réalisation de David Yates semble surtout extrêmement maladroite, notamment lorsquil se risque à un certain nombre de références (« Excalibur », « Le seigneur des anneaux », « Brazil »). Mal scénarisé, totalement dépourvu de rythme, « Harry Potter et les reliques de la mort » sen remet donc au syndrome de la téléréalité (Vous avez vu grandir les personnages pendant dix ans, peut-être même avez-vous grandi en même temps queux, vous serez forcément émus dassister à leurs premiers baisers) pour attiser la sympathie des spectateurs et ainsi sauver les meubles. Avec toute cette platitude ambiante, on se retrouve même surpris de voir le réalisateur insuffler à son film un peu de génie, le temps dune scène où la narration dun conte nous est proposée sous forme danimation en ombres chinoises. A part ça ? Pas grand-chose à se mettre sous la dent. Définitivement, la saga dHarry Potter nétait déjà pas assez palpitante pour se permettre un épisode de 2h30 sans action. Espérons que le dernier épisode sera, lui, à la hauteur.

« Je veux pas demmerdes, je veux juste récupérer ma femme. Pour ça on ma demandé de vous faire sortir et cest exactement ce que je vais faire. »
Un film. Il nen fallait pas plus à Fred Cavayé pour connaitre les honneurs dune critique plutôt enthousiaste, dun succès public destime, et même dun remake hollywoodien réalisé par Paul Haggis et porté par Russell Crowe. Rien que ça ! La chance du débutant ? Peut-être un peu. Mais pas seulement. Le bonhomme naurait pas pu avoir tous ces honneurs sans avoir un peu de talent. Et lune des grandes qualités de son cinéma réside dans son efficacité très « américaine ». A savoir un sens particulièrement développé de la concision et de lépure qui lui permet de boucler ses films en moins de 90 minutes chrono et déviter ainsi tout temps mort. Une chose rare et particulièrement appréciable en ces temps où les films de genre peinent à descendre sous la barre des deux heures.
Attendu au tournant, Fred Cavayé voulait de toutes évidences éviter de prendre des risques inutiles. Pas étonnant dès lors de le voir nous proposer une trame scénaristique finalement assez proche de son précédent long, « Pour elle ». A savoir un homme ordinaire contraint de recourir à une violence et à des pratiques extrêmes pour sauver la femme quil aime. Une thématique chère à des réalisateurs comme Sam Peckinpah et ses « Chiens de paille » dont on sent ici linfluence sur le cinéma de Cavayé. Mené tambour battant, le film se laisse suivre dailleurs sans déplaisir malgré quelques invraisemblances (Roshdy Zem qui se relève après une piqure dadrénaline alors quil est encore intubé seulement quelques minutes avant). Il souffre en revanche dun manque doriginalité flagrant, dun côté trop « déjà vu ». En soi, ce ne sont pas tant les personnages de flics ripoux franchement caricaturaux ni limprobable machination qui sont en cause. Mais limpression que tout cela réuni dans un même film porté par un homme qui court non stop pour retrouver sa femme disparue a été déjà vu ailleurs et en mieux (« Ne le dis à personne », pour ne pas le citer). Une impression appuyée par une dernière scène, très explicative, qui savère tout simplement inutile et qui empêche cet honnête thriller de boxer dans la catégorie du dessus. Tout cela est un peu dommage car les comédiens (Lellouche et Zem en particulier) savèrent très convaincants, tout comme la réalisation au cordeau de Cavayé.
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