Dimanche 13 mai 2007 7 13 /05 /Mai /2007 23:17

« - J’ai bien envie d’aller chez Starbucks

- Je sais, on a tous envie de se faire branler, mais là on a pas le temps »

 

Dans la série des petits films comiques à l’humour franchement sous la ceinture et très corrosif, je vous présente le petit dernier sorti sur nos écrans : « Idiocracy ».

Réalisé par Mike Judge, réalisateur du déjà bien barré et subversif « Beavis et Butthead », ce film raconte une expérience militaire réalisée de nos jours, consistant à cryogéniser pendant un an un homme (Luke Wilson) et une femme (Maya Rudolph), tous deux sélectionnés parce qu’étant de parfaits beaufs. Or le programme est abandonné et tombe dans l’oubli et nos deux malheureux héros se réveillent par hasard en 2505 !!!

Et la société a énormément évolué en 500 ans : les gens les moins intelligents se sont reproduits beaucoup plus que les gens intelligents, trop préoccupés par leurs carrières, durant les 500 dernières années, au point que la société a régressé et que notre héros fait figure d’homme le plus intelligent de la Terre, rien que ça !!!

 

« Projection ce soir du film « Cul », succès cinématographique de l’année ayant remporté 8 oscars dont celui de meilleur scénario »

 

En partant d’un scénario aussi improbable que barré, Mike Judge s’est offert la possibilité de créer quelques scènes d’anthologie pour décrire la société médiocre du futur. Entre les classiques de tout film d’anticipation ou de SF qui se respecte, comme par exemple le tatouage d’un code-barre sur chaque être humain pour gérer à la fois son identité et son assurance maladie, ou les distributeurs de nourriture automatique, et de l’autre côté des scènes d’un humour potache très jouissif, comme par exemple le succès cinématographique de l’année, le film « Cul », qui représente un plan fixe sur un postérieur qui de temps en temps enchaîne quelques pets, sous les rires massifs de la salle en délire, ou encore l’émission de télévision préférée qui s’appelle « Attention mes couilles ! », où le héros finit invariablement par se faire taper dans les valseuses, Judge nous donne à voir une société inhumaine, la plus abrutie possible, et surtout d’une beauferie sans égale, où toutes les boutiques ne sont que des lieux de masturbation et les rapports hommes-femmes se limitent exclusivement au sexe.

 

Et mine de rien, derrière cet humour bien lourd, oscillant toujours franchement entre scato et sexe, le réalisateur tire violemment sur notre société et nos travers : entre notre attrait de plus en plus grand vers des occupations passives et abrutissantes qui ne nous stimulent pas intellectuellement, et des pratiques de société dangereuse, caricaturées dans le film par le problème des récoltes qui ne poussent pas, car arrosées au soda, la société de fabrication de soda ayant le monopole sur le marché et employant un humain sur deux. Outre toutes les dérives du libéralisme et de la société occidentale, ce sont aussi le culte voué par les masses au mauvais goût et à la laideur qui sont systématiquement mis à mal, faisant de cette petite comédie un vrai film subversif.

 

Car au fond, et c’est la force du film, les parallèles avec notre société sont nombreux. Il y a d’une part les problèmes d’environnement qui sont la préoccupation principale (avec les habitants qui vivent dans une décharge géante et l’agriculture qui est en panne), les problèmes politiques (le président des USA est un ancien acteur porno qui chante avec sa mitraillette lors de ses discours), et les problèmes d’ordre culturel (les habitants ne savent plus faire de phrases complexes, le héros qui s’expriment normalement est du coup constament traité de « pédé », le cinéma et la télévision sont également des moyens d’abrutissement en imposant des programmes d’une nullité crasse). Même si tout cela reste très caricatural, comment pourrait-on ignorer la violente charge faite ici contre notre mode de vie actuel et contre nos représentants?

 

« Eh petit, tu parles comme un pédé !!! »

 

Ce film doté d’un petit budget, ne peut s’enorgueillir d’un casting mirobolant. Car en dehors de Luke Wilson, les autres comédiens sont pour la plupart des vrais inconnus pour le grand public. Néanmoins ce dernier est, comme à son habitude, franchement excellent dans son rôle de beauf qui devient du jour au lendemain le mec le plus intelligent du monde. A ses côtés, Maya Rudolph fait preuve également d’une grande justesse de ton, pas toujours si facile dans une comédie aussi barrée et borderline que celle-ci. On s’amusera également à reconnaître quelques brèves guest-stars, comme Thomas Hayden Church, que l’on a pu voir dans « Sideways » ou « Spiderman 3 ».

 

Le reste du film fait d’ailleurs assez pauvre et cheap. Néanmoins, cet aspect visuel ouvertement laid est certainement voulu par Judge et permet de donner une consistance franchement affreuse à cette société de la bêtise et du mauvais goût.

 

On pourra faire deux grands reproches cependant à ce film. Tout d’abord, un excès dans l’humour trash et gras, qui au bout d’un moment prend le pas sur le message plus profond de ce film. Ensuite, il y a aussi la fin, trop gentille et formatée compte tenu du ton général du film et de sa volonté affichée d’être un brûlot (certes comique) contre notre société.

Mais quand on voit comment les producteurs de ce film (en l’occurrence la Fox), apparemment jugé trop acide, ont tout fait pour l’étouffer (des critiques acerbes et unanimes aux USA, une diffusion minimum dont 10 copies seulement pour la France et encore aucune salle à Paris), on ne peut qu’avoir envie de lui offrir une tribune méritée pour le mettre en valeur et pour souligner les bonnes velléités de son réalisateur.



Par platinoch - Publié dans : Comédies
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Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /Mai /2007 00:46

« Toi dedans, moi dehors, des fois c’était pénible »

 

On connaissait le talent du réalisateur Im Sang-Soo . Parmi ses précédents films, « une femme coréenne » avait été salué par l’ensemble de la presse. Ce « Vieux jardin » vient d’ailleurs s’inscrire logiquement à la suite de son dernier film en date « The president’s last bang », évoquant l’assassinat du dictateur sud-coréen Park Chung-Hee en 1979. L’histoire se situe en effet dans les mois qui suivent cet assassinat et nous font plonger dans l’univers du héros, Hyun-Woo, jeune étudiant militant socialiste pendant le soulèvement étudiant de Kwangju. Ce dernier, recherché comme tant d’autres activistes, trouve refuge quelques mois durant chez une jeune activiste de province, avec laquelle il vit une folle passion. Mais, tiraillé par sa volonté de rejoindre ses camarades et la lutte, il retourne en ville et se fait prendre. A sa sortie de prison, 17 ans plus tard, la société coréenne a évolué en un monde qu’il ne reconnaît plus et qui ne le reconnaît plus. Et surtout, Yoon-Hee, la femme qu’il a aimé pendant sa cavale, est morte trois ans plus tôt. Il tente donc de refaire le lien entre passé et présent, regrets et remords, avec le journal de bord que lui a laissée Yoon-Hee.

Pretty Pictures

« L’air est trempé par le vent qui souffle, je t’appelle « Pluie de Printemps » »

 

Pour son cinquième long-métrage, Im Sang-Soo choisit donc l’adaptation du roman homonyme de Hwang Sok-Yong, véritable best-seller au pays du matin calme, mêlant histoire, politique, et romance. Et autant dire qu’il était particulièrement attendu au tournant. Hwang Sok-Yong est un des auteurs les plus connus et lus de Corée du Sud, un des rares auteurs coréens à être reconnu dans les monde entier. Son engagement lui a valu, à l’instar de son héros, de faire un peu de prison. Son expérience personnelle se ressent d’ailleurs dans la précision historique des faits et dans le ressenti du héros, aussi bien de son enfermement, que de sa frustration politique.

 

« Tu sais comment on sait si on est encore un enfant ou un adulte ? Si on aime les nouilles Jiajiang, on est encore un enfant »

 

La force de ce récit réside dans la puissance et l’abondance des grands sentiments. Tantôt extrêmement amoureux, tantôt prêt à mourir pour la cause, Hyun-Woo ne vit pas les choses à moitié. Lui, le beau rebelle, découvre l’amour lors de sa cavale, au milieu de paysages naturels grandioses, et s’apprête sans le savoir à passer 17 ans, ses jeunes et plus belles années, en prison. Il a jusqu’à sa capture, toujours le choix en main pour décider comment mener sa vie, et la perd en quelque sorte, par l’intransigeance de sa jeunesse, qui le pousse irrémédiablement à prendre les mauvaises décisions.

De l’autre côté, Yoon-Hee, d’abord icône de la féminité par excellence, se révèle être un magnifique portrait de femme forte, amoureuse et battante jusqu’au bout, essayant de protéger tous ceux qui l’entoure et qui sont toujours sur le fil.

Yum Jung-ah et Jin-hee Ji. Pretty Pictures

 

Par ces deux personnages très forts, Im Sang-Soo nous dresse un bel hommage à la jeunesse, à sa révolte, à ses excès, mais aussi au fait qu’après avoir toujours mené les combats, c’est toujours la jeunesse qui paye le prix fort, en se voyant systématiquement sacrifiée.

De même, tout en prenant clairement position en faveur de ces étudiants qui se révoltent contre le régime en place pour plus de libertés, il n’en porte pas moins un regard des plus réalistes et critiques sur la société coréenne actuelle. Si le gardien de prison dit bien au héros en le relâchant « le monde est devenu meilleur paraît-il. Si c’est le cas, tu y es sûrement pour quelque chose », au fond, on se rend bien compte que Hyun-Woo ne se retrouve pas dans ce monde qui a tant muté pendant ses années d’emprisonnement, et que ce même monde semble l’avoir oublié et n’être plus fait pour les gens comme lui (ce dernier ne trouve plus sa place dans la société actuelle). A demi-mot, il sous-entend presque que si des gens Hyun-Woo se sont battus pour plus de libertés, la société à dérivée à l’extrême. Et par là, il rend un deuxième hommage, lourd de sens à mon avis, à la pureté de la jeunesse et à ses illusions perdues. Car de voir qu’aujourd’hui, ce que la société a gagné en libertés, elle les perd dans les excès de consumérisme et de productivisme, Hyun-Woo, de par ses attitudes, semble se poser des questions pour savoir si finalement, ce résultat méritait vraiment de sacrifier ses 17 plus belles

années.

Jin-hee Ji et Yum Jung-ah. Pretty Pictures

« Je te cache, je t’héberge, je te nourris, je te donne mon corps, et toi tu pars ? Bon vent, imbécile ! »

 

Les plus vives critiques de la presse concernant ce film se font principalement sur le fait que le scénario tombe parfois dans le mélo. Or, je trouve que c’est la grande force du film que d’arriver à faire un film à la fois politique et historique, mais aussi tout simplement humain. Cette histoire d’amour passionnée et cruelle renforce au contraire le sacrifice de cette jeunesse, incarnée par le beau Hyun-Woo. Car ne nous le cachons pas, le film prend une dimension humaine magnifiée par le romantisme de l’histoire, par le sacrifice, par le sort qui joue contre l’amour des héros (elle l’attend tout au long de sa peine et meurt avant sa sortie de prison), par ce qui aurait pu être et n’a pas été, par cet amour qui ne sera jamais vécu haut et fort comme il aurait du l’être.

Yum Jung-ah. Pretty Pictures

 

En ce sens, Im Sang-Soo réalise des scènes bouleversantes, telles que cette larme qui coule sans pouvoir être réprimée sur le visage vieilli de Hyun-Woo lors de son premier repas en famille et peu de temps après avoir appris la mort de sa bien-aimée. De même que le suicide de la meilleure amie de Yoon-Hee, qui s’immole par le feu en signe de contestation désespérée.Et puis il y a tous les récits du journal de bord que Yoon-Hee a écrit pour Hyun-Woo, et qui relate sa vie sans lui, ses espoirs et ses coups de cafard, et surtout ses rêves simples d’être auprès de lui et de vivre une vie de couple et de famille normale à ses côtés.

 

« Même si tu n’as été pour moi qu’une image toutes ces années, maintenant que je fais face à la mort, je me rends compte que tu auras été l’amour de ma vie. Mon chéri, je t’aime »

 

Im Sang-Soo n’a pas choisit la facilité pour la forme de son film. En effet, celui-ci est construit en d’incessants flash-backs mêlant habilement présent et passé. Le petit reproche que je pourrais faire serait qu’il perd quelquefois son spectateur dans cette question de temporalité. Mais son grand talent et son travail permettent dans l’ensemble une assez bonne fluidité dans ce domaine. Le choix des interprètes s’avérant une nouvelle fois extrêmement juste et judicieux. En particulier, Jin-Hee Ji et Yul Jung-Ah, qui excellent par leur intériorité, sachant parfaitement exploiter le force émotionnelle des dialogues, autant que celle des non-dits et des silences. Et ce jusqu’au final, quasi muet, et d’une rare poésie avec la silhouette longiligne de l’héroïne qui plane sur la première rencontre entre Hyun-Woo et de sa fille dont il vient de découvrir l’existence.

Jin-hee Ji. Pretty Pictures

 

Au final, le nouveau Im Sang-Soo comble parfaitement les attentes qu’on pouvait en avoir. Il signe là un film fort, poignant, politique, nostalgique et surtout d’une grande poésie. Probablement le plus beau film sur les écrans depuis le début de l’année. Un vrai petit bijou.



Par platinoch - Publié dans : Films Politiques/Historiques
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Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /Avr /2007 14:16

C’est avec beaucoup de retard que je fais le bilan de ce mois d’octobre 2006, riche en sorties attrayantes. Il faut dire qu’avec les vacances de la Toussaint, riches en sorties de grosses productions et de films pour le jeune public, et la dernière vague des films cannois, il y avait vraiment de quoi voir et satisfaire tout le monde sur les écrans de ce début d’automne. Et le nombre de sorties m’a également contraint à quelques folies puisque j’ai vu pas moins de 23 films différents durant ce mois !!! Ceci explique en partie le retard pris dans la mise à jour de mes bilans mensuels !

Aussi, le premier film dont je parlerais, et c’est probablement très subjectif de ma part puisque c’est mon coup de cœur de ce mois, bien que le film était très attendu depuis Cannes et son très mérité prix d’interprétation collectif, il s’agit bien évidemment de « Indigènes ». Sur un sujet sensible, Rachid Bouchareb a réussi un pari fou de mélange des genres, puisque son film est à la fois un grand film de guerre, un film politique et un film historique. Le destin de ces quatre valeureux soldats nord-africains, engagés volontaires pour libérer la France, est peint sobrement, sans jamais verser ni dans le mauvais esprit revanchard, ni dans le misérabilisme. Et pourtant, les dénonciations de mépris envers ces soldats sont nombreuses et justes.

Mars Distribution

On est également bluffé par l’interprétation des 5 acteurs principaux, Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Rochdy Zem, Sami Naceri et Bernard Blancan, qui imposent leur classe et leur naturel. Notons enfin que ce film a permis – enfin ! – d’aligner les pensions de ces anciens soldats de l’Empire Français avec celles de ceux de la métropole.

Je garde mon petit coup de gueule pour la fin, à savoir que je trouve qu’il est scandaleux que la Palme d’or ai été attribuée au film « Le vent se lève », de Ken Loach, qui est un de ses plus mauvais films, alors que ces « Indigènes » auraient largement mérité de l’avoir.

Parmi les autres films marquant de ce mois d’octobre, je placerais le film « Poltergay » en tête. En effet, même si ce film reste très trivial, j’ai trouvé qu’il était intéressant de proposer une comédie sur un thème aussi sensible que celui de l’homosexualité, en jouant sur les clichés et sans jamais être blessant. En plus la comédie est très réussie, complètement barrée et loufoque, et portée par d’excellents comédiens, en tête desquels le toujours génial Clovis Cornillac mais aussi d’excellent seconds rôles comme Jean-Michel Lamy ou Michel Duchossoy.

TFM Distribution

 

Pour la dernière marche de mon podium mensuel, je mettrais « Dans Paris », qui fait figure de bonne surprise mensuelle. En effet, le cinéma de Christophe Honoré se limitait pour moi à l’odieux et imbuvable « Ma mère », sombre nullité crasse avec Isabelle Huppert. Et en allant voir se film, je me suis pris un grand souffle de fraîcheur, avec cette histoire tellement humaine de mal-être amoureux et familial, et de rapports pleins de tendresse entre un père et ses fils. Filmé à la façon d’un film de la nouvelle vague, il en ressort une infinie tendresse et de très bons numéros de comédiens à la mode (Romain Duris et Louis Garrel) ou disparus du grand écran depuis trop longtemps (Marie-France Pisier et Guy Marchand).

Gémini Films

 

Pour finir la rubrique des bons films de ce mois-ci, on pourra noter le très charmant dessin animé « U », porté par une grande poésie, le très intéressant biopic « The queen » et la surprenante interprétation de Helen Mirren, ou encore « Last Kiss » avec Zach Braff, remake un peu feignant et moraliste mais sympathique à regarder de l’excellent film italien « Juste un baiser ».

Egalement au programme, toute une série de film médians,  ni nullités ni chefs d’œuvre, qui m’ont donné du plaisir en salle mais que j’ai oublié aussitôt en être sorti, la faute à quelques imperfections scénaristiques. On pense ainsi à « Prête-moi ta main », où on est d’abord charmé par les prestations à contre emploi de Charlotte Gainsbourg et d’Alain Chabat, mais qui se perd vite dans des situations trop souvent déjà vues. On pense également à « Friends with money » qui se prend trop pour du Allen sans en être, ou encore à « Click », où Adam Sandler est à la fois l’atout principal du film par son humour lourdingue, mais aussi le principal défaut de son film par son humour lourdingue. Des films plus politiques comme « Les fils de l’homme » ou « Une vérité qui dérange » d’Al Gore, sont aussi à classer dans cette catégorie. Si la volonté de dénoncer ou d’alerter sur les disfonctionnement du systèmeet le danger qu’il représente était à chaque fois louable, la forme choisie ne m’a pas semblé appropriée. Pour le jeune public, « Les rebelles de la forêt » reste un film joyeux et plein d’humour, mais compte tenu de la qualité de ses prédécesseurs et de son manque d’originalité, il ne peut figurer dans la cour des grands.

 

Enfin, la catégories de films « gadins » et « navets » (toujours la plus grande, c’est dingue !!!) est encore bien garnie ce mois-ci !!!

Parmi ceux-ci, il faut observer une distinction, entre les grosses déceptions, telles que « Azur et Asmar », qui, s’il reste un ravissement pour les yeux (comme toujours avec Michel Ocelot), nous délivre une histoire d’une longueur inouïe et un message d’une niaiserie stupéfiante. Ou encore « Le diable s’habille en Prada », tiré d’un roman à succès, et qui reste rien de plus qu’ un Cendrillon urbain et branché, mais qui se plante par la vacuité de son propos. Enfin, « Les amitiés maléfiques » reste quand même regardable (surtout pour la superbe prestation de Malik Zidi), bien que son univers intello-pédant ne soit guère passionnant.

 

Enfin, dans la famille des vraies daubes mensuelles, je citerais notamment « L’école pour tous », gentil conte sur la tolérance, qui ne vole pas bien haut. On est d’autant plus déçu qu’Eric Rochant nous avait habitué à des films tellement plus forts et rebelles… Il est bien loin le temps d’ « Un monde sans pitié », d’ « Aux yeux du monde », et des « Patriotes ».

Des films comme « La Californie » ou « Le grand Meaulnes », adaptations ratées de romans, nous plongent dans de longs bavardages inutiles. Dans le premier cas, on assiste à un film insipide sur les relations faussées par l’argent d’une ancienne riche en faillite et de sa cour d’intéressés, et dans le second cas (comment peut-on encore adapter des histoires aussi désuètes que celle de Alain Fournier ?) on assiste à une histoire largement retouchée et parcellaire, beaucoup moins bien que le roman original (pourtant déjà pas top !), dont on retiendra la moustache ridicule sur le visage d’enfant de Jean-Baptiste Maunier. De même avec le stupéfiant « Le Parfum », qui semble interminable, voire même minable, et qui nous offre une scène de partouze d’un ridicule incommensurable à la fin.

Pan Européenne Edition

Mais je garde le pire du pire pour la fin. Avec d’abord « L’homme de sa vie », où Zabou se prend pour une grande cinéaste sensible qu’elle n’est pas. En effet, un film sur un thème aussi sensible, méritait un traitement un peu plus léger que ce ramassis de lieu commun (l’hétéro est un beauf quand l’homo est raffiné et cultivé), et de plans contemplatifs sur la nature provençale sous le soleil d’été pour évoquer le désir. A vouloir faire du sensible et politiquement correct, elle sombre dans le racoleur. Grosse gamelle également pour le très niais et ennuyeux (et cheap aussi !) « Viva Cuba » où deux enfants liés d’amour tentent une fugue à travers leur île. Mais la palme des palmes reviens à l’insupportable « Le pressentiment ». Si le vide sidéral était un film, je pense que ce serait celui-là. Vouloir filmer la remise en cause, la générosité et la bonté, soit, mais le faire d’une manière aussi molle, niaise, creuse, et affligeante, je ne comprends pas. C’était tellement nul que pour tout dire, s’il était sorti il y a deux ou trois ans à peine, il aurait pu prétendre être nommé aux Césars dans toutes les catégories !!!

 

Le podium du mois donc :

 

1 – INDIGENES

2 – Poltergay

3 – Dans Paris

 

Rock’n’roll



Par platinoch - Publié dans : Bilans mensuels
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Dimanche 15 avril 2007 7 15 /04 /Avr /2007 20:51

«- Nous avons toute la vie pour être heureux, partons.

- Non, je n’ai qu’une heure, et j’ai tant à faire… » 

Sorti sur les écrans en 1952, « Le train sifflera trois fois », western mythique de Fred Zinnemann, met en scène le shérif Bill Kane, le jour de son mariage (qui est aussi son dernier jour d’exercice de ses fonctions), qui est confronté à l’annonce du retour une heure plus tard par le train d’un hors-la-loi qu’il avait fait arrêté et condamné à la pendaison cinq ans plus tôt. Ce dernier est d’ailleurs attendu sur le quai par trois de ses complices. Alors qu’il avait promis à sa femme de ne plus faire usage de la violence et qu’elle le supplie de partir avec elle pendant qu’il en est encore temps, Kane est obligé de chercher des volontaires dans la ville pour faire face à l’arrivée de l’affreux de Franck Miller. Or, par lâcheté, par rancœur, ou par amitié envers Miller, tous les habitants de la ville tourne progressivement le dos à Kane, le laissant seul pour affronter la bande des quatre.

 

En réalisant « Le train sifflera trois fois » (le titre original étant « High noon », expression signifiant « l’heure de vérité »), Zinnemann réalise un film qui dépoussière le genre - pourtant alors très prospère - du western. En effet, dans ce film, il y a finalement très peu de scènes de fusillades (il n’y en a qu’une, à la fin, et elle n’est pas spécialement spectaculaire), et les héros paraissent vulnérables et imparfaits. Le personnage de Kane, interprété par Gary Cooper, légende du western par excellence, avoue d’ailleurs éprouvé de la peur avant son face à face avec les quatre bandits, tandis que les habitants respectables de la ville ne se cachent pas de leur lâcheté. Par ailleurs, les hostilités finales sont lancées par Cooper qui n’hésite pas à abattre le premier membre de la bande en surgissant dans son dos (sa femme en fait d’ailleurs de même). Ces éléments sont tout à fait nouveaux pour le genre du western en 1952. De même la présence dans les rôles principaux d’une femme mexicaine (formidablement interprétée par Katy Jurado), indépendante, forte, ex-compagne de Cooper et femme d’affaires, est aussi un élément assez novateur pour l’époque.

 

« Je vais te dire ce que je pense de toi et de Kane. Tu es un charmant garçon avec de belles épaules. Mais les belles épaules ne font pas les hommes. Kane, lui, est un homme. Toi tu resteras toujours un charmant garçon. »

 

Zinnemann a fait le choix de favoriser la tension et l’aspect psychologique dans son film plutôt que de faire la part belle à l’action. Il a ainsi choisit de tourner son film en « temps réel », c’est à dire de conserver une unité de temps dans son récit, qui retrace en gros l’heure et demie avant l’arrivée du train et la fusillade finale. Ainsi, sur les nombreuses horloges qui apparaissent à l’écran, avec des plans d’ailleurs de plus en plus fréquents et saccadés au fil du récit, montrent bien que le film débute à environ 10h30 pour se finir peu après l’arrivée du train de midi. Par ailleurs, les nombreux plans sur l’horizon de la voie ferrée renforce le sentiment de menace imminente. La tension monte ainsi crescendo, de plus en plus palpable au gré des réactions lâches des uns et des provocations des autres.

 

Le casting a été judicieusement élaboré. Le personnage du sheriff Kane est formidablement interprété par le grand « Coop ‘», Gary Cooper, légende du genre par excellence. Quelque peu marqué par les ans, son visage sage et rude, et sa démarche longue et sûre planent héroïquement tout au long du film. A ses côtés, les deux femmes qu’il a aimé, Katy Jurado et surtout la sublime Grace Kelly, tout à la fois épouse fragile et bercée de beaux principes, et finalement amoureuse et courageuse, car c’est la seule qui ne peut se résoudre finalement à l’abandonner. Dans la bande des méchants, à noter les débuts devant la caméra du jeune Lee Van Cleef, qui sera probablement le plus grand méchant du genre du western. Notons également enfin la présence du jeune et fougueux Lloyd Bridges, excellent en adjoint immature.

« Si toi aussi tu m’abandonnes, ô mon unique amour, alors je n’aurais plus personne, si toi aussi tu m’abandonnes »

 

La musique du film, le fameux « si toi aussi tu m’abandonnes » signé Tiomkin et devenu mythique, est très prenante, puisqu’elle ouvre le film dès les premières images, et revient en fond tout au long du film.

 

Mais la vraie force de « Le train sifflera trois fois », c’est avant tout son message. En effet, par cette lutte d’un seul homme contre la menace violente qui approche et contre le mutisme et la lâcheté de ses pairs qui finalement acceptent ce destin, le scénariste Carl Forman et le metteur en scène Fred Zinnemann dénoncent le principe du maccarthysme qui ronge alors la société américaine et plus particulièrement encore le milieu du cinéma. Et en 1952, en pleine apogée de ce système de suspicion et de dénonciation, cela donne au film une valeur encore plus forte.

Pour finir, on pourra noter la petite incohérence puisque ce film allégorique contre le maccarthysme est porté par Gary Cooper qui a été l’un des grands dénonciateurs pour le petit monde du cinéma. Notons également que ce rôle lui a valu l’oscar du meilleur acteur. Et compte tenu de sa prestance impressionnante tout au long du film, il est plus que mérité.



Par platinoch - Publié dans : Westerns
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Samedi 14 avril 2007 6 14 /04 /Avr /2007 17:43

« Je suis un has-been heureux »

 

Hugh Grant, le grand spécialiste mondial de la comédie romantique, nous revient avec sa production annuelle. Et cette fois-ci, il enfile avec un grand sens de l’autodérision et du décalage, le costume d’un ancien chanteur à minettes, ex-leader de boys band  des années 80.

Suite à la commande d’une chanson par la Brittney Spears du moment, il est obligé de remettre un pied à l’étrier, entre deux galas sur des foires, et rencontre une parolière malgré elle. C’est à partir de cette histoire finalement assez farfelue, que le metteur en scène Mark Lawrence lance sa comédie romantique.

Warner Bros. France

 

« Pop Goes my heart »

En partant d’une histoire aussi décalée porté par un héros jouant autant sur l’autodérision, Mark Lawrence peut se permettre de jouer à fond la carte du kitch et du décalage. Le film, qui commence par le clip très marqué « années 80 » de la chanson la plus emblématique de l’ex-groupe de Hugh Grant, est d’ailleurs une perle du genre, kitsch à souhait et pourtant ô combien réaliste. En outre, le look très marqué de Hugh Grant (lui et son complice sont d'ailleurs assez ressemblant au groupe Wham!), et chaque pas de danse qu’il exécute de manière très décalé compte tenu de son image toujours bien lisse de séducteur moelleux, renforcés par des effets de mise en scène de clip bien ringards, font démarrer le film à cent à l’heure et permettent aux fous rires de s’enchaîner sans fausses notes.

Ainsi, si dans la première demie-heure, le film se déroule tout seul, les répliques et les bons mots fusent de part et d’autre, c’est d’une part grâce à un scénario très bien écrit, mais surtout grâce à un Hugh Grant en état de grâce, qui semble n’avoir peur de rien, qui n’hésite jamais à casser son image trop sage de séducteur, en chantant, dansant, endossant tour à tour un costume de ringard et un costume de minet, et le tout en sachant conserver tout son charme et son sex-appeal.

 

«    - Ces paroles sont charmantes, surtout venant d’un homme qui porte des pentalons si moulants 

-         Ca fait remonter le sang à mon cœur »

 La suite du film ne tient hélas pas toujours ses promesses, et passé le premier tiers, le film perd de son rythme électrique et hilarant, en retombant finalement dans le piège du scénario de comédie romantique beaucoup plus conventionnel. Ainsi, si certaines scènes continuent de faire rire, si certaines répliques font quand même mouche, c’est essentiellement grâce à des comédiens au diapason, à l’abattage de Hugh Grant et au charme et à la justesse de Drew Barrimore.

On regrettera cependant le manque d’originalité des scénaristes, qui ne nous évitent pas la –conventionnelle - déclaration très « mélo » en publique, alors qu’ils auraient pu jouer la carte de décalé et du kitsch jusqu’au bout. Mais c’est un reproche que nous pouvons faire assez généralement aux productions hollywoodiennes.

Hugh Grant et Drew Barrymore. Warner Bros. France

On peut noter également la très bonne musique du film, qui a été très soignée, et qui donne malgré tout une certaine crédibilité à cette histoire qui se passe avant tout dans le monde du business musical.

Avec un peu de recul également, on peut aussi dire que ce film réussit là où le pourtant très attendu et surréstimé « Quand j’étais chanteur » nous a déçu, à savoir apporter un peu de légèreté, un peu de dérision sans jamais tomber dans le sordide.

Pour finir on peut dire que c’est une agréable comédie à voir, un bon moment de cinéma « pop-corn » !

 



Par platinoch - Publié dans : Comédies romantiques
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Dimanche 4 mars 2007 7 04 /03 /Mars /2007 14:51

« C’est ici que nous combattrons, c’est ici que nous mourrons »

 La bataille d’Iwo Jima (février-mars 1945), aura été l’une des plus terrible de la seconde guerre mondiale, du moins pour la guerre dans le Pacifique. En effet, sur cet îlot japonais montagneux et chauve se sont affrontés un mois durant les troupes américaines et japonaises, avec pour enjeu le contrôle du ciel de la métropole nippone. C’est donc sur ce terrain qui coûta en tout et pour tout près de 28000 vies à l’ensemble des belligérants (21000 japonais, et près de 7000 américains) , que Clint Eastwood a décidé de bâtir son dyptique dénonçant la guerre. Le premier volet, « Mémoires de nos pères », sorti l’année dernière, retraçait la bataille vue par les troupes américaines, et montrait surtout la manipulation politique des « héros » de la bataille, à partir de ceux qui ont dressé le drapeau au sommet de la plus haute montagne de l’île, qui a donné un cliché célèbre.

Affiche américaine. Warner Bros.

Si ce premier opus ne m’avait pas semblé particulièrement probant, à force de flash-backs, d’histoires entremêlées, et de messages finalement assez patriotiques (normal venant de ce vieux Clint !), le second volet semblait plus alléchant à la vue de la bande-annonce.

 

Je vais donc voir le film en choisissant une belle salle et un grand écran (en l’occurrence, le Max Linder) pour apprécier au maximum le spectacle qui s’annonce grandiose. Et je dois dire que Clint nous a sorti un film de toute beauté.

 

« La lettre de ce soldat américain, ma mère aurait pu l’écrire »

 

On est d’abord surpris par la forme de son film. Tout d’abord, pour retracer la bataille vue par le camp japonais, le réalisateur a prit le parti de tourner son film dans la langue japonaise, avec des acteurs japonais, inconnus hors de leurs frontières pour la plupart, à l’exception du génial Ken Watanabe. Après la surprise de ne reconnaître donc aucun visage, on découvre très vite d’excellents comédiens, à l’image de Tsuyoshi Ihara qui interprète le Baron Nishi.

Ken Watanabe. Warner Bros. France

La seconde surprise majeure, c’est la photographie du film. Le réalisateur a opté pour une superbe image avec des couleurs désaturées, alors que le film se déroule en grande partie dans des souterrains et des caves, ou en extérieurs nuits. Avec ce résultat un peu « sépia d’époque », le résultat confine à une ambiance poétique et crépusculaire. Ce résultat est renforcé par l’utilisation d’une bande originale réalisée par le fils de Clint Eastwood himself, très cristalline et aérienne, aux intonations d’inspirations asiatiques mais profondément occidentale, comme pourrait l’être certaines musiques de Erik Satie.

 

« Je m’apprête à livrer ma dernière bataille, sans munitions et sans eau »

 

Le film entremêle astucieusement le destin de plusieurs hommes, tout d’abord des hommes du rang, Saigo, jeune deuxième classe, ainsi qu’un mystérieux ancien membre de la police politique. Le scénario donne également vie à deux officiers, le général commandant de la place, homme raffiné qui a étudié aux Etats-Unis, et un Lieutenant-colonel, le Baron Nishi (personnage authentique qui a réellement participé à la bataille), champion olympique d’équitation aux JO de Los Angeles en 1932. Ces deux hommes sont conscients de leur sort, d’une humanité incroyable, mais partagé entre tradition sociale et code de l’honneur d’un côté, et ouverture d’esprit et modernité de l’autre.

Par ces destins particuliers, Clint Eastwood redonne une image plus juste des soldats japonais, des hommes avant tout, avec leurs peurs et leur courage, des soldats comme ceux d’en face comme il le montre. Et c’est là toute la force du message universel d’Eastwood. Démontrer l’horreur et la connerie de la guerre, de ces massacres inutiles.

De même, il désacralise l’image du bon GI, en montrant ouvertement les exactions des soldats américains, montrant au passage l’universalité de la barbarie. Une telle image semble même assez novatrice pour un Clint Eastwood qui semblait quand même assez attachés aux valeurs de l’Amérique triomphante et juste.

Ken Watanabe. Warner Bros. France

 

« Je marcherais toujours devant vous »

 

Pour le reste, son film est avant tout un excellent film de guerre, peuplé de grandes scènes de batailles, et de grands moments de bravoure. Et replacé dans son ensemble, le premier volet de ce diptyque prend une toute autre dimension. Clint Eastwood nous livre là une œuvre phénoménale, mariant parfaitement le forme et le fond, proposant une réflexion intelligente sur la guerre et sur l’universalité des manipulations et de la barbarie. On ne le dire jamais assez, mais Clint Eastwood est véritablement un « Monsieur ».

 



Par platinoch - Publié dans : Films de guerre
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Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /Mars /2007 13:26

"A ceux que nous avons été, à ceux que nous sommes, et à ceux que nous serons"

 

Il est des films qu’on découvre par hasard, mais avec un réel bonheur. Et souvent, c’est grâce à des remakes américains qu’on daigne, par curiosité, voir l’œuvre originale. En cela, le remake, exercice purement commercial et contesté, est utile. Car en soi, « The last kiss », pourtant porté par des sympathiques acteurs, en tête duquel le toujours génialissime Zach Braff, n’a rien de formidable. Trop de longueurs, trop de moralisme made in USA… j’en passe et des meilleurs !

 

Avant de porter un jugement trop hâtif, je cherche donc à voir, pour comparaison, le film original qui a inspiré ce remake. Il s’agit d’un film italien, apparemment passé plus ou moins inaperçu lors de sa sortie en salle en France, en 2001, alors qu’il a raflé les trophées locaux (les « Donatello ») fort de son succès de l’autre côté des Alpes.

 

« Tu décides que tu dois grandir, et tu grandiras »

 

Le visionnage de cet « Ultimo Baccio » (le titre français étant « Juste un baiser »), a été un véritable ravissement !  Je m’attendais à un film plan plan, dont le film américain avait su prendre le meilleur en le réadaptant à sa sauce, et je suis tombé sur un vrai film à la fois profond dans son propos et léger dans sa forme, renouant avec talent avec le cinéma italien que l’on aimait tant, des années 50 à 70.

 

C’est en effet un film bavard, généreux, grandiloquent, plein de théories plus ou moins fantaisistes sur le couple et l’amour, qui nous trace avec beaucoup de justesse les tourments de jeunes gens un peu perdus à l’approche de la trentaine, passant difficilement de l’insouciance adolescente à l’heure des grandes décisions et des responsabilités. Car ici, les héros sont peints à hauteur d’homme, avec des défauts particulièrement humains, et des tentations auxquelles ils ne résistent pas. Par ailleurs, l’histoire en second plan des parents de l’héroïne, qui vivent une histoire de couple pour le moins tourmentée, permettent un très probant effet miroir grâce auxquels le réalisateur peut mettre en perspective la relativité et l’importance des choix pour ses jeunes héros.

 

On peut également ajouter une mention particulière pour la bande originale du film, la musique étant toujours judicieusement choisie et le thème principal étant très agréable.

 

« Et puis tu l’auras elle, pour te rappeler toutes les belles choses que tu as eu »

 

La deuxième grande qualité de ce film « choral », c’est aussi de mêler savamment plusieurs générations d’acteurs brillants du cinéma transalpin. On retrouve ainsi toute la génération montante des acteurs trentenaires, en tête de lisse, le couple Giovanna Mezzogiorno (merveilleuse) et Stefano Accorsi, bien connus de par chez nous, ainsi que quelques autres, comme Pierfrancesco Favino ou Claudio Santamaria (les trois acteurs étant notamment réunis en tête d’affiche du récent « Romanzo Criminale »).

Mais ce film permet également, dans des rôles secondaires, certes, de retrouver avec beaucoup de joie Stefania Sandrelli, égérie du cinéma italien des années 70 (on se souvient notamment de « Nous nous sommes tant aimés », de Scola, où elle donnait la réplique à Moretti et Gassman, rien de moins !), ou encore Sergio Castellito, certainement le meilleur acteur italien de sa génération.

Cette petite réunion d’une partie de la grande famille du cinéma italien est donc aussi une attraction savoureuse pour le spectateur.

 

« Je pense souvent à mes amis partis autour du monde, et je me dis que je pourrais passer quelque temps avec eux, et cette idée me fait du bien »

 

Bilan des courses, « Juste un baiser » est un joli film doux-amer sur l’amour et la fragilité du couple. Traité avec beaucoup de tendresse, de justesse, de sensibilité et de générosité, il offre un spectacle beaucoup moins moraliste et surtout beaucoup lisse que son remake américain.

A ce titre, les ultimes rebondissements des dernières minutes du film (seules différences entre les deux films), donnent une saveur et une justesse particulière à ce film. Optant pour une théorie selon laquelle le bonheur n’est jamais parfait mais existe quand même, ce film, magnifiquement bien interprété, offre une grande bouffée de fraîcheur et de légèreté. Ce n’est pas si fréquent… il serait donc dommage de le rater !!!



Par platinoch - Publié dans : Comédies romantiques
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Lundi 30 octobre 2006 1 30 /10 /Oct /2006 12:06

 Après les grosses productions de l’été, et autres réjouissances enfantines ou cannoises, le mois de septembre fait toujours office de mois de transition dans la programmation, en attendant la vague suivante des poids lourds cannois et des grosses sorties de la rentrée d’octobre et de la Toussaint.

 

Et ce cru de 2006 ne change rien à la règle !!!

Dans cette vague de sorties de petits films d’auteurs et de succès presse cannois, l’attraction principale de ce mois est de partir à la pêche à la bonne surprise. Et si cette attraction s’avère assez enthousiasmante, elle n’en demeure pas moins assez incertaine et aléatoire !

Car les bons films et les révélations ne sont pas toujours là où on les attend !!!

 

Aussi, rendons à César ce qui lui appartient (comme à mon habitude sur ce blog !), et parlons d’entrée de ce qui est LE film du mois, à savoir l’excellent « Little miss sunshine ».

Sorti tout droit d’un peu nul part, ce premier long de Faris et Dayton, qui se sont déjà fait une réputation dans la pub, a été plébiscité d’entrée par la critique presse, et à l’heure où je rédige ces quelques lignes, le moins que l’on puisse dire, c’est que les spectateurs ont répondu présent, car sur une distribution finalement assez limitée, le film, après 7 semaines à l’affiche, approche doucement de la barre des 700 000 visiteurs !!!

Et s’il s’avère que ce film est un succès, il faut savoir lui reconnaître ses qualités. La première étant sa liberté de ton, légère et humoristique, traitant d’une famille en crise, où chacun ayant ses propres névroses difficiles à surmonter, va participer au périple à travers les routes américaines pour faire participer la cadette de la famille à un concours de beauté pour petites filles. Les tribulations tendres et hilarantes de cette famille apporte donc une grosse bouffée d’oxygène et souffle un véritable vent de fraîcheur dans les salles. Outre sa qualité d’écriture (le film sort des sentiers battus du cinéma US et regarde avec un œil un brin critique et caustique les valeurs de l’American way of life) et sa réalisation efficace, le film jouit aussi d’un casting à la fois hétéroclite et impeccable, avec en tête le phénoménal Steve Carell, échappé tout droit de « 40 ans toujours puceau » et parfait en homosexuel suicidaire spécialiste de Proust, et Toni Collette, impeccable en solide mère de famille faisant le lien entre les divers membres de son clan à la ramasse…

Un film véritablement hilarant, qui nous réconcilie avec le cinéma « Indépendant » américain, qui ne nous avait pas donné de telles joies depuis les fantastiques « Garden State » et « Sideways ». Une véritable réjouissance donc, qui mérite amplement sa première place du top mensuel, et qui devrait figurer très largement dans les meilleurs films de l’année !!!

 

Toujours dans un ton corrosif vis-à-vis de la société américaine, l’autre bonne surprise du mois s’appelle « Thank you for smoking ». Et là aussi, il s’agit d’un premier film, en l’occurrence signé par Reitmann fils. Sur un ton cynique et acide, le film s’attaque au lobby de la cigarette US, mais en attaquant frontalement dans sa démonstration les mondes du journalisme, de la politique, et des valeurs générales qui régissent la société américaine. Et là encore, même s’il y a parfois quelques longueurs et quelques temps morts (il faut dire que le film démarre tambour battant), il est porté par d’excellents comédiens, avec en tête le trop rare Aaron Eckhart, remarqué dernièrement dans l’excellent « Conversation(s) avec une femme ».

 

Pour le reste, et en dehors de ces deux films, avouons-le avec une pointe d’amertume, les réjouissances ont manqué cruellement durant ce mois de septembre. Trois films se dégageant néanmoins du lot : tout d’abord, cocorico, un film français, « Je vais bien ne t’en fais pas ». S’il paraît quelque fois un peu gnangnan, et même si les ficelles qui maintiennent le mystère ressemblent parfois à de gros cordages archi-prévisibles, le film reste émouvant, bien porté par une Mélanie Laurent définitivement révélation de l’année chez les comédiennes françaises, et par un Kad Mérad qui s’impose de plus en plus comme un acteur de référence, loin (hélas ?) de son registre humoristique qui nous avait fait l’aimer…

Autre film ayant tiré son épingle du jeu, « Des serpents dans l’avion ». Annoncé par un fort bavardage internet, une première depuis Star Wars, le film, un peu ovni, a en effet réussi son pari. Partant d’un postulat complètement débile et archi conventionnel pour un film de genre, il s’en sort en assumant parfaitement son second degré et son côté un peu cheap (on sent en effet souvent le manque de moyen), faisant du film au final un honnête film catastrophe avec son lot de frissons et une bonne dose d’autodérision et d’humour.

« Nausicaa », l’un des premiers Miyazaki, fable écologiste (encore !) clôt ce groupe. C’est déjà pas si mal !!!

 

Avant d’en venir aux grosses déceptions de ce mois (et elles sont nombreuses !!!), il faut parler d’un film qui se situe franchement entre les deux camps. Car avec son « Quand j’étais chanteur », Xavier Gianolli avait semble-t-il hypnotisé la Croisette et les journalistes qui nous avait survendu cette histoire d’amour impossible entre un chanteur de bal ringard de Province et une jeune et dynamique jeune femme. Et on pourrait dire que le film commençait bien. Mais très vite, le film se perd dans le pathétique, et malgré les interprétations magistrales de Cécile de France et de Gérard Depardieu (qu’on avait pas vu aussi génial depuis des années), la longueur du film pour aboutir à ce résultat grotesque finit par jouer en sa défaveur.

EuropaCorp Distribution

Dans le même registre des films moyens, nous citerons également le prometteur « Fair Play », qui malgré une belle distribution et une histoire originale, est toujours un peu trop « court » pour arriver à nous convaincre totalement. Enfin, « Ma super ex », qui partait pourtant d’une bonne idée de comédie, se rate quelque peu par un manque de rythme récurant et par une mise en scène planplan.

 

Maintenant, passons à la catégories des gadins du mois, et ils sont nombreux !!!

Commençons méchamment par les trois plus mauvais films du mois, ceux dont on ne retiendra vraiment rien. Le plus mauvais sera sans conteste l’italien « Melissa P. », sorte de « Hell » adapté lui aussi d’un roman à scandales, mais qui est surtout le prétexte à filmer une ado se livrer à une sexualité assez malsaine et vengeresse… c’est malsain, voyeur, mal filmé et pas excitant du tout…bref, le sommet de la perte de temps et de la connerie. Dans la famille perte de temps, l’américain « A scanner darkly » peut concourir haut la main. Tourné avec des comédiens réels avant de retravailler l’image, ce film, proche du dessin animé dont l’esthétisme est à gerber est d’un ennui profond et à moins d’avoir du sommeil en retard, rien ne justifie le fait de voir cette énorme daube ! Sans intérêt donc. Enfin, je me vois obligé de parler également de « The sentinel », qui mérite aussi sa place parmi les nullités du mois. Michael Douglas n’est vraiment plus ce qu’il était et sa présence en tête d’affiche de ce film le prouve bien. Là encore, ce thriller-polar archi convenu et prévisible n’a absolument pas la moindre qualité et pire encore, pas une once d’intérêt. Un scandale !

Viennent ensuite quelques films, qui sans être nuls, sont du moins ratés et/où pas suffisamment aboutis pour mériter d’être retenus. En vrac, « Quelques jours en septembre », « Les anges exterminateurs » et « Jugez-moi coupable », qui semble annoncer le déclin officiel du pourtant estimé Sydney Lumet. Dans le genre grand cinéaste sur le déclin, je finirais par le film d’Oliver Stone, « World Trade Center ». Car celui qui était (re)connu comme étant un des plus brillants cinéastes de sa génération, et un des plus provocateurs, nous sort un film exécrable de bons sentiments, de moralisme, et patriotisme va-t’en-guerre, allant jusqu’à justifié par les attentats du 11 septembre la guerre faite par les USA à l’Irak. Exactement le film qu’on ne voulait pas voir sur un événement où la dignité était de

mise.

 

Le Podium du mois :

1-     Little miss Sunshine.

2 - Thank you for smokink.

3 – Des serpents dans l’avions.

 

ROCK’N’ROLL



Par platinoch - Publié dans : Bilans mensuels
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