Mardi 19 juin 2007 2 19 /06 /Juin /2007 15:52

« Tu vois ça ne fait pas mal, je te l’avais promis »

 

Les bonnes surprises viennent souvent de là où on ne les attend pas. Et qui aurait pu s’attendre à ce qu’elle vienne d’un petit film allemand, dont la distribution en France ne dépasse pas la petite trentaine de copies ?

Sans réelle promotion, mais bien relayé par une critique plutôt unanimement enthousiaste, le « Bonheur d’Emma » avait tout de la curiosité à voir. D’autant, que pour l’essentiel, c’était un film des premières fois ou presque. En effet, le réalisateur Sven Taddicken n’avait auparavant signé qu’un long (« mon frère ce vampire » en 2001, passé inaperçu chez nous), et son interprète principale, Jördis Triebel, issue du théatre, faisait pour sa part ses premiers pas devant la caméra. Impressions.

 

L’histoire :

 

Emma est une fermière solitaire, endettée jusqu’au coup, menacée d’expulsion et d’expropriation, qui n’a pour seule compagnie que ses cochons, qu’elle couve affectueusement même lorsqu’elle les égorge. Max, morne employé dans une concession automobile, traverse la vie anonymement, jusqu’au jour où on lui apprend que ses douleurs au ventre sont en fait dues à un cancer incurable, ne lui laissant que quelques semaines à vivre. Dans un sursaut de folie, Max vole l’argent de son patron pour aller finir ses jours sous le soleil mexicain. Après une course poursuite automobile qui se finit accidentellement, Max se réveille dans le lit de Emma, qui l’a sorti de la voiture venue s’accidenter devant sa ferme, et qui a pris soin de le soigner et de le cacher. Commence alors une timide relation entre ces deux êtres perdus qui vivent en marge de la société.

 

« - Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu étais malade ?

   - Je le ferais la prochaine fois ! »

 

Adapté du roman de Claudia Shreiber, best-seller outre-Rhin, le risque d’un tel synopsis aurait été de sombrer dans une certaine forme de dramaturgie pénible et pleurnicharde, qui aurait été des plus mal venues. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que l’histoire, ainsi résumée, n’est pas forcément des plus gaies. Mais la force du film de Taddicken, c’est de proposer une autre vision des choses. Par un scénario intelligent et brillant, totalement décalé, il sait distiller un peu d’humour à chaque situation dramatique, histoire de la désamorcer. Et le résultat est plutôt probant, puisqu’il donne lieu à un film très original, et très décalé, rappelant un peu les univers de films germaniques et nordiques assez récents comme « Les bouchers verts » ou « Schultze gets the blues ».

Jour2fête

 

« Tu peux dégueuler sans t’excusez ? »

 

Par une mise en scène assez fluide à défaut d’être originale, et un choix assumé pour une certaine authenticité visuelle sans artifices, Taddicken arrive finalement à nos transporter dans sa petite bulle lumineuse et tendre. Pari relativement difficile compte tenu de l’aspect franchement triste de l’histoire et des décors à sa disposition (une vieille ferme délabrée et isolée dans une campagne paumée et pas très jolie). Car Taddicken cherche avant tout à rendre son film vivant, comme un pied de nez à la mort qui guète. Ainsi, il nous propose en permanence des scènes touchantes et émouvantes, dans le chemin que ces deux personnages devront faire pour s’apprivoiser. Encré dans une réalité sociale forte, ce film prend le parti pris de rejeter toute forme de misérabilisme et de sensiblerie facile : l’amour, la mort, les difficultés du quotidien, tout ici est traité et surmonté avec une certaine forme de légèreté,  de recul, et d’humour décalé. Ce qui confère finalement à l’ensemble un côté follement attachant, humain, et presque joyeux.

 

« J’ai fait un marché avec la mort : si elle me laisse faire l’amour encore une fois avec toi, alors elle pourra venir me prendre un peu plus tôt »

 

Si le niveau de l’interprétation est très bon, il est indispensable de souligner la performance parfaite de Jördis Triebel. Pour son premier grand rôle, cette actrice de théâtre crève parfaitement l’écran, en arrivant à trouver le ton parfaitement juste pour ce personnage si particulier, si rustique et terrien, et si fort en la fois. Ce rôle de femme tantôt terriblement rude et seule, et tantôt si sensuelle et charnelle, n’était pas si facile à appréhender. Et lui conférer une telle humanité, une telle luminosité et un côté si attachant tient donc de la partition parfaite. Son partenaire, Jurgen Vogel réalise également une jolie performance, qui reste malgré tout un peu en dessous de celle de Triebel. En tous cas, ils sont pour beaucoup dans la réussite de ce petit film.

 

Au final, cette adaptation d’un best-seller par Sven Taddicken figure comme une des bonnes surprises de cette année cinématographique 2007. Malgré un synopsis très lourd, il s’appuie sur un scénario bien écrit, où l’humour et le côté décalé des personnages prend toujours le dessus sur les situations les plus dramatiques, rejetant systématiquement le misérabilisme et le sentimentalisme guimauve et trop facile. Avec un ton particulier donc, il signe un film poétique et assez léger finalement, sorte d’ode à la vie et au petits bonheurs qui prennent le dessus sur tous les soucis de la vie quotidienne. On reprochera juste au film sa mise en scène un peu trop académique et quelques petites fautes de rythme. Mais on ne boude pas notre plaisir pour autant. Un conseil, allez le voir !!!



Par platinoch - Publié dans : Comédies romantiques
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Dimanche 17 juin 2007 7 17 /06 /Juin /2007 19:56

« -     C’est quoi trois fois rien ?

-         C’est mieux que rien du tout »

 

Il s’était fait quelque peu attendre le nouveau Tarantino. Il faut dire que depuis son diptyque « Kill Bill », dont les deux parties datent de 2003 et 2004, le petit génie du cinéma US avait quelque peu disparu de la circulation. Hormis une participation limitée à la réalisation du « Sin city » de Robert Rodriguez en 2005, l’homme avait semble-t-il disparu. Aussi, la sortie de ce « Boulevard de la mort » était-elle particulièrement attendue. Et pourtant, lancé par une critique mitigée, le film est sorti finalement presque dans l’indifférence générale. La faute peut-être à une période saturée en sorties de grosses machines hollywoodiennes, telles que « Shrek 3 », « Pirates des Caraïbes 3 », ou encore « Spider man 3 ». Quoi qu’il en soit, le film était forcément à voir impérativement. Bilan des courses.

« A Hollywood, si t’es assez fou pour te jeter du haut d’un escalier, il y a toujours un mec prêt à payer pour ça »

 

L’histoire :

 

Austin, Texas. Dans une ambiance vintage, on suit un groupe de filles. Plutôt mignonnes, délurées et sexy, elles traînent dans les bars, et allument un peu tout ce qui bouge. Un inconnu pour le moins énigmatique, Mike le cascadeur, figure également dans le bar et s’immisce au fur et à mesure dans ce groupe féminin. Les mettant en confiance et jouant leur jeu de provocation et de séduction, il passe une partie de la soirée en avec elles. On finit par découvrir qu’il s’agit en fait d’un assassin sadique qui finit par tuer tout ce petit groupe de filles au moyen d’un collision frontale automobile ultra-violente qu’il provoque volontairement. Seul rescapé et innocenté, on le redécouvre quelques mois plus tard dans le Tennessee prêt à recommencer son jeu sadique avec un autre groupe de jeunes, jolies et tout aussi délurées jeunes automobilistes…

Rosario Dawson, Tracie Thoms, Zoe Bell et Mary Elizabeth Winstead. TFM Distribution

 

« J’ai des promesses à tenir et des miles à parcourir avant de te laisser dormir, Butterfly »

 

La première chose à savoir sur ce film, c’est qu’il s’agit d’un hommage au « cinéma bis », celui projeté dans les « Grindhouse », où se suivaient deux films de catégories B, mêlant souvent horreur, épouvante et érotisme, les deux films étant séparés des bandes-annonces. Ce projet est donc découpé en deux parties, le premier film « Boulevard de la mort » (l’histoire d’un tueur en série qui opère en voiture) étant réalisé par Tarantino et le second « Planète terreur » (film de zombies) par son acolyte, Robert Rodriguez. A l’origine et en hommage à ce genre, le deux films devaient n’en former qu’un seul, puisqu’ils devaient s’enchaîner l’un après l’autre, tout juste séparés par des fausses bandes-annonces de genre. C’est d’ailleurs comme cela qu’il est sorti en Amérique du nord. En revanche, les producteurs et les distributeurs européens, jugeant le projet « inhabituel » pour le public local qui ne connaît pas ces « Grindhouse », ont décidé de couper l’ensemble en deux segments bien distincts, « Boulevard de la mort » précédant de deux mois la sortie de « Planète terreur ». Dans ces circonstances, la partie des fausses bandes-annonces, réalisés par des amis du tandem à l’origine du projet, comme Edgar Wright (« Shaun of the dead »), ou Eli Roth (« Hostel » ou « Cabin fever »), a donc été purement et simplement sacrifiée pour la sortie européenne.

Rose McGowan et Kurt Russell. TFM Distribution

 

« Il n’y a rien de plus attrayant que le côté meurtri d’un bel ange »

 

Du visionnage de ce film ressort plusieurs constatations. La première étant que Tarantino reste fidèle à ses principes cinématographiques. En rendant hommage au cinéma projeté dans les « Grindhouse », il nous montre une nouvelle facette de sa culture cinématographique, s’invitant dans un genre encore différent de ceux qu’il nous avait fait revisiter précédemment (comme le western spaghetti et le film de kung-fu dans le diptyque « Kill Bill »). Bien évidemment, ce genre a des liens évidents avec ce que nous avons pu voir par le passé dans les films de Tarantino : univers bien rétro et stylisé, violence volontairement excessive et caricaturale, personnages aux travers et aux fantasmes franchement sado-maso, filles ultra-sexy et provocantes…

Là encore, les dialogues ont une part essentielles, les banalités fusant à gros débits, jusqu’à noyer les spectateurs, et dont ressortent quelques phrases franchement décalées et dans l’esprit rock’n’roll.

Kurt Russell. TFM Distribution

 

Tarantino nous ressort également sa recette habituelle, en confiant le rôle masculin principal à une ancienne gloire déchue. Cette fois c’est le vieux briscard Kurt Russell qui s’y colle, visiblement avec un plaisir non dissimulé. Au volant d’un bolide des années 70, dont l’intérieur est transformé en une réelle voiture de cascadeur, le visage balafré, il paraît parfaitement à son aise dans la peau de ce tueur psychopathe. De même, Tarantino porte ici encore un soin particulier à l’esthétique de l’image, forçant le trait pour que celle-ci ressemble pleinement à celle des films de genre des années 70. L’image apparaît tantôt jaunie, tantôt noire et blanc, avec les impuretés sur l’image et les sauts de bobines qui permettent quelques jeux d’ellipses intéressants.

 

« Elle est à l’épreuve de la mort »

 

Comme dans la plupart de ses films précédents, ce « Boulevard de la mort » s’articule en deux parties bien distinctes, la première étant l’ascension du tueur qui réussit son coup, et la seconde étant sa chute, figurée par une course poursuite qu’il lance lui-même pour son plaisir sadique et qui va finalement se retourner contre lui. De ce film qui s’apparente des fois plus à un ovni qu’à un film de genre, ressort quand même quelques morceaux de bravoure, notamment la deuxième course poursuite, super impressionnante, du fait principalement de sa longueur et surtout de la présence de la cascadeuse Zoe Bell (doubleuse de Uma Thurman sur « Kill Bill ») qui se maintient comme elle peut sur le capot d’un bolide lancé à fond les manettes et percuté toutes les trois secondes par le bolide de Mike le cascadeur.

Kurt Russell. TFM Distribution

 

L’interprétation est aussi à la hauteur, que ce soit le revenant Kurt Russell, les jeunes et souvent inconnues actrices-bimbos de service (sortent particulièrement du lot Zoe Bell, Rosario Dawson, Vanessa Ferlito, et Sydney Tamiia Poitier), ou les guests tels que Tarantino himself, ou encore son pote réalisateur Eli Roth, tous sont au diapason, prenant visiblement beaucoup de plaisir à jouer dans ce film.

C’est d’ailleurs paradoxalement l’impression qui ressort de l’ensemble. Certes, il y a des scènes ultra-violentes et cruelles, mais le tout est fait avec suffisement de recul et de second degré, de volonté caricaturale, que le film prend au final un vrai parfum de comédie.

Mary Elizabeth Winstead. TFM Distribution

 

Au final, le nouvel ovni de Tarantino, « Boulevard de la mort », comporte tous les éléments qui ont fait le succès de ses films précédents : ambiance rétro, hommage à genre (en l’occurrence les films de série B), scénario grotesquement violent et ambiance funky, acteur principal gentiment has-been, et filles ultra provocantes. Le tout pour obtenir un résultat comme à l’accoutumée, c’est-à-dire un film hommage entre opéra gore et comédie culte. Reste qu’il n’apparaît pas comme le meilleur film du maître. Mais étant donné que le projet a du changer de forme pour sa sortie en Europe, on ne pourra pas juger de manière objective de la vraie valeur de ce projet. Ce qui ne retire en rien la qualité de celui-là, qui demeure un bon divertissement de cinéma pop corn.



Par platinoch - Publié dans : Films noirs/Policiers/Thrillers
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Samedi 16 juin 2007 6 16 /06 /Juin /2007 18:36

« J’ai pas autant chialer quand j’ai vu mon père claquer »

 

Puisque les premières semaines de l’été amènent toujours leurs lots de comédies pas toujours très inspirées, les sorties du mois de juin donnent souvent le ton de ce qui nous attend en juillet et août. Alors, quoi de neuf du côté de la comédie américaine ?

Pas grand chose de bien neuf à priori, si ce n’est le film « Bande de sauvages », annoncé à coups de critiques presses catastrophiques, malgré le réel succès du film outre-Atlantique. Il faut dire que son réalisateur, Walt Becker, n’est connu chez nous que pour le film « American party », énième teen comédie, qui n’a pas apporté grand chose depuis « American pie ». Vu sous cet angle, cette « Bande de sauvages » promettaient en effet le pire. Résultats des courses.

« C’est sûr votre job est pire que le mien »

 

L’histoire :

 

Côte Est. Quatre amis quinquas au train de vie aisé, se retrouvent à l’heure des bilans. Entre celui dont la femme part, celui qui n’a pas réussi à écrire son bouquin et qui doit reprendre son travail de plombier, celui qui rêvait d’aventures et qui doit se satisfaire de sa vie bien rangée, et le timide et maladroit de service qui a peur des femmes, nos quatre héros décident de s’octroyer quelques jours loin des familles pour traverser l’Amérique en moto, histoire de faire un peu le point. Mais à vouloir jouer les bickers, ils finissent par tomber sur une vraie bande de motards, façon ZZ top et franchement patibulaires, qui décident de leur pourrir leur séjour. Mais lorsqu’on décide de reprendre sa vie en main, on se doit d’affronter tous les problèmes, même si cela ressemble à une mission kamikaze…

John Travolta, Martin Lawrence, Tim Allen et William H. Macy. Buena Vista International

« Tu vas pas faire faillite. Tu as fait faillite »

 

Il y a des films pour lesquels on a l’impression que tout est dit dans le synopsis. Celui-ci en fait partie, tant l’histoire sent le déjà-vu à plein nez. Cette histoire de quinquas aux vies finalement très réussies (argent qui coule à flots, grosses maisons et voitures, femmes belles et plus jeunes, enfants avec des têtes d’affiches publicitaires, la vraie « American way of life » !) qui partent à l’aventure pour faire le bilan de leurs vies a inspiré un nombre incalculable de films. La référence du genre étant pour moi l’inégalable « La vie, l’amour, les vaches », porté par l’excellent Billy Crystal. Film qui a d’ailleurs du également inspiré le peu inspiré Walt Becker, dont la référence ultime semble être le très subversif « Easy riders », de Dennis Hopper, qui dans l’élan de 1968 offrait un appel à la liberté et critiquait une certaine Amérique en dressant le portrait d’une nation faite de préjugés et de puritanisme.

Martin Lawrence, Tim Allen, John Travolta et William H. Macy. Buena Vista International

 

« J’aurai voulu la faire rire, mais je connais que des blagues sur les noirs »

 

Hélas, si les références du film sont louables, elle sont passées à la moulinette du film grand public et familial. On s’étonne d’ailleurs presque que le film ne soit pas produit par Disney tant tout y est extrêmement gentillet. A ceci prêt que les gags, toujours éculés, et ras des pâquerettes, ne sont pas calibrés pour les jeunes enfants. Mais quand même, l’ami Becker a sorti l’artillerie lourde, sans se soucier des proportions et de la subtilité. Ainsi, on a droit à toute la gamme des mauvais gags, comme le caca d’oiseau qui retombe sur nos héros lorsqu’ils conduisent à moto, la famille qui pêche l’écrevisse en même temps que nos héros qui sont tous nus et qui prennent un bain sauvage, en passant par le tartinage de gros méchant biker à grand coup de ketchup. Vous avez dit marrant ?

John Travolta, William H. Macy et Tim Allen. Buena Vista International

 

Mais le pire reste encore à venir puisque le film nous distille tout du long et surtout à la fin, la sacro-sainte morale made in USA. Nos héros perdus dans  leur crise de remise en question doivent ainsi héroïquement assumé des responsabilités, redécouvrir les valeurs de l’amitié et l’importance de la famille. En outre, ils sauvent également une gentille communauté rurale d’une horde de motards violents et voleurs. Ça c’est du message, yeah !

William H. Macy. Buena Vista International

 

« Roulez à fond ou restez chez vous »

 

Plombé par son scénario franchement crétin, le film l’est également par une mise en scène jamais inventive ni dynamique. Becker ne se sert jamais non plus des fantastiques paysages grandioses qu’il avait pourtant sur toute la longueur de son itinéraire. Les acteurs ne sont pas au rendez-vous non  plus, la palme du plus mauvais comédien revenant même à Travolta, qui cabotine et cachetonne à mort. Ses excès en tout genre, dans ses mimiques et dans ses rires forcés sonnent toujours très faux. Et il nous impose une fois de plus son numéro de danse. A ses côtés, Ray Liotta, Martin Lawrence et Tim Allen surjouent en permanence, la faute entre autre à des personnages ultra caricaturaux. Reste William H. Macy, dont le jeu toujours juste sauve les meubles in extremis.

Martin Lawrence, Kevin Durand et M.C. Gainey. Buena Vista International

 

Comédie familiale sur la remise en question de sa vie à la cinquantaine, cette « Bande de sauvages » avait tout pour promettre une bonne comédie et un bon divertissement. Mais voilà, quand on a un scénariste qui écrit avec ses pieds, des gags éculés, des situations comiques navrantes, un réalisateur aussi subtil qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine, des acteurs qui cachetonnent, et une morale bien lisse pour pétrir l’ensemble, on obtient une comédie jamais marrante, souvent navrante, qui ne décolle jamais de la chaussée. Un conseil, taillez la route !!!



Par platinoch - Publié dans : Comédies
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /Juin /2007 16:38

« Dieu t’as mise sur mon chemin, je vais te sauver de ta débauche »

 

Dans la série des ovnis cinématographiques sortis sur nos écrans ces derniers mois, je vous présente le dernier venu, « Black snake moan ». Réalisé par Craig Brewer, dont c’est la deuxième réalisation après le déjà musical « Hustle & Flow » (Oscar de la meilleur chanson en 2006), ce film impose de nouveau sa marque de fabrique, avec une action située dans le vieux sud américain et une place importante laissée à la musique, en l’occurrence ici le blues. D’ailleurs, le titre du film fait référence à un morceau de Blind Lemon Jefferson. Pur produit du cinéma indépendant américain, ce film est d’ailleurs en soit une forme de vibrant hommage à la musique blues. Annoncé comme un projet indépendant et subversif, nul doute que je devais aller le voir. Impressions.

 

« Le meilleur remède contre le cafard, c’est encore une bonne chatte ! »

 

L’histoire :

 

Quelque part dans le Tennessee profond, deux destins que tout oppose. D’un côté, il y a elle, Rae, jeune femme perdue et déboussolée, dont le petit ami part à la guerre. Nymphomane et à moitié droguée, complètement à côté de ses pompes, elle a la méchante réputation d’être une fille plus que facile, ayant offert ses charmes à la plupart des mâles du coin. De l’autre côté, il y a Lazarus, la bonne cinquantaine, vieux joueur de blues, qui vit de sa petite exploitation agricole, et qui vient de se faire larguer par sa femme. Visiblement anéanti par ce coup du sort, il semble n’avoir plus goût à rien et vit de plus en plus reclus. Mais voilà, un soir, Rae fait une mauvaise rencontre, et elle est laissée pour morte sur le bas côté de la route. Jusqu’à ce que Lazarus ne la trouve et décide de s’occuper d’elle.

 

« Sirop pour la toux ou boite de capotes ? »

 

Il faut tout d’abord se méfier des apparences. Le film pourrait paraître super trash, de par son synopsis, son affiche, naviguant entre une poupée nymphomane qui écarte les jambes à tout bout de champ d’un côté, et un vieil acariâtre aigri et moralisateur de l’autre, les deux étant relier par une chaîne qui laissait présager la pire des relations dominant/dominé ou SM imaginable. Mais voilà, Brewer n’est pas un cinéaste comme les autres, et l’intérêt de son film réside dans le fait qu’il fait croire à ses spectateurs en permanence qu’il prend une direction scénaristique pour mieux l’abandonner le quart d’heure suivant. Du coup, on passe par toute une série de scènes des plus dérangeantes les unes que les autres, comme celle où Rae se retrouve enchaînée et à huis-clos à moitié nue, sans connaître les intentions de son geôlier, ou encore une autre où Lazarus semble s’apprêter à lui faire la morale à grands coups de Bible. Sans oublier la scène où Timberlake s’introduit chez Lazarus armé de son revolver. Dans tous les cas, ces scènes n’aboutissent jamais (et tant mieux pour nous !) là où on pourrait le croire.

 

Car ce film ne se veut absolument pas moralisateur. Et c’est la première de ses vertus. Ce film est avant tout une sorte d’hommage au Blues, et n’est d’ailleurs finalement ni plus ni moins qu’une chanson de Blues filmée. Car à travers ces personnages, c’est toute une forme de mélancolie mêlée de rage qui ressort, exactement comme dans la musique Blues. Le Blues apparaît d’ailleurs comme une sorte de thérapie, pour exprimer ses maux, et pour guérir l’âme. Elle sert à rassurer, à apaiser, à libérer sa colère, mais aussi à oublier ses soucis et à exprimer sa sensualité, comme le montre cette scène de concert dans le bar. Car à défaut de guérir totalement nos deux héros, le Blues leur permet malgré tout de trouver un certain apaisement nécessaire pour leur permettre d’avancer. Comme si le Blues exorcisait contre le mauvais œil, le serpent noir qui était en possession de nos héros. Il y a là-dedans comme une recherche de rédemption par la musique.

 

Le film surprend par le traitement de la relation naissante entre ces deux héros qui n’auraient jamais du se croiser, et encore moins se comprendre. La présence de cette chaîne, qui paraît tellement excessive et humiliante, laissait présager du pire, entre jeux malsains, domination, sado-masochisme, ou encore plus simplement le souvenir de l’avilissement d’une partie de cette population du Vieux sud à une époque pas si éloignée, alors que se présence ne sert qu’à tisser un lien physique entre les deux héros, leur permettant petit à petit de se comprendre. Il y a d’ailleurs un petit quelque chose de Tarantino dans ces images fortes, décalées, et dans l’humour totalement improbable qui resurgit de temps en temps de ces situations. Le film adopte également le rythme de la musique, l’histoire s’égrenant sur un rythme lancinant et parfois électrique.

 

« Tu n’as droit qu’à une seule vie, tu dois la vivre comme tu l’entends »

 

Au-delà de cette belle histoire humaniste, et de cet amour pour la musique, ce « Black snake moan » s’impose également en film subversif, tant la critique de la société y est présente. Entre l’Amérique profonde, délaissée et pouilleuse, une société formatée laissant de côté les plus fragiles et les plus inadaptés à se fondre dans le moule, et cette sacro-sainte morale hypocrite qui pousse les gens à juger plus qu’à comprendre ou à aider, c’est un portrait au vitriol de la société américaine qui nous est proposé. A ce titre, le doigt d’honneur tendu par Rae à ce tracteur à qui elle bloque la route étroite est plus que symbolique.

 

Si le film est réussit, c’est aussi parce qu’il s’appuie sur des acteurs dont la performance reste de haut vol. Samuel L. Jackson retrouve enfin un rôle digne de son rang, où son physique et sa cool attitude lui permettent à merveille de jouer avec subtilité sur toute la gamme des émotions du Blues. Quant à Christina Ricci, c’est probablement la révélation de ce film. On la savait talentueuse, mais là elle crève l’écran dans ce rôle de petite poupée trashy, cassée, nymphette en culotte possédée par ses propres démons. Dans ce rôle pourtant difficile elle laisse passer une grande sensualité, ainsi qu’un formidable mélange de fragilité et de force.

 

Si le rythme un peu lent plombe parfois un peu l’ensemble, le nouveau film de Craig Brewer n’en demeure pas moins une réussite. Avec un sujet aussi ingrat, propre à faire hurler, en vrac, les plus moralistes, les plus pieux, ainsi que les militants du droit des femmes qui à mon avis n’aimeront pas le coup de l’héroïne enchaînée, il arrive cependant à faire un film d’une humanité rare, sur la rédemption et l’acceptation de soi et de l’autre. Sorte de pavé jeté dans la marre, il lance également à la face de l’Amérique un portrait peu flatteur d’une société hypocrite et violente. Enfin, il réalise un formidable hommage à une culture, à une musique, le Blues. A défaut d’être un réel chef d’œuvre, Brewer signe là un très bon film, original, atypique, une vraie curiosité à voir sans hésiter.



Par platinoch - Publié dans : Films musicaux
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /Juin /2007 02:15

C’est avec un peu de retard que je me décide à rendre hommage à Jean-Pierre Cassel, qui nous a quitté le 19 avril dernier à 74 ans. Il faut dire qu’écrire une sorte de nécrologie cinématographique n’a rien de l’exercice particulièrement excitant, surtout lorsqu’il s’agit d’un comédien qu’on estime beaucoup. Et justement, Jean-Pierre Cassel faisait parti de ces comédiens pour qui j’avais le plus grand respect et une certaine forme d’admiration.

 

Né Jean-Pierre Crochon, le 27 octobre 1932 à Paris, il était père des comédiens Vincent et Cécile Cassel.

Touche à tout, tantôt chanteur, danseur, faisant un numéro de claquette, acteur, l’homme avait plus d’une corde à son arc. Et mine de rien, l’homme de cinéma aura su surprendre. Avec un physique particulier, jeune premier racé, il aura su imposer l’image d’une certaine élégance. 

Sa filmographie est d’ailleurs des plus impressionnante, tant l’homme a été sollicité par les plus grands, de Autant-Lara (« En cas de malheur » en 1958) à Renoir (« Le caporal épinglé » en 1961), de René Clément (« Paris brûle-t-il ? » en 1966) à Abel Gance (« Cyrano et D’Artagnan » en 1964), en passant par Michel Deville (« L’ours et la poupée » en 1970, avec Brigitte Bardot), Melville (« L’armée des ombres »), et Bunuel (« Le charme discret de la bourgeoisie », en 1972). Et puis il y a aussi les fidèles, comme De Broca (« Chouans ! », « le Farceur »), ou Chabrol (« La rupture », « L’enfer »).

Son élégance lui a permis aussi de jouer quelques rôles pour de grands cinéastes étrangers, comme Altman et son « Prêt-à-porter », ou Attenborough (« Ah Dieu que la guerre est jolie »), Lumlet (« Le crime de l’Orient Express »), ou encore Losey (« La truite »).

 

Depuis la fin des années 90, il jouait avec beaucoup de fierté pour la nouvelle et jeune génération de réalisateurs, qui voyait en lui une sorte de modèle. On retiendra ses prestations dans « Les rivières pourpres », « Narco », « Michel Vaillant », « Congorama », « Fair play », « Contre-enquête » ou encore l’excellent « Virgil ».

Il sera également à l’affiche de quelques films dans les mois à venir (entre autres de « Astérix aux jeux olympiques » et « J’aurais voulu être un danseur »), signe d’un dynamisme professionnel qu’il aura eu jusqu’au bout.

 

Une carrière bien remplie, sous la direction aussi bien des plus grands que des plus prometteurs, passant du drame à la légèreté avec une facilité et une crédibilité inouïe, il laissera l’image d’un grand acteur. Son talent et sa classe nous manque déjà.



Par platinoch - Publié dans : Hommage
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /Juin /2007 01:22

« Les flics ne parlent pas de ce qu’ils voient, ils accusent le coup »

 

Décidément, le retour au polar des années 40 et aux films noirs semble être en vogue depuis une décennie. Entre les adaptations de Ellroy, « L.A. Confidential » ou plus récemment « Le Dahlia noir », et les projets plus atypiques, comme « Truman Capote », « Hollywoodland » ou « The good german », Hollywood semble avoir un goût prononcé pour les reconstitutions de l’Amérique d’après-guerre, celle de l’opulence, mais aussi des crimes les plus sadiques et les plus fous.

Peut-être faut-il y voir également une forme d’hommage à une époque qui a donné ses lettres de noblesse au genre du film noir, avec des chefs d’œuvres comme «Quand la ville dort », ou bien évidemment la série des Humphrey Bogart (« Le faucon maltais », « Le port de l’angoisse »). Toujours est-il qu’étant amateur de ce genre de films, ma curiosité était donc aiguisée. Et même si le casting me semblait augurer du film de série B, j’avais envie de me faire une idée par moi-même. Voici le résultat.

 

« Le début de leur rencontre marqua le début de la fin pour de nombreuses personnes »

 

L’histoire :

 

Etats-Unis, fin des années 40. Dans l’immédiat après-guerre, un homme, Ray, a élaboré une combine pour rencontrer par le biais de petites annonces de rencontres amoureuses, des femmes qu’il pourra dépouiller. De femmes d’âges mûres en veuves de guerre, il finit par tomber sous le charme vénéneux de Martha Beck, qui se révèle aussi barrée que lui. Entre folie destructrice et meurtrière, cupidité toujours plus grande, et jeu de jalousie, le couple monte un scénario qui se répète et fonctionne inlassablement : Ray séduit des femmes par petites annonces, vit une romance avec, et une fois avoir fait main basse sur l’argent, Martha les tue. L’inspecteur Robinson, inconsolable depuis le suicide de sa femme, se voit attribuer l’enquête sur un suicide féminin semblable à celui de sa femme. Il prend tout de suite cette affaire très à cœur et découvre des liens avec d’autres affaires semblables. Commence pour lui une course contre la montre pour stopper cette hécatombe.

 

« Montre à Martha que tu l’aimes »

 

Avant de critiquer à proprement parler le film, il faut préciser qu’il s’agit apparemment du premier long de Todd Robinson, qui s’était déjà fait remarquer comme scénariste pour la télé et le cinéma. Pour un premier long, il s’appuie sur un casting assez impressionnant bien qu’hétéroclite : John Travolta, Salma Hayek, Jared Leto, James Gandolfini (de la série « Les Sopranos ») et Scott Caan. Comme l’indique l’affiche et la bande-annonce, ce film est « inspiré d’une histoire vraie ». En effet, cette histoire de couple meurtriers est à l’origine d’un des faits divers macabres les plus connus en Amérique et a déjà donné lui à plusieurs films et téléfilms, dont le fameux « Les tueurs de la lune de miel » de Leonard Kastel, daté de 1970.

Scott Caan, James Gandolfini et John Travolta. Metropolitan FilmExport

 

« Il va finir par laisser tomber cette fille, et ça va devenir un enfer »

 

Ce qui frappe dès les premières minutes du film, c’est l’ambiance visuelle de ce « Cœurs perdus ». Les films récents traitant aussi de crimes et surtout de la même époque avaient chacun su à leur manière rendre un visuel très particulier : climat austère et image sombre pour « Truman Capote », couleurs imitation technicolor pour « L.A. Confidential » et « Le dahlia noir », ou encore noir et blanc particulièrement léché pour « The good german ». Ici, au contraire, c’est l’absence de personnalité visuelle qui dérange. Les décors et les costumes sont bien dans l’époque, mais l’image reste lisse, comme un bon film hollywoodien bien formaté. Entre les couleurs criardes, loin du technicolor, et cette absence de désuétude visuelle (la faute à un soucis du détail trop scolaire : pour le réalisateur, les années 40 se réduisent à une certaine forme de voitures, et à des costumes sombres avec le chapeau assorti), à aucun moment le spectateur ne peut  réellement rentrer dans ce film, dont l’atmosphère se devait d’être plus obsolète, plus idéalisée, plus stylisée.

 

Le second ratage du réalisateur tient dans son scénario. Tout d’abord, il plonge à pieds joints dans le piège du personnage du flic cabossé, déjà vu des centaines de fois. Ce personnage est d’ailleurs à l’image des autres, c’est-à-dire ultra-caricatural. On échappe pas ainsi au jeune flic un peu chien fou et au sang chaud qui sera finalement pris sous la coupe des deux vieux briscards à l’apparence rugueuse mais finalement aux grands cœurs, ni au héros, flic sur le retour traumatisé par un drame personnel, qui prend l’affaire à cœur et qui ne vit plus que pour elle. Entre ses problèmes de communications (il intériorise tout, il souffre en silence, comme toujours les flics de séries B), et son côté père courage, il apparaît très vite comme une vraie tête à claques. De même, les transformations physiques qu’on a fait subir à Jared Leto sont assez stéréotypées : zazou le jour en sosie maigrelet d’Errol Flynn, et crapule de bas étage à la calvitie artificielle lorsqu’il fait tomber la moumoute, son look n’est qu’à demi convaincant, tant il est loin des canons de l’époque, ultra viriles et robustes.

 

Outre les personnages stéréotypés, Todd Robinson se perd dans cet effet psychologique du plus mauvais effet qui tend à faire un parallèle entre cette histoire de meurtres de femmes qu’on fait passer pour des suicides et la vie privée du flic héros qui voit dans cette enquête un écho à sa propre histoire puisque sa femme s’est suicidée. Du coup, la limite est ténue entre l’enquête elle-même et la recherche plus profonde et personnelle de l’inspecteur.

Avec un scénario sentant autant le déjà-vu, et tenu par des ficelles aussi épaisses, il aurait fallu avoir un talent de réalisateur que manifestement l’ami Robinson n’a pas. Ses deux histoires créent un déséquilibre dans le film, l’une empiétant sur l’autre, sans qu’aucune des deux ne soient traitée de manière aboutie et satisfaisante.

John Travolta, James Gandolfini et Scott Caan. Metropolitan FilmExport

 

« Il me reste que le travail, faut que j’avance, j’ai pas le choix »

 

Filmé sans aucune originalité, ce film se distingue aussi par une direction d’acteurs rarement à la hauteur. Travolta en fait des tonnes dans un personnage déjà ultra stéréotypé, et ne fait jamais preuve de sensibilité ni de subtilité pour le faire exister vraiment. Jared Leto se contente lui de capitaliser sur sa belle gueule, simulant aussi mal la folie meurtrière que l’orgasme. Seuls Salma Hayek, en beauté froide, machiavélique et cruelle, et surtout James Gandolfini, dans un rôle cynique appréhendé avec pas mal de recul, s’en sortent honorablement.

 

Pour conclure, « Cœurs perdus » n’est pas un bon film. Bien évidemment, il se laisse regarder (sans réelle passion cependant) jusqu’au bout, mais Robinson, pour son premier film n’a su éviter aucun piège du genre, entre une image trop lisse, des personnages stéréotypés et des effets scénaristiques lourdingues, son film ne parvient jamais à s’élever à convaincre totalement. Avec un tel casting et de tels moyens, on peut dire que c’est un gâchis.



Par platinoch - Publié dans : Films noirs/Policiers/Thrillers
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Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /Juin /2007 17:15

« Pedro l’enfant tapir, c’était moi. Les gens me jetaient des espadrilles »

 

Je crois qu’à la lecture de ce site, ma réputation est faite… Oui, j’assume ! J’aime l’humour de Kad et Olivier !!!

Aussi, après avoir parlé de leur excellent « Ticket pour l’espace », je me devais de parler de leur premier long, « Qui a tué Pamela Rose ? ».

 

Ce film, sorti sur les écrans en 2003, est réalisé par Eric Lartiguau (« Un ticket pour l’espace », « Prête-moi ta main »), dont il s’agit de la première réalisation. Inspiré d’une série de sketches homonymes de Kad et Olivier, du temps où ils officiaient dans la « Grosse Emission » de la chaîne Comédie !, ce film offre une version longue de cette série de sketches à succès. Scénarisé par le trio, le film a pour but de faire un pastiche des films policiers américains avec tous les éléments visuels et scénaristiques de ceux-ci, mais tourné uniquement en France.

Gaumont Buena Vista International (GBVI)

 

« Le suspect est atteint de mal au cucul »

 

L’histoire :

 

FBI. Bullit est un agent de terrain réputé, mais qui sort d’une enquête raté sur des narcotrafiquants, qui a laissé son collègue dans un coma profond. Riper est un des professeurs les plus reconnus de l’école du FBI, mais il souhaite désormais se consacrer au terrain, domaine où il n’a que très peu d’expérience. Si les deux agents se méprisent mutuellement, une enquête sur un meurtre de femme à Bornsville, dans l’Amérique profonde, va obliger nos deux héros à faire équipe. L’aventure commence.

Kad, Olivier et Jean-Paul Rouve. Gaumont Buena Vista International (GBVI)

 

« Ça sent le taureau ici !!! »

 

Ce qui frappe en premier lieu dans ce film, c’est l’incroyable reconstitution d’un univers visuel qu’on imagine être l’Amérique profonde et rurale. Petite ville, grande route peuplée de camion énorme au design nord-américain (façon route 66), noms des personnages, des lieux, motels, uniformes, tout est fait pour imprégner le film d’une ambiance finalement assez réaliste bien que caricaturale. Dans cet univers si ressemblant, Kad et Olivier, nos deux troublions, proposent un film caricatural en forme d’hommage à des références évidentes. Ainsi, de « Bullit » qui donne son nom au personnage de Kad, à « Starsky et Hutch » en passant par les séries du type « Colombo », ou encore les succès cinématographiques tels que « Seven », c’est toute la culture du polar américain qui est ici mise à mal. Car bien évidemment nos héros ne sont pas ce que l’on peut appeler des « lumières ».

Kad et Olivier. Gaumont Buena Vista International (GBVI)

 

«          - Vous êtes très belle du visage

            -  J’aimerais tellement pouvoir vous dire la même chose »

 

Pour un premier film, Lartiguau impose un bon rythme de comédie, sans temps morts et laissant une belle place malgré tout au développement de l’histoire, prétexte à toutes sortes de gags stupides et donc souvent drôles.

L’humour développé ici est à ce titre du même niveau que celui qu’on aimait tant dans les sketches de notre duo préféré. C’est à dire bien ras des pâquerettes, bien crétin, souvent absurde, mais jamais vulgaire. En outre, les personnages sont toujours très décalés, notamment Phil Cannon, l’animateur de la radio local, cheveux long et santiags, formidablement interprété par Gérard Darmon. Quant à Jean-Paul Rouve, il est phénoménal en policier a tendance homosexuelle, au look digne des Village People. Et l’ensemble du film nous prouve une fois de plus le goût prononcé de Kad et Olivier pour les déguisements, surtout si ceux-ci sont bien excessifs !

Olivier. Gaumont Buena Vista International (GBVI)

 

« Après 20 ans de mariage, ma femme est partie avec son dentiste. J’y pense à chaque fois que je me brosse les dents. Une fois par mois »

 

Même si tous les gags ne font pas mouche systématiquement et si l’humour très décalé et absurde n’est pas accessible à tous, la première comédie portée à l’écran écrite et interprétée par Kad et Olivier reste quand même une réussite. Ils ont su aller au bout de leurs envies, de leur délire, et ce pour le plus grands plaisirs de nos zygomatiques. Dans cette entreprise farfelue, ils ont notamment été soutenus par tout un tas de guest stars qui font une apparition (François Cluzet, Marina Foïs, Virginie Ledoyen, ou encore Alain Chabat, excellent en chanteur country). Ces apparitions ne font que souligner le très bon niveau général d’interprétation.

Jean-Paul Rouve et Olivier. Gaumont Buena Vista International (GBVI)

 

« Ribisi, ton père serait fier de toi »

 

Pour un premier projet cinématographique et une première réalisation, on peut dire que l’essai est largement transformé. Sans temps mort, et sans jamais être infidèles à leur humour, Kad et Olivier nous convient dans leur délire décalé et absurde, à la fois parodie et hommage à un genre. Et l’idée de reconstituer une ambiance et un univers nord-américain profond en France reste une idée excellente, et là aussi le résultat est sans appel. Les Monthy Pythons ont semblent-ils trouvé leurs fils spirituels en France. Tant mieux pour nous !



Par platinoch - Publié dans : Comédies
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Vendredi 8 juin 2007 5 08 /06 /Juin /2007 21:54

« Nous avons vécu une liaison singulière, en dix ans, nous nous sommes plus haïs qu’aimés »

 

Il était étonnant de retrouver Catherine Breillat en compétition officielle au Festival de Cannes. En effet, ses derniers films étaient tellement provocateurs et sulfureux, souvent avec des scènes de sexe non censurées, et un univers pas toujours facilement accessible pour ses spectateurs, qu’on imaginait mal comment un film dans la lignée de « Romance X », « Anatomie de l’enfer » ou « Sex is comedy » aurait pu être accueilli sur la Croisette.

C’était sans compter sur une sorte d’assagissement de notre Breillat nationale. En choisissant pour sujet l’adaptation du roman de Barbey D’Aurévilly, traitant notamment de passion et de libertinage, Breillat réalise un film en costumes d’époque, une première pour elle. Et l’adaptation de cette histoire, qui n’est pas sans rappeler (en moins forte ceci dit) « Les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos, est probablement aussi son film le plus accessible à ce jour. Impressions.

 

L’Histoire :

 

Dans le Paris de 1835, une marquise du plus haut rang décide de marier sa petite-fille à un jeune noble, Ryno de Marigny, dont il est de notoriété publique qu’il est désargenté, joueur, et surtout libertin. Mais ce que les gens ignorent, c’est qu’il entretien une relation passionnelle depuis dix ans avec une courtisane dont les mœurs sont de réputation tout aussi scandaleuses. A la demande de celle-ci qui lui demande la plus grande honnêteté, il décide de raconter l’histoire de cette passion à la marquise de Flers avant de prendre sa petite-fille pour épouse.

 

« Si vous n’étiez pas déjà mariée, je vous demanderai de m’épouser sur le champ »

 

Le film surprend tout d’abord par sa forme très « littéraire » : là où « Les liaisons dangereuses » de Frears surprenaient par cette légèreté et ce rythme sans réels temps morts dans le récit pourtant tout aussi « littéraire », Bréillat choisit une mise en scène assez conventionnelle, sans franchement d’actions, et très bavarde. C’est un choix délibéré et discutable, mais qui donne au film une identité propre, très lente, et finalement assez froide, compte tenu du sujet, la passion amoureuse.

 

Car au-delà du libertinage, c’est d’une véritable passion dont il est question ici. Passion tumultueuse et destructrice, à laquelle le héros tente en vain de faire tout ce qu’il peut pour s’en échapper.  Car cette passion, c’est avant tout la collision entre Vellini et Ryno, deux tempéraments bien trempés, deux libertins assumés, et deux dominateurs en puissance. Et à ce jeu-là, chacun prend un plaisir fou à soumettre et torturer l’autre pour finalement ne pas pouvoir se passer de lui, et lui revenir toujours. En choisissant de longs monologues et de longs flash-backs pour nous décrire cette liaison si particulière, Bréillat dissèque lentement cet amour, du long jeu de séduction et de conquête, jusqu’à ce jeu d’autodestruction, emportant avec lui tout ceux qui l’entourent.

 

« Ce n’était pas de l’amour mais une furie sans fin »

 

Loin des sujets plus provocateurs, plus crus, Catherine Breillat révèle ici une certaine forme de romantisme. C’est d’ailleurs l’aspect le plus étonnant de son nouveau film. Certes, certaines scènes paraissent un peu provocantes et rappellent le passé de la réalisatrice (on pense notamment à cette scène où les deux amants font l’amour dans le désert devant le brasier sur lequel brûle le corps de leur petite fille décédée accidentellement.), mais dans l’ensemble, on (re)découvre le cinéma de Catherine Bréillat. Car là où l’aspect sentimental était souvent happé par les aspects plus crus, dirons-nous, dans ses films précédents, elle nous livre ici une histoire brûlante, assez bouleversante, d’une passion d’une intensité destructrice incroyable. Changement de sujet donc, mais aussi de genre, pour un ensemble qui au final réussit plutôt bien à sa réalisatrice.

Car si le film est lent, et souvent assez bavard, les mots sonnent toujours justes et font ressortir des sentiments assez profonds qui animent parfaitement des personnages parfaitement développés.

Bien évidemment, comme toujours chez Bréillat, le film reste très charnel, mais cette fois l'amour y est beaucoup plus voluptueux que cru.

 

« On ne trompe pas quelqu’un que l’on aime avec quelqu’un que l’on n’aime plus »

 

Si Bréillat transforme plutôt bien son essai, elle le doit non seulement à sa réalisation très personnelle, mais également à des comédiens très convaincants. Le jeune Fuad’Ait  Aattou, inconnu au bataillon, dont c’est ici la première expérience cinématographique, vampe totalement la caméra. Sa beauté particulière, son timbre de voix et son jeu très subtil, irradie le film de bout en bout. Mais malgré cela, c’est sa partenaire, la ténébreuse italienne Asia Argento qui fascine totalement. Parfaite dans ce rôle de courtisane au sang chaud et passionnée, elle habite superbement ce rôle de femme à la fois forte et soumise, et par ses excès compose un personnage parfaitement en décalage, souvent à la limite de la vulgarité, qui colle parfaitement à cette histoire. Dans ce trio amoureux, c’est probablement la jeune Roxanne Mesquida qui brille le moins, la faute sans doute à jeu un peu fade. Claude Sarraute, pour son premier rôle est également très convaincante en grand-mère finalement assez ouverte sur les mœurs de son temps. Reste le tandem Yolande Moreau/Michel Lonsdale, très savoureux, tout en cynisme et en bons mots.

Notons également la présence dans des petits rôles, souvent de simples apparitions, de toutes les actrices qui ont brillé à l’affiche des précédents films de Catherine Bréillat, comme Anne Parillaud (« Sex is comedy »), Amira Casar (« Anatomie de l’enfer »), ou encore Caroline Ducey (« Romance X »).

 

Pour conclure, Bréillat surprend avec un film en costume, romantique et littéraire, un genre assez inhabituel pour elle. Le film, loin des effets de provocations auxquels sa réalisatrice nous a habitué, propose une magnifique histoire de passion amoureuse. Servi par des interprétations de très bonne qualité, Bréillat nous propose un film déroutant par sa forme très lente et très bavarde, mais qui, pour peut qu’on y adhère, se révèle parfaitement envoûtante. De loin son meilleur film.



Par platinoch - Publié dans : Drames
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