Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 20:16

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/00/02/52/17/inspecteur.jpg« Ma chère sœur, le veuvage te vas à merveille : tu n’as jamais été aussi jeune et belle ! »


Le repas familial d'un écrivain catholique, Raoul Mons, est interrompu par une délégation de la ville qui veut faire interdire une pièce de théâtre blasphématoire. Il promet de s'en occuper. La pièce n'aura pas lieu.

Peu de temps après, Raoul Mons est retrouvé mort, nu, sur la plage. L'Inspecteur Lavardin est appelé sur les lieux. Il va enquêter. Très vite, il découvre que la veuve de la victime n’est autre que son amour de jeunesse…


« Ses pinards sont bien meilleurs que ses bouquins ! »


http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/98/46/18816420.jpgDe la longue et prolifique carrière de Claude Chabrol, on retiendra trois choses : son humour mordant, son goût pour les intrigues policières bien ficelées et sa façon corrosive de brocarder les travers et les mœurs de la bourgeoisie de province. Enchainant ainsi les succès durant les années 60 et 70, le réalisateur a plus de mal à se renouveler durant les années 80, qui ne seront pas ses années les plus fastes. Toutefois, après le succès relatif des « Fantômes du chapelier », Chabrol se lance dans une nouvelle aventure en créant le personnage de l’inspecteur Jean Lavardin. Ecrit sur mesure pour Jean Poiret, ce personnage de vieux briscard fort en gueule et de fin limier au flair imparable semble tout droit sorti d’une certaine littérature policière populaire un peu datée, rappelant par exemple les romans de Charles Exbrayat. Intronisé en 1985 par « Poulet au vinaigre », le personnage sera appelé dès l’année suivante pour une nouvelle aventure : « Inspecteur Lavardin ». Avant de se voir consacrer une mini série de quatre épisodes pour la télévision, « Les dossiers secrets de l’inspecteur Lavardin », toujours interprétée par Jean Poiret et mise en scène par Claude Chabrol et Christian de Chalonge.


« Je ne veux pas être vulgaire, mais votre studio ressemble plus à un bordel qu’à une tasse à café ! »


http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/98/46/18816422.jpgOn l’avait laissé du côté de la Haute-Normandie (« Poulet au vinaigre »). C’est cette fois en Bretagne, du côté de Dinan, qu’on retrouve l’inspecteur pour sa seconde aventure cinématographique. Contrairement au premier épisode, dans lequel il n’apparaissait qu’au bout de trois quart d’heure, il apparait cette fois en moins de dix minutes. Toujours avec son incomparable verve et ses mauvaises manières, mais flanqué cette fois d’un adjoint un peu trop mou qu’il se plait à appeler Watson. Si Chabrol poursuit avec Lavardin son exploration des mœurs de la bourgeoisie et des notables de province (avec cette fois un écrivain catholique intégriste rattrapé par son gout pour les jeunes filles), la grande nouveauté de cet épisode, c’est que l’inspecteur enquête en terrain familier puisque la veuve de la victime n’est autre que son ancien amour de jeunesse. Un peu datée, l’enquête ne brille pas nécessairement par son machiavélisme ni par sa logique. Toutefois, le film rayonne par ses dialogues bien ciselés et ses échanges souvent savoureux. En la matière, il bénéficie d’acteurs impeccables (Jean Poiret en tête, mais aussi Jean-Claude Brialy, toujours génial en cabotin, ou encore Jean-Luc Bideau), qui donnent lieu à très bons face-à-face. Empruntant dans la forme quelques « trucs » à Hitchcock (la thématique des yeux en verre), Chabrol livre une réalisation très maitrisée. Si on aime toujours autant le côté fouineur de Lavardin ainsi que sa conception de la morale (il n’arrête pas la véritable criminelle mais l’insupportable mafieux local), on regrettera cependant que l’enquête ne soit pas plus limpide (quel intérêt les rencontres impromptues de l’adolescente avec son père que l’on croyait disparu ?) et que le personnage de Bernadette Lafont ait été un peu sacrifié. En-deçà du premier volet, cet « Inspecteur Lavardin », s’il a vieilli, se révèle tout de même un agréable polar à l’ancienne. A voir, donc, notamment pour la composition de l’immense Jean Poiret.

 http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/98/46/18816423.jpg   http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/98/46/18816424.jpg

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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 20:55

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/31/66/19802301.jpg« Il y a des maladies, certains y survivent, d’autres en meurent… On ne sait pas toujours »


Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe… Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on "cache la vérité" à la population…


« Un virus est trop petit pour être perçu par une caméra »


http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/31/66/19796379.jpgLa fiction se nourrit bien souvent de la réalité. La multiplication ces dernières années des psychoses pandémiques (SRAS, H5N1, H1N1) ont ainsi donné des idées aux cinéastes, toujours prompts à nous imaginer des scénarios catastrophes de fin du monde et d’apocalypse bactériologique. Qu’ils soient spectaculaires (« Je suis une légende »), réalistes (« 28 jours plus tard »), philosophiques (« La route ») ou simplement fun (« Bienvenue à Zombieland »), les films de genre se sont ainsi multipliés sur nos écrans ces dernières années. Au tour donc du prolifique Steven Soderbergh de s’y coller, après avoir eu l’idée de ce film durant un voyage en avion. Enchaînant tour à tour les petits projets expérimentaux (« Girlfriend experience », « Bubble », « Full frontal », « The informant ! ») et les blockbusters (la saga des « Ocean’s », « Solaris »), ce « Contagion », doté d’un confortable budget (60 millions de dollars) et d’un gros casting, lui permet de faire son retour dans le monde de l’entertainment.


« Pour être malade, il faut avoir été en contact avec la maladie. Pour avoir peur, il suffit d’avoir été en contact avec la rumeur »


http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/31/66/19807614.jpgCe qui frappe en premier dans « Contagion », c’est sa froideur quasi chirurgicale et son économie d’effets qui le distingue des autres films du genre, souvent plus volontiers tape-à-l’œil et mélodramatiques. Nous rappelant ainsi son goût prononcé pour une certaine forme de minimalisme, voire même d’épure (on se souvient notamment de « Sexe, mensonges et vidéo »), Soderbergh choisit d’aborder son film sous un angle proche du documentaire, afin de lui donner un aspect parfaitement réaliste. En cela, il faut reconnaître que toute la première partie du film, de la découverte du premier cas jusqu’à la propagation mondiale du virus, fonctionne plutôt bien. De même, si on regrette un certain manichéisme qui n’apporte pas grand chose (la femme adultère meurt, pas son cocu de mari), sa vision « pessimiste » du monde se révèle assez fine et pertinente, surtout lorsqu’il prend à revers l’idée préconçue d’un monde maîtrisé par la technologie et la science pour imposer celle où une simple morsure de chauve-souris peut rendre celui-ci totalement incontrôlable. A ce titre, sa description des corollaires à la pandémie elle-même (rumeur, paranoïa, panique, violences en tous genres) ainsi que ses enjeux (économiques principalement, le virus représentant un véritable marché pour les laboratoires pharmaceutiques) est juste et fait froid dans le dos. En dépit de ses qualités, « Contagion » ne parvient cependant pas à nous convaincre pleinement. Le film pèche en grande partie par sa construction narrative : totalement éclatée façon puzzle, celle-ci se noie en multipliant les personnages, plus ou moins importants, censés apporter chacun un angle d’appréciation différent du problème de par sa condition (chercheur, journaliste, politique ou citoyen ordinaire) et sa localisation géographique. De plus, le choix d’une approche documentaire du récit rend l’ensemble totalement froid et enlève aux spectateurs toute faculté à s’attacher aux personnages ou à s’émouvoir de leur sort. Au final, si on attendait de ce film qu’il nous contamine par sa fièvre, il aura surtout susciter l’ennui. Sans être totalement raté, on attendait quand même mieux du nouveau Soderbergh.

 http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/31/66/19796381.jpg    http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/31/66/19807588.jpg

  Article rédigé dans le cadre du festival d'automne.

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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 10:34

alvarez_kelly.jpg« Je ne pense pas être un homme heureux. Toutefois, je suis moins aigri que vous ! »


En pleine guerre de sécession, Alvarez Kelly, un éleveur mexicain d'origine irlandaise livre un troupeau à la plantation Warwick, afin de ravitailler l'armée de Lincoln. Mais Alvarez Kelly est kidnappé par le colonel Lassiter de l'armée confédérée, avec l'aide de la propriétaire des lieux, Charity Warwick. Emmené captif à Richmond, Alvarez Kelly se voit proposer d’obtenir sa liberté à condition qu’il forme le bataillon de Lassiter au convoyage de bétail. L’approvisionnement des populations et de l’armée confédérées n’étant plus assurée, Lassiter veut monter une improbable opération pour aller chercher avec ses hommes le bétail de Kelly en zone unioniste et le ramener à Richmond...


« Grâce à Dieu, vous n’êtes pas un homme étouffé par les principes ! »


alverezkelly.jpgSous contrat à la prestigieuse RKO, Edward Dmytryk entama une prolifique carrière de réalisateur dès le milieu des années 30. De conviction très à gauche, il se fera surtout remarquer pendant la guerre en réalisant des films patriotiques et clairement antifascistes. En 1944, il ira même jusqu’à adhérer au Parti Communiste américain. De quoi lui valoir les pires ennuis avec la Commission des Activités anti-américaines du sénateur McCarthy. Condamné à une peine de six mois d’emprisonnement, il s’expatriera un temps en Europe avant de venir purger sa peine intégralement, condition sine qua non pour revenir en Amérique. Mais plus grave, sous la pression, Dmytryk finira par passer à table, comme Elia Kazan, dénonçant plusieurs de ses collègues hollywoodiens, parmi lesquels Jules Dassin. Une attitude qui scandalisera une grande partie de l’opinion américaine et qui portera un coup durable à sa carrière. Dès lors, s’essayant à tous les genres, oscillant entre le bonOuragan sur le Caine ») et le moins bon (à commencer par cette horreur qu’est « L’arbre de vie »), le réalisateur s’évertuera à construire de film en film des antihéros complexes, ambigus, versatiles. A l’image de ceux qui peuplent ses westerns, comme l’ancien hors-la-loi qui devient shérif dans « L’homme aux colts d’or » ou encore de celui de ce rancher métisse en guerre contre ses frères dans « La lance brisée ». Réalisé en 1966, « Alvarez Kelly » est l’un de ses derniers films. Et son avant-dernier western, le dernier étant « Shalako », qu’il réalise deux ans plus tard, offrant les deux rôles principaux à Sean Connery et Brigitte Bardot.

 

« J’aurai ce bétail ou j’aurai votre peau »


alvarez kelly 1966 diaporamaInspiré d’un authentique fait d’armes – le « Beefsteak raid » mené en 1864 par le Major Général Wade Hampton, futur gouverneur de Caroline du Sud – l’originalité de cet « Alvarez Kelly » réside dans sa façon de traiter de la guerre sous un angle nouveau et inédit : celui du ravitaillement alimentaire. Car comme l’explique en substance le générique de départ : « pas de nourriture, pas d’hommes ; pas d’hommes, pas d’armée ». A l’instar de « La mission du commandant Lex » (André de Toth, 1952, avec Gary Cooper), dont il reprend en partie la thématique, le film trace sa voie à mi-chemin entre le film de guerre et le western. Ainsi, tout l’enjeu stratégique des deux camps n’est pas d’aboutir à une confrontation armée directe, mais au contraire de garder la main sur un convoi de bétail nécessaire à sa propre survie et surtout nécessaire pour affaiblir l’autre. Au milieu de tout cela, « Alvarez Kelly » est l’archétype du héros « Dmytrykien » : solitaire, libre-penseur, n’appartenant à aucun camp, il est méprisé autant par les yankees que par les confédérés qui lui reprochent de profiter de la guerre pour faire de juteuses affaires et prospérer. Se démarquant des autres films du genre (« Les cavaliers », « La mission du commandant Lex ») en prenant peu à peu le parti des sudistes (arrogants, les yankees imposent également un blocus qui met en péril les populations civiles du sud), le film se fait même trépident dans sa deuxième moitié, lorsque le héros est contraint d’accompagner ses ravisseurs en territoire ennemi avec pour mission de voler le troupeau et de le ramener au sud. Une folle mission qui se terminera par une impressionnante charge du bétail contre les yankees. L’autre point fort du film, c’est assurément la confrontation entre Kelly et Rossiter, son total opposé (celui-ci à tout sacrifié à la cause : sa promise, son œil, sa fortune). Portée par deux très grands acteurs (Holden et Widmarck), celle-ci est particulièrement savoureuse, d’autant qu’elle laisse un peu de place, par moment, à un second degré bienvenu (le débonnaire Alvarez Kelly est assez enclin au libertinage). Histoire de nous surprendre dans un dernier contrepied, celle-ci ne se terminera pas dans un duel sanglant mais par la reconnaissance d’une estime réciproque. Sous-estimé par certains puristes un peu chagrin, « Alvarez Kelly » est pourtant un western original, bien rythmé et très plaisant, qui rappelle tout le savoir-faire et le talent de Dmytryk en la matière.

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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 19:43

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/65/03/04/18868085.jpg« Il faudra quitter un jour l’Indochine pour toujours. On achètera une jonque et on rentrera à la voile. Quatre mois de mer. Après ça ira mieux… »


Atteint d'un cancer du poumon, un officier de la marine nationale se voit confier un dernier commandement, l'escorteur d'escadre Jauréguiberry dont c'est également le dernier voyage avant la réforme. Il est chargé de l'assistance et de la surveillance de la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve. Le commandant a aussi une quête personnelle, enracinée dans les guerres coloniales françaises, croiser une dernière fois un homme qu'il a connu, devenu capitaine de chalutier. Sa quête est relayée par les souvenirs du médecin du bord et de l'officier mécanicien, qui évoquent un lieutenant de vaisseau surnommé le Crabe-Tambour. Les souvenirs et les témoignages se succèdent ; ils évoquent cette figure légendaire qui a marqué ceux qui l'ont connue, et les fait s'interroger sur leur propre vie.


« Une bouteille pleine de vin c’est déjà du rêve, alors avec un bateau dedans… »


http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/65/03/04/18840494.jpgPassionné par les récits d'aventures de Joseph Kessel, le jeune Pierre Schoendoerffer rêvait d'océans et d'aventures lointaines. Ce n'est finalement pas un hasard s'il intégra le service cinématographique des armées. Envoyé en Indochine dès 1952, il filmera la bataille de Dien Bien Phu et sa chute avant d'être fait prisonnier. De cet épisode, il gardera toujours le goût pour les épopées militaires et l'honneur des soldats. Il y consacrera son œuvre, d'abord documentaire (Oscar du meilleur documentaire pour « La section Anderson ») puis cinématographique (« La 317e section » entre autres). Également romancier, il signe en 1976 « Le Crabe-Tambour », roman consacré à un capitaine charismatique inspiré de Pierre Guillaume, célèbre militaire de carrière et figure controversée des guerres coloniales, qui lui vaut le Grand Prix du roman de l’Académie Française. Il en signe l’adaptation cinématographique l’année suivante (ce qu’il avait déjà fait pour son roman « La 317e section »). Tourné en sept semaines sur un véritable navire de guerre (l’escorteur d’escadre Jauréguiberry), le film sera récompensé par trois Césars : meilleur acteur pour Jean Rochefort, meilleur second rôle pour Jacques Dufilho et meilleur photographie.


« Le choix de l’homme n’est pas entre un ce qu’il croit bien ou mal mais entre un bien et un autre bien »


http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/65/03/04/18840446.jpgCertains, comme Ulysse, prennent la mer pour rentrer chez eux après une longue absence. D’autres, comme Achab, la prennent pour poursuivre une quête obsessionnelle. Personnage solitaire, taciturne et mutique, le commandant du Jauréguiberry est un peu les deux à la fois. Rongé par un cancer qu’il cache à tous, il entame son dernier commandement avec l’unique but de retrouver un ancien officier devenu capitaine de chalutier qu’il a naguère connu pour lui faire ses adieux. A la fois initiatique et crépusculaire, ce dernier voyage, construit autour de nombreux flash-back, est aussi l’occasion pour les trois hommes qui ont connu le « Crabe-Tambour » de s’interroger sur leur vie et sur leurs choix. Introspectif s’il en est, le film de Schoendoerffer s’articule autour des valeurs qui lui sont chères, telles que la droiture, l’honneur ou le sens du devoir, qui viennent nourrir une forme de romantisme militaire. Portrait de la fin d’une époque, celle d’une France enorgueillie par un Empire synonyme d’aventures et de prestige, le « Crabe-Tambour » noie dans les glaces de l’Atlantique nord les dernières vapeurs de nostalgie impériale et de rancœur liées aux guerres coloniales. Si on reste un peu de marbre devant le côté réac' de certains sujets (l’importance de la morale catholique, rappelée à de nombreuses reprises par les anecdotes du chef mécanicien, ou encore certaines considérations politico-militaire, comme le soutien tacite de l’auteur au putch des généraux), on est sensible en revanche à la solitude de ce commandant (très belle interprétation de Jean Rochefort) face au bilan de sa vie et à la mort inéluctable qui l’attend au bout du voyage.

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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 22:03

Film 2011

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/81/92/86/19693913.jpgUn grand merci à Cinetrafic qui m’a permis, dans le cadre de son programme « Dvdtrafic » de chroniquer le dvd de « Gasland ».


« Les gens de la protection civile sont venus nous dire qu’il n’y avait pas de problème avec notre eau. Quand on leur a proposé d’en boire, ils n’ont pas voulu ! »


Les plus importantes recherches de gisements de gaz naturel sont en ce moment entreprises à travers tous les États-Unis. La société Halliburton a développé une technologie de forage, la fracturation hydraulique, qui va permettre aux États-Unis de devenir « l’Arabie Saoudite du gaz naturel ». Mais cette technique est-elle sans danger ? Lorsque le cinéaste Josh Fox reçoit une lettre l’invitant à louer ses terres pour y faire un forage, il va sillonner le pays et découvrir en chemin des secrets bien gardés, des mensonges et des toxines…


« Ils nous mentent pour faire de l’argent, c’est tout »


2010_gasland_002.jpgMetteur en scène de théâtre, Josh Fox s’était essayé une première fois à l’exercice du documentaire. C’était en 2008 et son film, « Memorial day », traitait notamment de la torture pratiquée avec le consentement américain dans les pays alliés de la guerre contre le terrorisme. Une expérience qui n’en n’appelait pas nécessairement une autre. Jusqu’au jour où Fox reçut un courrier d’une grande compagnie gazière lui proposant de l’argent contre l’autorisation d’exploiter le gaz de schiste sur son terrain. Fils de hippie à tendance plutôt écolo, il n’était pas question pour lui d’accepter. Mais inquiet de cette nouvelle, il voulut enquêter. Il ne savait pas encore que cela lui vaudrait d’être fiché (ainsi que son équipe) auprès du ministère de l’intérieur américain comme représentant un danger potentiel pour la sécurité de l’état. Ni que son documentaire serait récompensé lors de son passage au prestigieux festival de Sundance.


« Ils transforment le pays en une énorme décharge »


2010_gasland_005.jpgAux Etats-Unis, c’est une chance (ou pas), on a du pétrole et des (mauvaises) idées. Cherchant délibérément à diminuer leur dépendance énergétique envers les pays du Golfe, les Etats-Unis se sont lancés depuis une dizaine d’années dans l’exploitation du gaz de schiste enfoui dans leur sous-sol. Vous ne connaissez pas le gaz de schiste ? Il s’agit d’un gaz profondément enfoui dans le sous-sol en poches éparses qui nécessite pour être libérer qu’on fracture la roche en lui injectant d’énormes quantités d’eau et de produits chimiques. Le problème, c’est que faute de règlementation adéquate, cela se fait au mépris de l’environnement, les produits chimiques et les gaz libérés polluant aussi bien la faune et la flore que la nappe phréatique. Prenant modèle sur Mickael Moore et ses condisciples (Morgan Spurlock et Charles Ferguson notamment), Josh Fox part donc caméscope au poing à travers le pays pour recueillir les témoignages des riverains sinistrés par les pollutions de ces puits. Si la démonstration bien huilée du cinéaste nous scotche (notamment lorsque les riverains parviennent à enflammer l’eau du robinet pour montrer qu’elle est contaminée par du gaz), on regrette cependant qu’il ne la confronte jamais aux explications de véritables experts médicaux ou scientifiques ou aux représentants des géants gaziers (qui ont semble-t-il décliné l’invitation). S’il ne parvient pas toujours à être aussi percutant qu’il le voudrait dans son approche scientifique (la caméra qui tangue dans tous les sens et l’énonciation apathique du réalisateur en voix off n’aidant pas), « Gasland » se fait beaucoup plus convaincant quand il s’aventure sur le terrain politico-économique. Notamment lorsqu’il montre comment l’administration Bush a abrogé toute une série de lois de protection de l’environnement et de la santé au profit des industries pétrolières et gazières, dont l’un des grands bénéficiaires n’est autre qu’Haliburton, dont l’ancien PDG n’est autre que Dick Cheney, vice-président des USA sous Bush. Et quand il nous prouve (si besoin en était) que le dollar est plus important que la santé des citoyens eux-mêmes, et que tout est fait avec le consentement des autorités, le constat fait froid dans le dos.


Le DVD : le film est édité par Arte Films et disponible en dvd depuis le 21 septembre 2011. Il est présenté en VO sous-titrée en français. Aucun bonus ne complète cette édition DVD. Toutefois, celle-ci est accompagnée d’un petit fascicule d’une quarantaine de pages, qui nous explique comment on extrait le gaz de schiste et qui fait un focus intéressant sur la situation en Europe.

Retrouvez sur Cinetrafic les films de cette années sur la catégorie Film 2011 ou découvrez la catégorie Documentaire


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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 21:31

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/93/95/19803697.jpg« Ce que je fais dans la vie ? Je conduis »


Un jeune homme solitaire, "The Driver", conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Ultra professionnel et peu bavard, il a son propre code de conduite. Jamais il n’a pris part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant - et au volant, il est le meilleur ! Shannon, le manager qui lui décroche tous ses contrats, propose à Bernie Rose, un malfrat notoire, d’investir dans un véhicule pour que son poulain puisse affronter les circuits de stock-car professionnels. Celui-ci accepte mais impose son associé, Nino, dans le projet. C’est alors que la route du pilote croise celle d’Irene et de son jeune fils. Pour la première fois de sa vie, il n’est plus seul. Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide pourtant de lui venir en aide. L’expédition tourne mal… Doublé par ses commanditaires, et obsédé par les risques qui pèsent sur Irene, il n’a dès lors pas d’autre alternative que de les traquer un à un…


« J’ai un truc que les grandes écuries n’ont pas : j’ai un pilote. Avec un volant entre les mains ce gamin peut tout faire »


http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/93/95/19736496.jpgProdige du cinéma danois, Nicolas Winding Refn réussissait des débuts remarqués en réalisant « Pusher », immense trilogie consacrée aux bas-fonds de Copenhague et aux crapules notoires qui y prospèrent de trafics en tous genres. Fort de ce succès, le réalisateur aura depuis réussi un parcours sans faute, ponctué de grands films aussi originaux qu’exigeantsLe guerrier silencieux », « Bronson »), se construisant au passage une filmographie d’une rare cohérence. Des qualités rares, qui ne passent pas inaperçues. Pour preuve, Ryan Gosling, l’acteur qui monte à Hollywood, a fait appel à lui pour le diriger dans ce « Driver ». Adapté du roman de James Sallis, « Driver » est ainsi son premier film américain. C’est aussi le premier film dont il ne signe pas lui-même le scénario. Présenté en compétition à Cannes, le film repartira auréolé du Prix de la mise en scène.


« C’est rare d’avoir une deuxième chance dans la vie, pas vrai ? »


http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/93/95/19736493.jpgOutre le fait qu’il soit un grand réalisateur, Nicolas Winding Refn est aussi un cinéphile averti, imprégné de références prestigieuses. Son « Guerrier silencieux » n’était-il pas à ce titre une forme de relecture du « Aguirre la colère de Dieu » de Werner Herzog ? Avec « Drive », il aborde son premier film de commande à sa façon habituelle. Puisant ses références dans le meilleur du film de genre d’hierLe samouraï », « The driver », « L.A. Confidential », « Police Fédérale Los Angeles ») et d’aujourd’huiLa nuit nous appartient », « Collateral », « No country for old men »), il signe un polar efficace et sophistiqué. Tel un pilote chevronné, il s’amuse à passer les vitesses, alternant lenteur générale et accélérations par à-coups, lui permettant de composer une ambiance froide et éthérée qui est pour beaucoup dans la réussite du film. Passant en un éclair de moments de romance pure à la sauvagerie la plus extrême (magnifique scène du baiser dans l’ascenseur qui précède un défonçage de crâne mémorable), son film souffre cependant – et c’est là son seul défaut – d’un certain manque d’originalité dans son intrigue. Un défaut compensé par une mise en scène extrêmement léchée dans laquelle le réalisateur fait montre de toute sa maestria (impressionnante scène du face à face final, qui alterne calme et déferlement de violence). Porté par un casting impérial (Ryan Gosling en héros mutique compose un excellent alter ego du « Samouraï » Costello) et une bande musicale savamment choisie, « Drive » sort du commun de la production cinématographique actuelle et s’impose comme étant un bon film. Un zest d’originalité en plus et on frôlait le chef d’œuvre.


http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/93/95/19736492.jpg  http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/85/83/31/19814320.jpg

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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 22:29

Dans le cadre de son opération « Dvdtrafic », l’excellent site Cinetrafic me propose de chroniquer le dvd de « Krunk out ».


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/thumb/a/ac/Knucklehead_movie_poster.jpg/409px-Knucklehead_movie_poster.jpg« Imagine que tu mesures 2,05 mètres et que tu pèses 220 kg à 13 ans : personne n’a envie de te prendre dans ses bras »


Orphelin de naissance, Walter Krunk n’a jamais pu se résoudre à quitter l’orphelinat où il a grandit. Si bien qu’à 35 ans, il est toujours l’homme à tout faire l’orphelinat. Jusqu’au jour où son manque de vigilance le rend coupable de l’incendie qui ravage les cuisine de l’établissement. Incapable de faire face financièrement aux travaux de reconstruction, l’orphelinat est menacé de fermeture. Le hasard faisant bien les choses, Walter croise la route d’un agent de catcheur, endetté jusqu’au cou, à la recherche d’un nouveau poulain. Du haut de ses deux mètres et fort de 200 kg, Walter accepte de relever le défi, pour aider l’orphelinat. Accompagnés de la directrice de l’institution, ils parcourent le pays pour participer à des tournois de catch…


« Ce voyage c’est l’occasion de faire un truc que je n’ai jamais fait et que je ne referais peut-être jamais. C’est l’occasion d’être un héros. »


img_dvd-krunk-out_2r.jpgLes films consacrés aux sports de combat sont légions. Mais en la matière, c’est la boxe qui l’emporte (« Rocky », « Fighter », « Warriors », etc…). De mémoire de cinéphile, on n’avait pas vu de catcheur au centre d’un film depuis « The wrestler » de Darren Aronofsky dans lequel Mickey « The ram » Rourke livrait une incroyable performance. Pourtant, le catch est un sport extrêmement populaire aux Etats-Unis. En conséquence, la WWE, la société qui organise et gère le catch professionnel aux USA, a crée au début des années 2000 la WWE studios, filiale lui permettant de produire des films sur le catch mettant en vedette ses propres stars. Après « Legendary » qui mettait en scène la star du catch John Cena, voici donc « Krunk out », leur deuxième production (restée elle aussi inédite sur nos écrans), portée par The Big Show, quintuple champion du monde. A la réalisation, on retrouve l’expérimenté Michael Watkins, qui a essentiellement officié pour des séries télé comme « X-Files », « Code Quantum » ou encore « Monk ».


« Si tout ce qu’on fait de bien compense le reste alors le bilan est bon »


photo-Krunk-Out-Knucklehead-2010-2Il ne faut pas toujours chercher la petite bête. « Krunk out » n’est pas un chef d’œuvre : il n’en a ni la vocation ni l’ambition. Il assume au contraire d’être une sympathique série B. Une sorte de téléfilm amélioré, à mi-chemin entre les comédies familiales américaines (on repense à certains vieux Schwarzenegger façon « Un flic à la maternelle » ou encore à « Oncle Buck » avec John Candy) et les films de Bud Spencer et Terrence Hill (période « Petit papa baston »). L’humour y est ras des pâquerettes (à base de flatulences notamment) et l’histoire y est convenue et cousue de fil blanc, le tout sur une histoire de road movie qui n’évite pas certains clichés (notamment les méchants motards). Il n’empêche, bien entouré de quelques acteurs expérimentés de séries télé (Denis Farina, Melora Hardin, ou encore Mark Feuerstein), The Big Show assure en gentil géant naïf et maladroit et nous fait passer un moment pas désagréable. Car au fond, « Krunk out » est un film à l’image du catch : un peu lourd, familial et qui n’a d’autre but que de divertir. En la matière, il atteint ses objectifs. Ce qui n’est déjà pas si mal.

 

Le DVD : Le film est présenté en VO (anglais), français, italien et allemand, avec sous-titres optionnels. Côté interactivités, le DVD propose un court bétisier dans lequel l’équipe explique qu’elle s’est bien amusée à tourner le film. Deux reportages (« Bienvenue sur scène » et « De mauvais poil ») reviennent sur la carrière de catcheur de The Big Show ainsi que sur l’ambiance sur le plateau du film. A côté des traditionnels commentaires du film assurés par les acteurs et le réalisateur, une galerie photos du film est également proposée.


Distribué par Zylo, « Krunk out » de Michael Watkins est disponible en DVD et Blu Ray depuis le 4 octobre 2011. Prix HT : DVD : 12,29€ Blu Ray : 16,39€.  


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Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 22:02

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/26/19729056.jpg« Les hommes ne regardent jamais assez à l’intérieur du sexe des femmes »



À l'aube du XXème siècle, dans une maison close à Paris, une prostituée a le visage marqué d'une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique.



Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s’organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs...



Du monde extérieur, on ne sait rien. La maison est close.



« On est ici dans une maison close. La liberté c’est dehors. Pas ici. »



http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/26/19813243.jpgTous les chemins mènent au cinéma. Pour preuve le parcours atypique de Bertrand Bonello : venu de la musique classique, ce musicien professionnel (qui travailla notamment avec De Palmas et Françoise Hardy) délaissa peu à peu ses partitions pour les troquer contre une caméra au cours des années 90. Une quinzaine d’années plus tard, le voilà devenu un cinéaste reconnu et complexe, dont l’œuvre est marquée par un questionnement sur les mystères du désir, de la sexualité et de son industrie. Après nous avoir conduit dans le milieu des films pornographiques (« Le pornographe »), dresser le portrait d’un transsexuel (« Tiresia ») et être parti en quête d’hédonisme (« De la guerre »), il nous invite à « L’Apollonide », une maison close parisienne de la fin du 19e siècle.

 

« Si nous ne brûlons pas, comment éclairer la nuit ? »


http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/26/19716638.jpgObjet de fascination et de fantasmes tout au long du 19e siècle, la maison close inspira de nombreux artistes de l’époque, qu’ils soient écrivains (Baudelaire, Maupassant) ou peintres (Toulouse-Lautrec, Picasso, Degas, Ingres). A sa manière, Bonello fait revivre entre les murs de l’Apollonide une certaine époque, une certaine ambiance fantasmée faite de lascivité et de sensualité, dans des décors surannés tout en tentures, en velours et en soie. Tel un tableau. Ce n’est ainsi pas un hasard si les clients qu’il imagine dans cette maison sont pour la plupart des réalisateurs (Xavier Beauvois, Jacques Nolot, Louis-Do de Lencquesaing). Mais très vite, l’apparence ouatée et hors du temps des lieux se transforme. Le lupanar que nous présente Bonello est définitivement dépourvu de luxe, de calme et de volupté. En nous peignant leur quotidien telle une chronique (lavages après rapports, maladies, clients sans scrupules aux fantasmes tordus), l’Apollonide devient un lieu étouffant et glauque. Une prison de laquelle ne peuvent s’échapper des filles qui n’ont de joie que le nom. Un lieu où la chair est froide, totalement dépourvue de sensualité, et constamment traversée par des éclairs de mort. On pourra toujours reprocher à Bonello une vision trop parcellaire ou idyllique de la situation (parfaite entente entre les filles, mère maquerelle plutôt sympa et compréhensive, absence totale de référence aux maffias qui faisaient prospérer ce commerce, vision trop parcellaire des violences faites aux femmes…). Mais l’essentiel du film est ailleurs, quelque part entre un esthétisme raffiné poussé à l’extrême et une ambiance ambivalente, à la fois aérienne et pesante comme une chape de plomb, qui marque l’esprit encore longtemps après le générique de fin.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/26/19813240.jpg http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/26/19813242.jpg

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