Jeudi 8 décembre 2011
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Dans le cadre de son programme « Un dvd contre une critique », Cinetrafic m’a permis de découvrir le dvd du nouveau film de Robert Redford, « La conspiration ».
« Ce procès en fera beaucoup plus pour maintenir la paix que n’importe quel bout
de papier »
Printemps 1865. Les troupes unionistes sont sur le point de faire tomber les dernières poches de résistance confédérées. La fin de la guerre de Sécession
est proche, pour ne pas dire imminente. Et c’est le Nord qui l’emportera. Une victoire symbolisée par deux hommes : le chef des armées unionistes, le Général Ulysses Grant, et le Président des
Etats-Unis, Abraham Lincoln. Pourtant, Washington, la capitale fédérale aux portes des territoires confédérés, grouille de sympathisants sudistes qui souhaitent encore en découdre, persuadés que
le conflit peut encore tourner. Parmi eux, un célèbre comédien de l’époque, John Wilkes Booth, met en marche un terrible complot : organiser l’assassinat du Président et de trois autres
décisionnaires majeurs pour désorganiser l’Union. Toutefois, s’il parvient à assassiner le Président, ses complices ne réussiront pas à mener à bien leur mission. Il s’en suivra un procès
militaire, une première pour juger des civils, par lequel le gouvernement voudra faire montre de son inflexibilité et ramener l'ordre public.
« Si tu perds ce procès on dira que tu as failli à ta tâche. Et si tu le gagnes tu seras traité comme un traitre. Quelque soit l’issue tu seras perdant
»
On savait que la multiplication des sorties en salles chaque semaine empêchaient
la plupart des films de trouver leur public: à peine sortis, ils quittent déjà les écrans pour faire de la place à d'autres. Désormais, la saturation est telle (certaines
semaines, pas moins de 15 films sortent!) que de nombreux films sont privés de sorties en salles et sortent directement en DVD. Le plus étonnant, c'est qu'on trouve parmi eux de nombreux
films valables, dotés de réalisateurs ou de castings prestigieux, qui auraient largement mérités d'être exploités dans nos salles. A l'image de « La conspiration », le
nouveau film réalisé par Robert Redford (rappelons tout de même qu'il a obtenu l'Oscar du meilleur réalisateur pour « Des gens comme les autres »), qui
s'appuie sur un casting de première bourre (James McAvoy, Robin Wright-Penn, Evan Rachel Wood, Kevin Kline, Tom Wilkinson...).
« Pourquoi me suis-je battu pour l’Union si les droits n’y sont plus respectés ? »
Qu'il s'agisse du choix de ses rôles (« Les hommes du
Président », « Les trois jours du Condor », « Nos plus belles années », « Brubaker », « Votez McKay! ») ou de ses prises de position publiques,
Robert Redford a toujours été considéré comme un artiste engagé et humaniste. Avec son ami Paul Newman, ils ont ainsi longtemps incarné la conscience morale
d'Hollywood. Pas étonnant donc de voir le Robert Redford réalisateur s'attaquer à des sujets politiques à la fois sensibles et polémiques (« Lions et agneaux
»). Avec « La conspiration », il revient sur l'affaire de l'assassinat du président Abraham Lincoln et plus précisément sur le procès des comploteurs qui s'en est suivi.
Premier président de l'histoire des Etats-Unis à être assassiné dans l'exercice de ses fonctions, Lincoln a ainsi acquis une certaine aura posthume, devenant de fait pour de nombreux
américains une sorte d'icône mythique, de figure tutélaire de la nation. Difficile dans ces conditions de traiter d'un sujet sous l'angle de la contestation. Car c'est bien connu, on ne
touche pas aux mythes. Prenant parti pour Mary Surratt, seule femme jugée et condamnée lors de ce procès en dépit d’une implication secondaire dans le complot, Redford charge violement
contre ce procès qu’il considère injuste et s’interroge sur le fondement démocratique des Etats-Unis : une démocratie peut-elle se construire sur l’injustice et le sang ? Dénonçant tour
à tour la partialité des juges (et leur manque d’indépendance), la cruauté des châtiments (traitement des accusés qui s’apparente à de la torture), ou encore l’hypocrisie des dirigeants qui
voulaient par ce procès réglé à l’avance réaffirmer la puissance de l’Etat et de la démocratie et rétablir l’ordre dans un pays loin d’être pacifié. L’Amérique ne sort pas grandie de ce
portrait, d’autant plus que la comparaison avec les pratiques encore tolérées par l’administration Bush dans sa guerre contre le terrorisme semble assez évidente. Mais avec son idéalisme
légendaire, il conclut son film en rappelant l’importance d’avoir une presse libre et indépendante, seule à même de contrebalancer le pouvoir aux mains des politiques. Derrière son film
historique, Redford signe un là un grand film politique et un vibrant plaidoyer pour la justice et la démocratie.
Le DVD: Edité par CTV International, le film est proposé en VO (ST français) et VF. Il est accompagné de sa bande-annonce, d'une galerie de photo et du traditionnel making-of.
D'une durée d'environ dix minutes, celui-ci permet au réalisateur de revenir sur la genèse du projet et sur le tournage du film. Mais le vrai plus du DVD, c'est la présence d'un documentaire très
intéressant de plus d'une heure consacré à l'assassinat de Lincoln, aux comploteurs et à leur procès. Construit en parallèle du film, les intervenants n'hésitent pas à contredire un peu la vision
de Redford, notamment concernant la responsabilité de Mary Surratt.
Le DVD est dans les bacs depuis le 24 novembre 2011. Sa bande-annonce est visible ici.
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Par Platinoch
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Publié dans : Films Politiques/Historiques
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Samedi 3 décembre 2011
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17:49
« Vous n’êtes pas ici en pays conquis »
Avril 1988, Île d'Ouvéa, Nouvelle-Calédonie. 30 gendarmes retenus en otage par un groupe d'indépendantistes Kanak. 300 militaires envoyés depuis la
France pour rétablir l'ordre. 2 hommes face à face : Philippe Legorjus, capitaine du GIGN et Alphonse Dianou, chef des preneurs d’otages. À travers des valeurs communes, ils vont tenter de faire
triompher le dialogue. Mais en pleine période d'élection présidentielle, lorsque les enjeux sont politiques, l’ordre n’est pas toujours dicté par la morale... Une épopée violente et trouble qui
marque le retour de Mathieu Kassovitz devant et derrière la caméra.
« C’est de la torture, ça. One fait pas ça, nous. On ne tombe pas dans le piège. »
Jeune premier prometteur au début des années 90, Mathieu Kassowitz ne tarda pas à
céder à la tentation en passant derrière la caméra. D’abord avec « Métisse » puis, surtout, avec « La haine », il accéda à la reconnaissance du public, de la
critique et de ses pairs, qui vit en lui un jeune réalisateur surdoué et en phase avec la jeunesse de l’époque. Une fois digéré l’échec de « Assassin(s) » et le succès des «
Rivières pourpres », la carrière américaine s’ouvrit à lui presque naturellement. Malheureusement, tout ne se passa pas là-bas comme il l’espérait et deux énormes ratages plus tard – «
Gothika » et « Babylon A.D. », Kassowitz mit un terme à son rêve américain. De retour chez nous, le bonhomme s’est fait un peu attendre. Mais le voilà, plus de dix ans
après sa dernière réalisation française, qui nous revient avec « L’ordre et la morale ». Adapté des récits du Capitaine Legorgus, ex-chef du GIGN, le film revient sur les dramatiques
évènements de la grotte d’Ouvéa, intervenus en Nouvelle-Calédonie en 1988. Considéré par ses détracteurs comme l’une des dernières résurgences de la politique coloniale française,
le sujet semble encore un peu tabou de nos jours. Au point que le réalisateur ait mis dix ans à trouver les financements nécessaires pour monter son film, dont la sortie a été interdite
en Nouvelle-Calédonie, par peur de raviver certaines tensions.
« Les négociations ont toujours pris plus de temps que les armes »
L’ordre et la morale. Deux concepts par nature opposés qui résument assez la
dualité de toute décision politico-militaire. Jusqu’où peut-on aller pour rétablir l’ordre ? A partir de quand une action devient elle injuste et donc illégitime ? Est-il légitime dès
lors d’obéir aux ordres si ceux-ci apparaissent comme injustes ? Voilà en substance le débat ouvert par le nouveau film de Kassowitz. Fort de ses sorties médiatiques et de ses prises de
positions libertaires, il exhume ici le drame de la grotte d’Ouvéa en prenant le parti de jouer les redresseurs de tort sur un sujet déjà à la base bien polémique. En clair, selon le
réalisateur, le drame aurait pu être évité s’il n’avait pas lui-même été instrumentalisé par nos dirigeants, alors enivrés par l’effervescence de l’entre-deux tours de la présidentielle de 1988,
voyant là une occasion inespérée de faire preuve d’une fermeté à même de rassurer l’opinion. La description que nous fait Kassowitz de cette partie de poker menteur opposant à distance
l’Elysée et le gouvernement (via son représentant sur place, le ministre Bernard Pons) se révèle être d’ailleurs la partie la plus intéressante du film. Pour le reste, on regrette pleinement
qu’il aborde ce sujet déjà grave et complexe avec une rare malhonnêteté intellectuelle. Faisant preuve d’un hallucinant manichéisme lorsqu’il présente les insurgés Kanaks comme de bons
pères de famille bienveillants dépassés par les évènements, le cinéaste fausse totalement les débats. De même lorsqu’il omet de remettre cet évènement dans le contexte
néo-calédonien des années 80 (quid de la vague de pillages à la base des tensions ? De l’attaque des forces françaises contre les frères Djibaou ? Du référendum Pons de 87 où les néo-calédoniens
ont rejeté à la quasi unanimité l’indépendance ?). Après, chacun aura son idée propre sur la question. Mathieu Kassowitz semble minimiser pour sa part de façon grotesque l’attaque de la
gendarmerie de Fayaoué et l’assassinat inutile de cinq gendarmes, désarmés de surcroit. De même qu’il minimise le refus répété des insurgés de libérer les otages et de se rendre alors
même qu’ils sont définitivement lâchés par le FLNKS, qui ne les jamais véritablement soutenus. Ce que Kassowitz oublie de dire aussi, c’est que contrairement aux populations
indigènes de nos anciennes colonies, les néo-calédoniens ont le droit de vote, des représentants élus dans les instances nationales, le même accès que les métropolitains aux prestations sociales
et aux services publics, et que de ce fait ils sont soumis aux mêmes droits et devoirs que tout autre français. Ce qui rend cette attaque meurtrière forcément illégitime. Dès lors,
quelques soient les qualités (les magnifiques décors mélanésiens, l’interprétation des acteurs) ou les défauts du film (les références disproportionnées à «
Apocalypse now » pour traiter d’un évènement de bien moindre ampleur, une narration trop factuelle et trop linéaire), plus rien n’y fait. Il n’est plus possible d’adhérer à la
réflexion dès lors que l’équité de ce qui s’apparente à un procès à charge n’est plus respectée. Grosse déception.
Par Platinoch
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Publié dans : Films Politiques/Historiques
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Lundi 28 novembre 2011
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« Faire fausse route ? C’est un comble pour un ministre des transports !
»
Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a
pas le choix.
Ainsi commence l’odyssée d’un homme d’Etat dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise
économique…
Tout s’enchaîne et se percute. Une urgence chasse l’autre. A quels sacrifices les hommes sont-ils prêts ? Jusqu’où tiendront-ils, dans un Etat qui dévore
ceux qui le servent ?
« Ton seul problème c’est de mettre du fond. Tu es flou. Ton histoire reste à écrire »
Pendant longtemps, les films consacrés à la politique furent l’apanage du seul
cinéma américain. Dès les années 30, Capra (« Mr. Smith au Sénat »), Ford (« La dernière fanfare ») et d’autres (« Votez McKay
! »), ont ainsi pris un malin plaisir à nous décrire les coulisses de la vie politique américaine. A partir des années 70, ce devint même plus virulent, s’attaquant ouvertement et
frontalement aux dérives du système politique local et aux hommes en place. A l’image des films de Pakula (« Les hommes du président ») ou de
Stone (« JFK », « Nixon »). A l’inverse, en France, le sujet sembla tabou durant de nombreuses décennies. Certes, il y avait bien une poignée
de réalisateurs comme Costa Gavras pour dénoncer les régimes fascisants étrangers. Mais jamais rien sur la France. Il aura finalement fallu attendre les années 2000 pour
voir les cinéastes s’intéresser à ce sujet. Les films se sont ainsi multipliés, alternant le bon (« Le candidat ») et le moins bon (« Président »), allant même jusqu’à
traiter de présidents anciens (« Le promeneur du Champs de Mars ») ou de l’actuel occupant de l’Elysée (« La conquête »). Auteur de débuts remarqués il y a trois ans
avec « Versailles », dans lequel il évoquait la vie des marginaux vivant à l’ombre du pouvoir et de l’opulence, Pierre Schoeller nous revient avec « L’exercice de l’Etat », film
consacré au quotidien d’un ministre en fonction. Récompensé du Prix de la critique internationale à Cannes, « L’exercice de l’Etat » est le deuxième volet d’une trilogie consacrée au(x)
pouvoir(s) et dont le troisième volet devrait être consacré à la Révolution Française.
« On ne fait pas une révolution avec des doutes »
Pour beaucoup le pouvoir et l’autorité sont incarnés (à tort ?) par le Président
de la République. Au sommet du système politique national, celui-ci ferait presque oublier les membres de son gouvernement. Le choix du réalisateur de suivre le quotidien d’un
ministre « ordinaire » (c'est-à-dire pas le plus médiatisé ni le plus en vue), en l’occurrence celui des transports, n’en rendait son film que plus surprenant et
intrigant. Sans occulter l’aspect bureaucratique de la chose politique, le réalisateur s’efforce de montrer un homme toujours en action et dans l’action. Qu’il débarque
en pleine nuit sur les lieux d’une catastrophe routière ou qu’il brave les syndicats afin de vendre l’action gouvernementale, le ministre est un homme définitivement pressé, pressurisé et
constamment sur la route. Mais là où le film de Schoeller se fait passionnant, c’est quand il nous montre les coulisses du pouvoir : la rivalité entres les ministres/courtisans, les
coups bas, les stratégies électorales, les compromissions morales (lorsque le ministre accepte de défendre une réforme à laquelle il est intérieurement opposé)... Bien qu’étant en
permanence entouré de gens, de conseillers aux dents longues ou de journalistes, le ministre est avant tout un homme seul. Le film de Schoeller sonne ainsi étonnement juste et vrai, malgré
quelques longueurs inutiles mais sans conséquences (la longue scène de la beuverie). Sa réflexion sur la politique et les hommes qui la pratiquent, tiraillés entre convictions
personnelles et carrières personnelles, est tout autant pertinente. Au final, le portrait dressé de nos chers politiciens est tantôt fascinant tantôt effrayant (lorsque le ministre
évacue toute émotion aux funérailles de son chauffeur, l’abordant comme un évènement politique et médiatique), au point de se dire que ces hommes-là ne sont pas comme nous. Ils demeurent
des animaux politiques, évoluant dans un monde brutal où intérêts général et personnel se confondent et où tous les coups sont permis. Passionnant et terrifiant.
Par Platinoch
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Publié dans : Films Politiques/Historiques
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Mercredi 23 novembre 2011
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Un grand merci à Cinétrafic qui m’a permis de faire la chronique du dvd de « Blitz » de Elliott Lester, dans les bacs depuis le 2 novembre
2011.
« Un petit conseil : si vous vous trompez d’adversaire, ne vous trompez
pas d’arme ! »
À Londres, un tueur en série s’en prend aux policiers. Que se passe-t-il
lorsque ceux qui sont censés protéger deviennent la cible ? Face à un ennemi aussi rusé que pervers, Brant, un flic aux méthodes atypiques, se lance dans l’enquête. Il devra pour cela faire
équipe avec Nash, un film gay et posé, son total opposé. Dans un jeu de piste où la justice doit parfois franchir les limites pour combattre le mal, c’est un affrontement absolu qui
commence…
« Est-ce que j’ai une tronche à prendre des
notes ? »
Auteur irlandais de nombreux polars, Ken Bruen est publié en
France dans la célèbre collection « Série noire ». Il est outre l’auteur de deux séries de romans dont les personnages sont récurrents : l’une consacrée au
détective Jack Taylor, l’autre aux inspecteurs Roberts et Brant. Si jusqu’ici ses romans n’avaient jamais attiré l’attention du cinéma, l’année 2010 aura été faste pour lui puisque deux de ses
romans ont été portés à l’écran : « London boulevard » par William Monahan (avec notamment Colin Farrell et Keira Knightley) et « Blitz »
(inspiré d’un épisode des aventures de Roberts et Brant) signé Elliott Lester. Assistant réalisateur de Vincent Gallo, celui-ci se fera un nom en réalisant quelques clips pour Jessica
Simpson ou Jared Leto. Il s’essaye pour la première fois à la réalisation d’un long métrage de cinéma en 2006 avec « Love is the drug », resté inédit dans nos
salles.
« Vous avez pris le temps pour nous appeler. Des témoins affirment que
vous avez passé dix minutes aux chiottes avec la victime. Au point que certains vous ont pris pour des adeptes de George Michael ! »
Tous les anciens s’en souviennent. Des frappes rapides, ciblées,
violentes, à même de marquer fortement les esprits et le moral, tel était le « blitz » - littéralement « l’éclair » en allemand – la tactique du Reich qui devait servir à
soumettre le Royaume-Uni. Une tactique reprise ici à son compte par Barry Weiss, un psychopathe notoire, cynique et manipulateur, qui assassine sauvagement pour se venger les policiers
londoniens ayant eut le malheur de l’appréhender par le passé. Polar de série B efficace et violent, « Blitz » renoue ainsi avec l’esprit des polars virils et machistes
des années 70 comme « L’inspecteur Harry » ou « French Connection », auxquels il emprunte notamment le personnage de flic musclé et teigneux à la morale
« bordeline », puisque n’hésitant pas à se substituer à la loi pour rétablir la justice. La grande nouveauté, c’est l’association de ce type de héros avec son total opposé, à
savoir un flic gay, distingué et posé, capable néanmoins de péter les plombs le moment venu. De facture classique, « Blitz » n’en demeure pas moins très efficace et se
suit avec beaucoup de plaisir. Et si le cocktail polar/action/testostérones fonctionne très bien, c’est aussi parce qu’il est relevé par des dialogues plutôt savoureux ainsi que par quelques
moments de bravoures (la course poursuite notamment). Jason Statham a beau avoir tourné beaucoup de nanars, force est de constater qu’entouré par quelques valeurs sûres
du cinéma anglais (Luke Evans, Paddy Considine), il se révèle plutôt convaincant. A l’image de ce « Blitz », qui dans son genre, est une vraie bonne
surprise.
Le DVD : Distribué par Metropololitan Filmexport, Blitz est proposé en VF ou en
VO (les sous-titres français sont aussi disponibles). Au menu des bonus, outre la bande-annonce, cette édition DVD propose un making-of assez traditionnel dans conception. Long d’environ 7
minutes, il permet à tous les intervenants du projet (réalisateur, producteur, scénaristes, acteurs principaux) d’expliquer leur engagement sur ce film. Plus intéressant, les menus proposent
également 21 minutes de scènes coupées durant lesquelles on découvre un personnage de flic coupé au montage et une fin alternative.
Retrouvez sur Cinetrafic les films de cette année sur la
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Par Platinoch
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Publié dans : Films noirs/Policiers/Thrillers
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Lundi 21 novembre 2011
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« Vous me rappelez mon mari : comme vous il était écrivant. Et pas très
heureux. »
Tom Ricks, romancier américain, la quarantaine, vient à Paris dans l’espoir de
renouer avec sa fille. Mais rien ne se passe comme prévu : démuni, logé dans un hôtel miteux, il se retrouve contraint de travailler comme gardien de nuit. Alors qu’il croit toucher le fond,
Margit, sensuelle et mystérieuse, fait irruption dans sa vie. Leur relation passionnée déclenche une série d’évènements inexplicables, comme si une force obscure prenait le contrôle de sa
vie.
« Tu as la même vue que moi. Je savais que nous partagions la même vision
du monde »
Il n’aura fallu qu’une décennie à Douglas Kennedy pour s’imposer
comme l’un des auteurs les plus populaires et les plus lus des deux côtés de l’Atlantique. Pas étonnant, donc, que le cinéma s’intéresse à son œuvre. Et plus encore le
cinéma français, puisque le romancier américain vit en Europe (plus précisément entre Paris et Londres) depuis plus de trente ans. Ainsi, après Eric Lartigau qui adaptait l’an
passé « L’homme qui voulait vivre sa vie », place cette fois à Pawel Pawlikowski qui se risque à adapter « La femme du Vème » (publié en
2007), réputé pour être le roman le plus étrange et le moins accessible de l’auteur.
« C’est comme si mon vrai moi était ailleurs, recevant un prix honorifique
ou regardant sa femme s’habiller pour aller assister à un récital de piano de notre fille, et que le moi d’ici n’était qu’un double triste »
On ne peut pas dire de Pawel Pawlikowski qu’il est un
débutant. En effet, cet ancien documentariste a tout de même réalisé une poignée de films ces dix dernières années (dont le dernier en date, « My summer of love »
sorti chez nous en 2005), pour la plupart restés (très) confidentiels. Pour autant, le choix d’adapter « La femme du Vème » était peut-être un défi
un peu trop ambitieux. Roman kafkaïen, « La femme du Vème » est en effet une œuvre troublante et mystérieuse, sorte de vertigineuse descente aux enfers jusqu’aux limites de la
folie, tirant son originalité de ses accents fantastiques et surnaturels. Tout en prenant beaucoup de libertés par rapport au texte originel dont il refuse d’être l’otage (notamment en
zappant les raisons de l’arrivée du héros à Paris et les raisons pour lesquelles il ne peut pas voir sa fille), Pawlikowski réussit plutôt bien à recréer cette atmosphère oppressante et
anxiogène, en s’appuyant notamment sur le jeu puissant et parfait de ses comédiens (notamment Ethan Hawke, qui nous surprend dans un rôle en français). Loin des décors
de carte postale auxquelles nous habituent trop souvent les réalisateurs étrangers, le cinéaste choisit comme dans le roman des décors parisiens inhabituellement glauques, à l’image du bouge dans
lequel vit le héros. De ce fait, chaque apparition de Margit n’en est que plus lumineuse et plus sensuelle. Pourtant, très vite, le film patine. Perdant peu à peu le fil de l’intrigue, le
spectateur hébété se retrouve avec en tête une foule de questions : Qui a bien pu tuer le voisin rappeur ? Qui a enlevé la petite fille et pourquoi ? Et qui peut bien être
cette femme du Vème – un fantôme ou un fantasme ? – qui lui murmure inlassablement qu’il « ne sait pas ce dont il est capable » ? Une sorte de labyrinthe
mental très intrigant dont seul le réalisateur à la clé. Manque de bol, il a oublié de nous en laisser un jeu.
Par Platinoch
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Publié dans : Drames
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Dimanche 20 novembre 2011
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« Ma chère sœur, le veuvage te vas à merveille : tu n’as jamais été
aussi jeune et belle ! »
Le repas familial d'un écrivain catholique, Raoul Mons, est interrompu par une
délégation de la ville qui veut faire interdire une pièce de théâtre blasphématoire. Il promet de s'en occuper. La pièce n'aura pas lieu.
Peu de temps après, Raoul Mons est retrouvé mort, nu, sur la plage.
L'Inspecteur Lavardin est appelé sur les lieux. Il va enquêter. Très vite, il découvre que la veuve de la victime n’est autre que son amour de jeunesse…
« Ses pinards sont bien meilleurs que ses
bouquins ! »
De la longue et prolifique carrière de Claude Chabrol, on
retiendra trois choses : son humour mordant, son goût pour les intrigues policières bien ficelées et sa façon corrosive de brocarder les travers et les mœurs de la bourgeoisie de
province. Enchainant ainsi les succès durant les années 60 et 70, le réalisateur a plus de mal à se renouveler durant les années 80, qui ne seront pas ses années les plus
fastes. Toutefois, après le succès relatif des « Fantômes du chapelier », Chabrol se lance dans une nouvelle aventure en créant le personnage de l’inspecteur
Jean Lavardin. Ecrit sur mesure pour Jean Poiret, ce personnage de vieux briscard fort en gueule et de fin limier au flair imparable semble tout droit sorti d’une certaine littérature
policière populaire un peu datée, rappelant par exemple les romans de Charles Exbrayat. Intronisé en 1985 par « Poulet au vinaigre », le personnage
sera appelé dès l’année suivante pour une nouvelle aventure : « Inspecteur Lavardin ». Avant de se voir consacrer une mini série de quatre épisodes pour la télévision,
« Les dossiers secrets de l’inspecteur Lavardin », toujours interprétée par Jean Poiret et mise en scène par Claude Chabrol et Christian de Chalonge.
« Je ne veux pas être vulgaire, mais votre studio ressemble plus à un
bordel qu’à une tasse à café ! »
On l’avait laissé du côté de la Haute-Normandie (« Poulet au
vinaigre »). C’est cette fois en Bretagne, du côté de Dinan, qu’on retrouve l’inspecteur pour sa seconde aventure cinématographique. Contrairement au premier épisode, dans
lequel il n’apparaissait qu’au bout de trois quart d’heure, il apparait cette fois en moins de dix minutes. Toujours avec son incomparable verve et ses mauvaises manières, mais flanqué cette fois
d’un adjoint un peu trop mou qu’il se plait à appeler Watson. Si Chabrol poursuit avec Lavardin son exploration des mœurs de la bourgeoisie et des notables de province (avec cette fois
un écrivain catholique intégriste rattrapé par son gout pour les jeunes filles), la grande nouveauté de cet épisode, c’est que l’inspecteur enquête en terrain familier puisque la
veuve de la victime n’est autre que son ancien amour de jeunesse. Un peu datée, l’enquête ne brille pas nécessairement par son machiavélisme ni par sa logique. Toutefois, le film rayonne
par ses dialogues bien ciselés et ses échanges souvent savoureux. En la matière, il bénéficie d’acteurs impeccables (Jean Poiret en tête, mais aussi Jean-Claude
Brialy, toujours génial en cabotin, ou encore Jean-Luc Bideau), qui donnent lieu à très bons face-à-face. Empruntant dans la forme quelques « trucs » à
Hitchcock (la thématique des yeux en verre), Chabrol livre une réalisation très maitrisée. Si on aime toujours autant le côté fouineur de Lavardin ainsi que sa
conception de la morale (il n’arrête pas la véritable criminelle mais l’insupportable mafieux local), on regrettera cependant que l’enquête ne soit pas plus limpide (quel intérêt les rencontres
impromptues de l’adolescente avec son père que l’on croyait disparu ?) et que le personnage de Bernadette Lafont ait été un peu sacrifié. En-deçà du premier volet, cet
« Inspecteur Lavardin », s’il a vieilli, se révèle tout de même un agréable polar à l’ancienne. A voir, donc, notamment pour la composition de l’immense Jean
Poiret.
Par Platinoch
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Publié dans : Films noirs/Policiers/Thrillers
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Lundi 14 novembre 2011
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20:55
« Il y a des maladies, certains y survivent, d’autres en meurent… On ne sait pas
toujours »
Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe… Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de
décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse
doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources
du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on "cache
la vérité" à la population…
« Un virus est trop petit pour être perçu par une caméra »
La fiction se nourrit bien souvent de la réalité. La multiplication ces dernières
années des psychoses pandémiques (SRAS, H5N1, H1N1) ont ainsi donné des idées aux cinéastes, toujours prompts à nous imaginer des scénarios catastrophes de fin du monde et
d’apocalypse bactériologique. Qu’ils soient spectaculaires (« Je suis une légende »), réalistes (« 28 jours plus tard »), philosophiques (« La route ») ou
simplement fun (« Bienvenue à Zombieland »), les films de genre se sont ainsi multipliés sur nos écrans ces dernières années. Au tour donc du prolifique Steven Soderbergh de s’y
coller, après avoir eu l’idée de ce film durant un voyage en avion. Enchaînant tour à tour les petits projets expérimentaux (« Girlfriend experience », « Bubble », «
Full frontal », « The informant ! ») et les blockbusters (la saga des « Ocean’s », « Solaris »), ce « Contagion », doté d’un confortable
budget (60 millions de dollars) et d’un gros casting, lui permet de faire son retour dans le monde de l’entertainment.
« Pour être malade, il faut avoir été en contact avec la maladie. Pour avoir peur, il suffit d’avoir été en contact avec la rumeur »
Ce qui frappe en premier dans « Contagion », c’est sa froideur quasi
chirurgicale et son économie d’effets qui le distingue des autres films du genre, souvent plus volontiers tape-à-l’œil et mélodramatiques. Nous rappelant ainsi son goût prononcé pour une
certaine forme de minimalisme, voire même d’épure (on se souvient notamment de « Sexe, mensonges et vidéo »), Soderbergh choisit d’aborder son film sous un angle proche du
documentaire, afin de lui donner un aspect parfaitement réaliste. En cela, il faut reconnaître que toute la première partie du film, de la découverte du premier cas jusqu’à la
propagation mondiale du virus, fonctionne plutôt bien. De même, si on regrette un certain manichéisme qui n’apporte pas grand chose (la femme adultère meurt, pas son cocu de mari), sa
vision « pessimiste » du monde se révèle assez fine et pertinente, surtout lorsqu’il prend à revers l’idée préconçue d’un monde maîtrisé par la technologie et la science pour imposer
celle où une simple morsure de chauve-souris peut rendre celui-ci totalement incontrôlable. A ce titre, sa description des corollaires à la pandémie elle-même (rumeur, paranoïa, panique,
violences en tous genres) ainsi que ses enjeux (économiques principalement, le virus représentant un véritable marché pour les laboratoires pharmaceutiques) est juste et fait froid dans le dos.
En dépit de ses qualités, « Contagion » ne parvient cependant pas à nous convaincre pleinement. Le film pèche en grande partie par sa construction narrative : totalement
éclatée façon puzzle, celle-ci se noie en multipliant les personnages, plus ou moins importants, censés apporter chacun un angle d’appréciation différent du problème de par sa condition
(chercheur, journaliste, politique ou citoyen ordinaire) et sa localisation géographique. De plus, le choix d’une approche documentaire du récit rend l’ensemble totalement froid et enlève
aux spectateurs toute faculté à s’attacher aux personnages ou à s’émouvoir de leur sort. Au final, si on attendait de ce film qu’il nous contamine par sa fièvre, il aura surtout susciter l’ennui.
Sans être totalement raté, on attendait quand même mieux du nouveau Soderbergh.
Article rédigé dans le cadre du festival d'automne.
Par Platinoch
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Publié dans : Films Catastrophes
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Vendredi 11 novembre 2011
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« Je ne pense pas être un homme heureux. Toutefois, je suis moins aigri que vous ! »
En pleine guerre de sécession, Alvarez Kelly, un éleveur mexicain d'origine irlandaise livre un troupeau à la plantation Warwick, afin de ravitailler
l'armée de Lincoln. Mais Alvarez Kelly est kidnappé par le colonel Lassiter de l'armée confédérée, avec l'aide de la propriétaire des lieux, Charity Warwick. Emmené captif à Richmond, Alvarez
Kelly se voit proposer d’obtenir sa liberté à condition qu’il forme le bataillon de Lassiter au convoyage de bétail. L’approvisionnement des populations et de l’armée confédérées n’étant plus
assurée, Lassiter veut monter une improbable opération pour aller chercher avec ses hommes le bétail de Kelly en zone unioniste et le ramener à Richmond...
« Grâce à Dieu, vous n’êtes pas un homme étouffé par les principes ! »
Sous contrat à la prestigieuse RKO,
Edward Dmytryk entama une prolifique carrière de réalisateur dès le milieu des années 30. De conviction très à gauche, il se fera surtout remarquer pendant la guerre en
réalisant des films patriotiques et clairement antifascistes. En 1944, il ira même jusqu’à adhérer au Parti Communiste américain. De quoi lui valoir les pires ennuis avec la Commission des
Activités anti-américaines du sénateur McCarthy. Condamné à une peine de six mois d’emprisonnement, il s’expatriera un temps en Europe avant de venir purger sa peine intégralement,
condition sine qua non pour revenir en Amérique. Mais plus grave, sous la pression, Dmytryk finira par passer à table, comme Elia Kazan, dénonçant plusieurs de ses collègues
hollywoodiens, parmi lesquels Jules Dassin. Une attitude qui scandalisera une grande partie de l’opinion américaine et qui portera un coup durable à sa carrière. Dès lors,
s’essayant à tous les genres, oscillant entre le bon (« Ouragan sur le Caine ») et le moins bon (à commencer par cette horreur qu’est « L’arbre de vie
»), le réalisateur s’évertuera à construire de film en film des antihéros complexes, ambigus, versatiles. A l’image de ceux qui peuplent ses westerns, comme l’ancien hors-la-loi
qui devient shérif dans « L’homme aux colts d’or » ou encore de celui de ce rancher métisse en guerre contre ses frères dans « La lance brisée ». Réalisé en 1966, « Alvarez
Kelly » est l’un de ses derniers films. Et son avant-dernier western, le dernier étant « Shalako », qu’il réalise deux ans plus tard, offrant les deux rôles principaux à
Sean Connery et Brigitte Bardot.
« J’aurai ce bétail ou j’aurai votre peau »
Inspiré
d’un authentique fait d’armes – le « Beefsteak raid » mené en 1864 par le Major Général Wade Hampton, futur gouverneur de Caroline du Sud – l’originalité de cet
« Alvarez Kelly » réside dans sa façon de traiter de la guerre sous un angle nouveau et inédit : celui du ravitaillement alimentaire. Car comme l’explique en substance le
générique de départ : « pas de nourriture, pas d’hommes ; pas d’hommes, pas d’armée ». A l’instar de « La mission du commandant Lex » (André de Toth, 1952, avec
Gary Cooper), dont il reprend en partie la thématique, le film trace sa voie à mi-chemin entre le film de guerre et le western. Ainsi, tout l’enjeu stratégique
des deux camps n’est pas d’aboutir à une confrontation armée directe, mais au contraire de garder la main sur un convoi de bétail nécessaire à sa propre survie et surtout nécessaire pour
affaiblir l’autre. Au milieu de tout cela, « Alvarez Kelly » est l’archétype du héros « Dmytrykien » : solitaire, libre-penseur, n’appartenant à aucun camp, il est méprisé autant
par les yankees que par les confédérés qui lui reprochent de profiter de la guerre pour faire de juteuses affaires et prospérer. Se démarquant des autres films du genre (« Les
cavaliers », « La mission du commandant Lex ») en prenant peu à peu le parti des sudistes (arrogants, les yankees imposent également un blocus qui met en péril les populations
civiles du sud), le film se fait même trépident dans sa deuxième moitié, lorsque le héros est contraint d’accompagner ses ravisseurs en territoire ennemi avec pour mission de voler le
troupeau et de le ramener au sud. Une folle mission qui se terminera par une impressionnante charge du bétail contre les yankees. L’autre point fort du film, c’est assurément la
confrontation entre Kelly et Rossiter, son total opposé (celui-ci à tout sacrifié à la cause : sa promise, son œil, sa fortune). Portée par deux très grands acteurs (Holden et
Widmarck), celle-ci est particulièrement savoureuse, d’autant qu’elle laisse un peu de place, par moment, à un second degré bienvenu (le débonnaire Alvarez Kelly est assez
enclin au libertinage). Histoire de nous surprendre dans un dernier contrepied, celle-ci ne se terminera pas dans un duel sanglant mais par la reconnaissance d’une estime réciproque.
Sous-estimé par certains puristes un peu chagrin, « Alvarez Kelly » est pourtant un western original, bien rythmé et très plaisant, qui rappelle tout le savoir-faire et le talent
de Dmytryk en la matière.
Par Platinoch
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Publié dans : Westerns
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